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Sous couverture

« Présentes », un manifeste féministe pour toutes les femmes

15 déc. 2020 à 15:00Temps de lecture4 min
Par Sous Couverture - Odile Vanhellemont

Exprimer une opinion forte est un droit. Mais en pratique, est-il réellement accessible à tous et toutes ? Selon Lauren Bastide… eh bien, pas vraiment, ou en tout cas, pas assez ! Son livre a pour vocation de faire la révolution, rien que ça ! Rencontre.

Mais qui est Lauren Bastide ? Vous faites peut-être partie des millions d’auditeurs et auditrices de son podcast, la Poudre (plus de 10 millions d’écoutes). Mais Lauren Bastide est avant tout une journaliste, une militante féministe et bien évidemment, il s’agit de l’autrice de "Présentes" (Allary Éditions).
 

Comment résumeriez-vous " Présentes " ?

Lauren Bastide. C’est un manifeste pour la place des femmes dans l’espace public, tiré d’une série de rencontres avec des militantes féministes intersectionnelles.



Ndlr. Le terme "intersectionnelles" désigne l’intégration à la lutte féministe des autres types de discrimination. Cela peut concerner, entre autres, la race, la classe sociale, la religion, l'orientation sexuelle, le genre, etc. Le féminisme intersectionnel se veut donc plus inclusif.



 

Aujourd’hui, comment parler d’un féminisme de plus en plus nuancé à des gens ne venant pas de milieux militants ? Quels sont les "ingrédients" d’une écriture accessible ?

L.B. Je crois que j’ai une petite déformation professionnelle liée à la pratique du podcast. Quand j’écris, en fait, je parle. Mes mots sont destinés à être entendus, et cela simplifie les formules, laisse la place à la petite blague, et rend l’ensemble très accessible. J’essaie aussi de ne pas être dans le jugement ou dans l’exclusion des personnes qui n’ont pas forcément adhéré au féminisme tel que je le défends.

Je suis convaincue qu’au fond, c’est juste un manque d’information et qu’à force de dialogue et d’argumentation, tout le monde peut être convaincu. Ma "recette", c’est aussi de parler d’expériences concrètes, de raconter des récits de femmes, de donner des chiffres. En ancrant les choses dans le réel, on évite cet écueil et on ne perd personne en route.

De nombreuses personnes critiquent le féminisme qui s’empare de sujets " sans importance ". Cependant, ces questions, souvent négligées, ne sont-elles pas au cœur de la réflexion autour de notre système actuel ?

L.B. Tout à fait. Juger que la libre circulation des femmes dans la ville est sans importance, quand on soulève, par exemple, le problème de la largeur des trottoirs, c’est la marque du sexisme.



Ndlr. Cette question, abordée dans le livre par l’autrice, peut sembler terriblement insignifiante mais en creusant un peu, elle fait tout à fait sens.

Plusieurs éléments soulevés dans "Présentes" sont à considérer : de façon générale, les femmes sont souvent plus chargées que les hommes (enfants, courses, etc.). Elles considèrent l’espace public comme uniquement transitoire et donc n’y "flânent" pas alors que les hommes l’envisagent comme un "territoire" à occuper. Elles s’y sentent rarement en sécurité : harcèlement de rue, agressions sexuelles, homophobes, transphobes et autres joyeusetés. Les personnes handicapées et/ou âgées éprouvent beaucoup de difficultés à s’y déplacer…

Bref, vous voyez le tableau. Alors non, l’élargissement des trottoirs ne réglera pas tout. Il permettrait cependant une circulation plus fluide pour tout monde et éviterait les trop fortes concentrations de personnes (donc moins d'agressions). Une première étape pour rendre la ville plus inclusive.



 

Dans votre livre, vous parlez de la création d’espaces spécifiques pour la parole des femmes en marge des espaces publics traditionnels (comprenez masculins). Ne risque-t-on pas de considérer dans ces espaces "traditionnels" qu’il n’y a plus besoin de faire de la place pour les femmes ?

L.B. C’est une remarque intéressante. Je pense que l’un n’exclut pas l’autre. Que pour pouvoir investir sereinement l’espace public, les médias, la politique, les femmes ont besoin d’espaces de sororité, en parallèle.
 

Aujourd’hui, pour beaucoup, le féminisme est un "gros mot". Comment réagissez-vous quand on vous " traite " de féministe ?

L.B. Ahaha, je dis merci ! Je me souviens que quand j’ai lancé "La Poudre", les gens trouvaient provocant que je dise que c’était un podcast féministe. Je trouve qu’en 4 ans, beaucoup de chemin a été fait, de plus en plus de personnes se revendiquent féministes dans la société.
 

Pourriez-vous évoquer deux-trois de vos lectures fondamentales pour approfondir les nombreux sujets que vous évoquez dans votre livre ?

L.B. Il y a trois lectures qui ont changé ma vie : "Une Chambre à soi" de Virginia Woolf, pour comprendre les enjeux autour de la création féminine. "La Pensée straight" de Monique Wittig, pour comprendre que l’hétérosexualité est un régime politique. Et "De la marge au centre" de bell hooks pour comprendre l’afro-féminisme.

Une seule solution, la révolution ?

L.B. Oui ! Mais il y a beaucoup de façons de la faire. Je prône une révolution par la bienveillance et l’écoute. Je suis aussi très inspirée par la tribune de Virginie Despentes : "On se lève et on se casse", applicable dans de nombreux champs de la vie des femmes !

Découvrir la tribune de Virginie Despentes

En conclusion, en parcourant les pages de "Présentes", de Lauren Bastide, plusieurs émotions remontent. Tour à tour, on est indigné.e, on a honte, on est attristé.e, on se questionne… Et il est là tout l’attrait du livre. Avec les faits, dûment sourcés et imprimés noir sur blanc, mille interrogations surgissent. Peu à peu, on commence à percevoir le monde autrement. Le monde médiatique, politique, l’espace public, nos habitudes, tout est passé au crible des pages. Loin de jouer dans l’apitoiement, mais fréquemment teinté d’humour, ce manifeste accorde un certain "empouvoirement" (du terme anglais empowerment) à ses lecteurs et lectrices. Tout le monde peut ainsi devenir acteur ou actrice du changement. A décidément mettre dans toutes les mains pour voir le monde autrement !

Lauren Bastide était également l’invitée du Mug

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