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Présidentielle en France

Présidentielle 2022 : "Emmanuel Macron n’a pas été "mal élu" pour Benjamin Biard, du CRISP

Emmanuel et Brigitte Macron le 24 avril 2022 et Benjamin Biard, du CRISP
25 avr. 2022 à 07:27Temps de lecture5 min
Par Kevin Dero sur base d'une interview d'Anne-Sophie Bruyndonckx

Benjamin Biard est docteur en sciences politiques et chargé de recherches au CRISP (le centre de recherche et d’information socio-politiques). Le politologue était invité par Anne-Sophie Bruyndonckx dans "Matin Première". Ils sont revenus tous les deux sur la réélection d’Emmanuel Macron à l’Elysée.

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Certains ont dit hier que le candidat de la République en Marche a été mal élu. On lit aussi ce genre de commentaires dans la presse ce matin. Le spécialiste du CRISP n’est pas de cet avis : Je ne pense pas qu’il ait vraiment été mal réélu. Il a été élu avec un score que les sondages de l’entre-deux tours ne prédisaient pas. Les sondages lui donnaient un score beaucoup plus serré par rapport à celui de Marine Le Pen" explique Benjamin Biard. "Effectivement, c’est un score moins important que celui de 2017", poursuit-il.

(Marine Le Pen) arrive à se poser comme un véritable challenger à Emmanuel Macron

"Mais n’oublions pas qu’il a aujourd’hui un quinquennat à défendre. Un quinquennat marqué par la crise des gilets jaunes, par la crise sanitaire de Covid 19, par rapport auquel il y a eu des mobilisations assez importantes à travers la France. Par contre, ce qui est vrai, c’est que Marine Le Pen, effectivement, a obtenu elle aussi un score tout à fait historique pour le Rassemblement national. Elle ne réussit pas son pari, mais elle arrive à se poser comme un véritable challenger à Emmanuel Macron".

Une autre observation faite depuis hier, c’est que dans les votes pour Marine Le Pen, il y aurait un certain nombre de votes contre Emmanuel Macron. Benjamin Biard d’acquiescer. "D’ailleurs, Emmanuel Macron l’a reconnu lui-même dans son discours en posant le fait qu’un des défis durant son quinquennat sera aussi de pouvoir entendre celles et ceux qui ont voté pour lui pour éviter, pour faire barrage à l’extrême droite, sans que pour autant ce soit un véritable vote d’adhésion à son programme".

Abstention record

Une abstention au plus haut, proche du record de 1969. Cette abstention s’établit à 28,01%, selon l’institut Ipsos. C’est presque deux points de plus que lors du premier tour. C’est surtout une hausse de presque 2,8 points par rapport à 2017, qui proposait en fait la même affiche de second tour : Macron – Le Pen. Comment peut-on expliquer cette fois cette forte abstention ? "Il y a plusieurs éléments. Je pense qu’un autre point de repère d’ailleurs, c’est 2002 ou l’abstention pour le premier tour était plus importante que celle de 2022. Par contre, la mobilisation et la participation pour le second tour étaient nettement plus importantes parce que l’enjeu était perçu comme étant plus crucial".

 

 

Banalisation de l’extrême-droite ?

Depuis 2002, l’extrême-droite française a-t-elle réussi à se "banaliser"? "D’une certaine manière, oui. C’est le résultat de la stratégie de normalisation de Marine Le Pen qui n’est pas poussée à son terme. On l’a bien vu. C’est l’idée selon laquelle, effectivement, certains ont voté pour Emmanuel Macron pour faire barrage à l’extrême droite et non pour adhérer à son programme. Par contre, effectivement, elle a réussi, dans une certaine mesure à se normaliser. Poussée aussi par Éric Zemmour qui a facilité ces derniers mois cette tâche de normalisation de Marine Le Pen. On l’a bien vu d’ailleurs, sa campagne a été portée sur la question du pouvoir d’achat, bien plus que sur les questions migratoires ou sécuritaires. Et c’est dans cette veine qu’elle semble s’inscrire dans la perspective de la campagne législative qu’elle, comme Éric Zemmour, comme Jean-Luc Mélenchon d’ailleurs, ont déjà lancée" analyse le politologue.

Extrait de notre JT de ce dimanche :

Marine Le Pen 2027 ?

Marine Le Pen, en attendant, est battue pour la troisième fois. On ne sait pas si elle se représentera encore à la prochaine présidentielle. Quel pourrait être son avenir, et plus globalement celui du Rassemblement national ?

Il est encore un peu flou pour le moment, pour le politologue : "Je pense que ça va beaucoup se jouer lors de l’élection législative. On a déjà vu Éric Zemmour typiquement dans son discours d’hier, finalement clamer que c’est la huitième défaite d’affilée par un nom Le Pen, Jean-Marie Le Pen ou Marine Le Pen". Il faudra voir si la candidate malheureuse parvient à se maintenir en tant que chef de l’extrême droite, "d’une certaine manière dans un contexte où finalement elle semble être en voie d’éclatement. Mais nous verrons dans le cadre de la législative si elle parvient à conserver son hégémonie au sein du spectre d’extrême droite, partisan en tout cas" explique Benjamin Biard.

 

Alliance avec Zemmour ?

Éric Zemmour, lui, critique Marine Le Pen, mais en appelle aussi à l’union avec le RN en vue de ces législatives des 12 et 19 juin prochains. Le Rassemblement national pourrait-il vraisemblablement faire alliance avec Reconquête, le parti d’Eric Zemmour, et s’unir à lui pour ces prochaines élections ? "C’est difficile, bien sûr, à anticiper. D’autant plus que si l’élection présidentielle est très personnalisée, les élections législatives se déroulent autrement aussi autour de certaines figures, bien entendu. Mais le vote en faveur de Marine Le Pen s’exprime aussi en faveur de la personne de Marine Le Pen. Sur les affiches d’ailleurs, on retrouve le nom Marine, indépendamment du parti de Rassemblement national. Et on voit donc la place que ça peut occuper".

Leur objectif, c’est de devenir la première force d’opposition au sein de l’Assemblée nationale

"Une place sans doute un peu moindre au niveau des différentes circonscriptions lors d’une élection législative où Éric Zemmour, qui a réussi à capter un ensemble non seulement de voix, mais aussi d’ex-cadres du Rassemblement national, pourrait tenter de réaliser quelques percées. Mais effectivement, il a fait un appel au rassemblement des droites que je qualifierais plus honnêtement de rassemblement des extrêmes droites pour essayer de se rendre plus fort dans ce contexte et de peser. Leur objectif, c’est de devenir la première force d’opposition au sein de l’Assemblée nationale".

 

Mélenchon Premier ministre ?

Un autre appel au rassemblement a été entendu hier soir, c’est celui de Jean-Luc Mélenchon, qui en appelle à l’Union populaire, au Rassemblement des gauches cette fois. Jean-Luc Mélenchon, qui se voit déjà comme prochain Premier ministre de la France.

Un scénario plausible pour le spécialiste du CRISP ? Pas tout à fait, selon lui : "Ça me semble en tout cas très difficile parce qu’on a raison de parler des gauches. Il y en a plusieurs, bien entendu. Douze candidatures au total durant la campagne pour le premier tour. La moitié était des candidatures de gauche, des gauches plus sociales-démocrates, une gauche plus radicale, une gauche écologiste à travers la candidature de Yannick Jadot. Et on perçoit mal finalement comment toutes ces candidatures, toutes ces voix de gauche, d’une manière beaucoup plus générale, pourraient se réunir ensemble tant les désaccords sont importants, mais également les batailles d’ego d’une certaine mesure. Et donc, il y a encore du chemin à faire, je pense, pour véritablement toutes se rassembler, même si on imagine effectivement beaucoup plus facilement un rassemblement déjà dans une certaine mesure annoncé entre les communistes et la France insoumise typiquement". Les législatives à venir seront donc cruciales.

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