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Présidentielle 2022 : "Et de gauche, et de droite", où se situe politiquement Emmanuel Macron ?

Se voulant "en même temps" libéral et de gauche, Emmanuel Macron affirme prendre le meilleur de la gauche et de la droite.

Clairement de gauche pour la droite, évidemment de droite pour la gauche, le président français sortant a un parcours politique sinueux et désarçonnant. Le bilan de son premier quinquennat est contrasté, même si l’image de "président des riches" lui a très vite collé à la peau.

Diplômé de l’Ecole Nationale d’Administration (ENA), ancien banquier d’affaires, il a été secrétaire général adjoint du président socialiste François Hollande, avant de devenir son ministre de l’Economie. En août 2016, il rompt les amarres pour se lancer dans la présidentielle avec sa propre formation, La République en Marche.

La gauche, c’est ma culture, mon origine. C’est mon histoire familiale

A l’époque, Emmanuel Macron se réclame encore de gauche. " D’une gauche qui veut réformer le pays, qui croit dans la liberté, parce qu’elle construit la véritable égalité de tous. C’est ma culture, mon origine. C’est mon histoire familiale. J’ai éprouvé dans l’action politique que cette conviction de gauche, cette volonté de réformer, était parfois très distante d’une gauche conservatrice."

Dans son ouvrage Révolution publié en novembre 2016, Emmanuel Macron se définit à la fois comme un "homme de gauche" et un "libéral", "si par libéralisme on entend confiance en l’homme". Ce qui lui vaut d’être qualifié de "social-libéral".

Dépasser le clivage gauche-droite

Emmanuel Macron s’est surtout fait élire en 2017 en affirmant vouloir dépasser la séparation gauche-droite, en estimant que le vrai clivage en France divise les progressistes et les conservateurs.

Il distille alors un discours très pragmatique. Sa proposition "prenons le meilleur de la droite, comme le meilleur de la gauche" réussit à convaincre une partie des Français. Cette volonté de concilier les contraires s’est cristallisée dans la formule "en même temps", martelée jusqu’à la caricature.

Grand écart idéologique

Aujourd’hui, les hommes politiques qui le soutiennent viennent d’horizons variés, illustrant ce grand écart idéologique, allant d’anciens socialistes, comme Manuel Valls ou Jean-Pierre Chevènement, à l’ancien président de droite Nicolas Sarkozy.

La politique qu’il a insufflée ces cinq dernières années a pourtant souvent été jugée de droite : réforme du Code du travail, modification de l’impôt sur la fortune (ISF), baisse des allocations logement… Dès ses premiers mois à l’Elysée, Emmanuel Macron est qualifié de “président des riches”, une image renforcée par une attitude qualifiée d’arrogante et manquant de bienveillance pour les Français les plus fragiles.

Je n’ai pas réussi à apaiser certaines colères

Emmanuel Macron reconnaissait cette semaine sur France Inter ne pas avoir réussi à "apaiser certaines colères, répondre suffisamment vite à des demandes, et en particulier à donner des perspectives de progrès et de sécurité aux classes moyennes et aux classes populaires françaises". Une déclaration qui sonne comme un aveu de maladresse et d’incompréhension face au désarroi exprimé par le mouvement des gilets jaunes, dont les manifestations ont souvent été réprimées violemment.

Pourtant, le politologue Pierre Mathiot estime que le bilan des cinq dernières années est contrasté, à la fois de gauche et de droite. La pandémie de Covid a par exemple poussé Emmanuel Macron à appliquer une politique keynésienne, une politique de relance économique par les dépenses publiques. "De ce point de vue-là, il a mené une politique de gauche, plutôt progressiste. Pour le reste, sa politique économique est plutôt de droite, mais pas tellement différente de celle menée par François Hollande, dont il fut d’ailleurs ministre de l’Économie. Donc, c’est contrasté", analyse le directeur de Science Po Lille.

Une base électorale significative

Le président sortant s’est fait amplement attaquer durant toute la campagne électorale, ce qui donnerait l’image tronquée d’un président impopulaire, selon Pierre Mathiot : "La parole critique assez radicale qui s’exprime contre lui, venant aussi bien de la gauche que de la droite ou l’extrême droite, donne l’impression qu’Emmanuel Macron serait un président détesté de la population, qui n’aurait aucune base stable. C’était le cas de Sarkozy ou Hollande après leur premier mandat. Ce n’est pas son cas du tout. Il conserve une base électorale significative."

Pour le politologue, ces attaques relèveraient d’un certain poujadisme : "Le ressenti anti-Macron qui s’exprime est en réalité un ressenti antipolitique. Il paie une forme de haine contre les acteurs politiques qui sont accusés de tous les maux, et une hostilité contre l’élite technocratique issue des grandes écoles."

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