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Présidentielle en France

Présidentielle 2022 : les gilets jaunes vont-ils peser sur les élections françaises ?

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Alors que les gilets jaunes manifestent à Paris la veille du second tour des élections présidentielles, ce mouvement citoyen protestataire apparu fin 2018 risque-t-il de départager Macron et Le Pen ? Réponse avec le docteur en sciences politiques Vincent Laborderie.

Arrivé en Belgique il y a une vingtaine d’années, le maître de conférences invité à l’UCLouvain originaire du Périgord estime que le mouvement des gilets jaunes avait déjà sapé les résultats du parti d’Emmanuel Macron lors des élections municipales de 2020.

Pour ce second tour des présidentielles, les gilets jaunes pourraient soit renforcer le camp Marine Le Pen en raison de son discours sur le pouvoir d’achat, soit augmenter le taux d’abstention, analyse le politologue français : "Les actions des gilets jaunes ont renforcé le sentiment de déconnexion entre Macron et le peuple."

D’où viennent les Gilets jaunes et qu’est-ce qui les caractérise ?

Vincent Laborderie : "C’est un mouvement populiste qui a émergé fin 2018. La taxe carbone est un des éléments de fond : certains citoyens ont eu (et ont toujours) peur de la hausse du prix des carburants. À cela, s’ajoute un sentiment de déconnexion entre les élites parisiennes et les territoires français qui a atteint son paroxysme sous Macron qui était vu, ou est toujours vu, comme la personnification extrême de cette élite déconnectée."

Comment le mouvement a-t-il évolué au fil des années ?

"Les gilets jaunes sont le mouvement le plus long de manifestations que la France a connu. Même si ce mouvement s’estompe avec le temps, il reste de fond. Je vois par ailleurs une continuité entre les gilets jaunes et les manifestations anti-pass sanitaire : ils ne sont pas issus de partis politiques, l’extrême droite tente de les récupérer et la cible reste la même : la politique de Macron."

Les actions de ce mouvement citoyen ont-elles changé la manière de faire de la politique en France ?

"Durant son quinquennat, Emmanuel Macron a connu trois grandes crises : les gilets jaunes, le Covid-19 et l’Ukraine. Il n’y a que les gilets jaunes qui sont significatifs politiquement. Les deux autres proviennent d’une cause extérieure."

"Il y avait un espoir de démocratie participative. Pour sortir de la crise, Macron avait lancé des initiatives au niveau local, comme des groupes de discussion qui n’ont pas eu d’effets vraiment tangibles. Ensuite, la crise covid est arrivée et a remis les compteurs à zéro. Sur le fond, il n’y a pas eu de changements notables dans la manière de faire de la politique."

Les gilets jaunes ont-ils eu l’impact électoral jusqu’à présent ?

"Oui, les actions des gilets jaunes ont renforcé le sentiment de déconnexion entre Macron et le peuple, ce qui a déjà eu des répercussions lors des municipales de 2020. Dans certains territoires, c’était devenu difficile de se présenter sur les listes de la République En Marche en raison des protestations. Résultat : son parti a fait des scores tout à fait catastrophiques, il n’a pas réussi à s’implanter à l’échelle locale."

Et pour le second tour des présidentielles ?

"Même si le phénomène n’est pas numériquement important, il y a certaines personnes du mouvement qui pourraient voter Marine Le Pen même s’ils ne sont pas de droite ou d’extrême droite, mais par anti-macronisme.

L’impact peut être d’autant plus important pour les législatives : la majorité des députés sont élus dans des régions semi-rurales, semi-urbaines ou dans la campagne. Et c’est justement dans ces zones qu’un sentiment anti-Macron s’est installé, ce qui aurait peut-être pour conséquence que la REM perde sa majorité à l’issue des prochaines législatives."

Quels candidats représenteraient le mieux les demandes des gilets jaunes ?

"C’est un mouvement contestataire difficile à classer en termes de revendications. Néanmoins, Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen sont certainement les deux candidats qui ont attiré le plus les gilets jaunes car ils ont concentré leur campagne sur le pouvoir d’achat, une revendication centrale du mouvement."

Les gilets jaunes risquent-ils de ne pas aller voter ?

"C’est possible. Il faut par ailleurs distinguer les gens qui se revendiquent encore du mouvement, qui ne sont pas nombreux, de ceux qui ont pu à un moment être sympathisants du mouvement et qui partagent l’idée que Macron est déconnecté et ne représente pas la population. C’est un sentiment qui est bel et bien réel dans une partie de la population française et qui n’est pas négligeable.

C’est plutôt ce deuxième groupe qu’il faut prendre en compte. Ils sont rebutés par l’extrême droite et n’ont pas envie que Marine Le Pen devienne présidente mais ils vont avoir du mal à voter Macron. On verra dimanche soir, mais je pense qu’on va battre un record d’abstention et de votes blancs."

Si Macron est réélu président, doit-on s’attendre à de nouvelles actions des gilets jaunes ?

"Non, pas fondamentalement. Une certaine partie de la population trouve qu’Emmanuel Macron ne les représente pas. Les gilets jaunes ont incarné ce sentiment, mais cela peut prendre une autre forme. Quoiqu’il fera, s’il est réélu, ce ne sera pas évident pour lui. Il devra faire attention à ce qu’il fait, sous peine de se retrouver face à une fronde populaire. C’est difficile à dire si cette fronde sera incarnée par les gilets jaunes. Probablement pas, mais l’esprit sera toujours là."

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