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Présidentielle 2022: les victoires surprises de Trump et du Brexit présagent-elles une victoire de Marine Le Pen ?

24 avr. 2022 à 05:44 - mise à jour 24 avr. 2022 à 05:44Temps de lecture4 min
Par Daphné Van Ossel

En ce second tour de l’élection présidentielle française, est-il bon de se remémorer le Brexit et l’élection de Donald Trump ? Deux chocs, deux surprises que personne, ou presque, n’avait vu venir. Ces deux épisodes doivent-ils servir de leçons aux Français qui votent ce 24 avril ?

Lors de sa toute dernière interview avant le second tour, sur BFMTV, pour encourager les Français à aller voter, le président-candidat Emmanuel Macron ne dit pas autre chose : "Il y a des millions de gens qui, à quelques heures du Brexit, se disaient, 'à quoi bon aller voter ?' Des millions de gens qui, en 2016, avant d’élire un président qui a changé le cours d’une partie de l’humanité, le président Trump, se disaient, 'à quoi bon, c’est déjà fait' ou 'il n’y a pas vraiment de différence'. Le jour d’après, ils se sont réveillés avec la gueule de bois ".

Il est vrai que les contextes politiques du Brexit et de la présidentielle américaine de 2016 présentent de "troublantes similitudes" avec celui du duel Macron-Le Pen, avertit Le Monde.

Sentiment nationaliste

Côté Brexiters, comme chez Marine Le Pen, on retrouve un sentiment nationaliste, une volonté de rompre avec l’Europe pour reprendre le contrôle des frontières. "Déjà le ressort de l’immigration était central”, explique le journal français.

"Ce nationalisme fait aussi écho au ‘America First’ ou 'Make America Great again' de Donald Trump” ajoute le politologue Pierre Vercauteren. Durant sa campagne, le candidat républicain promettait notamment de renforcer le mur qui sépare les États-Unis du Mexique. Et revoilà le thème de l’immigration.

Défiance à l’égard des élites

Le politologue note également la fatigue démocratique, la défiance à l’égard des élites traditionnelles, la volonté de faire table rase, de dynamiter le système. Autant de braises sur lesquelles Marine Le Pen, Donald Trump ou Boris Johnson ont su souffler, alors même qu’ils font partie de ces élites.

De leur côté, Emmanuel Macron, le banquier, et Hillary Clinton, la femme de l’ancien président, incarnent précisément ces élites au pouvoir. Le Monde, comme L'Obs, font le parallèle entre l’arrogance de l’un et le mépris de l’autre. La candidate démocrate avait ainsi qualifié l’électorat de Trump de "déplorable", tandis que les petites phrases de Macron sont encore dans tous les esprits : "Je traverse la rue, et je vous trouve un travail", "Les non-vaccinés, j’ai très envie de les emmerder".

Effondrement des partis traditionnels

"L’effondrement des formations politiques traditionnelles dans l’Hexagone fait écho à la crise des partis américains" note encore Le Monde, qui souligne aussi que la défection d’une partie de la gauche pour repousser, outre-Manche, le Brexit, et, outre-Atlantique, l’élection de Trump, renvoie aux tentations abstentionnistes de certains "insoumis" français.

La répartition géographique est également similaire entre les trois électorats. Libération le notait déjà en 2016, "faible dans les grands centres urbains, plus forte, voire majoritaire, dans les villes moyennes et les campagnes".

Ingérence

On a beaucoup parlé, pour l’élection présidentielle américaine de 2016, et pour le référendum sur le retrait du Royaume-Uni de l’Union européenne, des ingérences étrangères dans ces campagnes. Comme le rappelle L'Obs, le Royaume-Uni a rendu public, en juillet 2020, un rapport sur de possibles ingérences russes dans la campagne sur le référendum de 2016, et des dizaines de milliers de messages de hauts responsables démocrates avaient été piratés par des agents russes puis publiés sur internet.

La présidentielle française de 2017 n’avait pas été épargnée non plus. On se souvient des “Macron Leaks”, une fuite de milliers de documents de l’équipe de campagne d’Emmanuel Macron. Là aussi, la Russie est pointée du doigt. Qu’en est-il pour cette campagne ?

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"On n’a pas l’équivalent d’un Macron leaks de 2017, ou des leaks d’Hillary Clinton", nous répondait Asma Mhalla, spécialiste en politique du numérique, et enseignante à Sciences Po Paris. "Mais, par définition, une opération de désinformation qui fonctionne, c’est une opération dont on n’entend jamais parler. Parce que c’est de l’infiltration, de l’intoxication, ça se fait sur le long terme, à bas bruit. Donc, selon moi, pour le moment, c’est plutôt 'business as usual'."

Les réseaux sociaux sont par ailleurs, évidemment, toujours de la partie. Pour le Brexit, comme pour les élections présidentielles aux Etats-Unis, ils ont été accusés d’avoir influencé les résultats, en enfermant les gens dans leur bulle, et en favorisant la diffusion de messages clivants (biais de négativité).

En France, Hillary Clinton aurait gagné

Pour Le Figaro, pourtant, la comparaison ne tient pas. Notamment parce que contrairement aux partisans du "leave" et à Donald Trump, la candidate RN n’a pas le soutien de l’establishment. Le journal rappelle aussi que le système électoral français est très différent de l’américain. En France, point de grands électeurs, Hillary Clinton, qui disposait d’une majorité de votes, aurait gagné : "Si en effet la plupart des instituts de sondage et des médias américains garantissaient, quelques jours avant l’élection de Donald Trump, la victoire de son adversaire Hillary Clinton, au moins ne s’étaient-ils pas trompés sur l’avantage de celle-ci au décompte des suffrages.".

Côté Brexit, les sondages "disaient en réalité tout et son contraire", alors qu’ici "seul un obscur institut brésilien, Atlas Intel, n’a pour l’heure envisagé la victoire d’une courte tête de Marine Le Pen au second tour."

Pierre Vercauteren, lui, affirme qu’on ne peut pas exclure une "victoire surprise" : "Il y a un certain degré d’incertitude : certains sondages indiquent que l’écart entre les deux candidats s’accroît, mais un autre, certes minoritaire, tend à indiquer que cela se resserre et que l’on rentre à ce moment-là dans la marge d’erreur donc, oui, une surprise n’est pas exclure.

Il semble en tout cas que, cette fois, on s’y soit plus préparé. Le journal Sud Ouest a publié par erreur un article intitulé "Marine Le Pen, encore quelques jours de patience pour la première présidente de la République", un papier en réalité préparé à l’avance "pour le cas où".

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