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Economie

Présidentielle américaine : La fracture entre les 20% d'américains aux revenus les plus élevés… Et tous les autres

30 sept. 2020 à 07:46Temps de lecture3 min
Par Maxime Paquay

Le premier débat entre Joe Biden et Donald Trump vient de s’achever. Un spectacle pour le moins chaotique, selon bon nombre d’observateurs. Mais entre les attaques personnelles et les invectives télévisées, il ne faudrait pas oublier le grand défi actuel des Etats-Unis : la fracture sociale croissante, surtout depuis l’irruption de la pandémie. Le défi social américain : entre les 20% d’américains aux revenus les plus élevés… Et tous les autres.

En apparence pourtant, tout va "pour le mieux". Parce qu’en apparence, les ménages américains ont vu leurs revenus disponibles globalement augmenter ces derniers mois. Malgré l’explosion du chômage dans la foulée de la crise sanitaire ? Oui.

Des ménages inondés de transferts sociaux

L’épargne des ménages américains a bondi, ces derniers mois. Et ce n’est pas uniquement dû comme en Belgique à une baisse des dépenses, à une période de consommation "confinée", limitée. Il y a bien aux Etats-Unis un accroissement du revenu disponible des ménages américains ces derniers mois.
Et cela tient à la réaction fédérale américaine face à la crise.

"Si vous regardez l’évolution de la masse salariale depuis le début de la pandémie, elle s’est fortement contractée. Tout comme le revenu des entrepreneurs individuels, qui s’est également contracté", analyse Anton Brender, chef économiste chez Candriam. "Mais les ménages américains ont reçu plus de transferts qu’ils n’ont perdu en termes de masse salariale et en termes de revenus des entrepreneurs individuels".

Le fossé social

"On a littéralement inondé les ménages américains de transferts, on leur a envoyé des chèques, on a augmenté fortement les indemnités chômage – tout ça bien sûr, les envois de chèques, ça a eu lieu une fois et les indemnités chômage depuis la fin du mois de juillet, elles ont arrêté". Un soutien en indemnités, qui a donc compensé les pertes de revenus. Mais qui est terminé. Et la perspective immédiate est celle d’un fossé qui sépare les 20% des Américains aux revenus les plus élevés des autres – des 80% restants, du "bas" de la distribution des revenus.

Les 20% qui gagnent le plus pèsent pour 40% de la consommation aux Etats-Unis – et 60% des revenus. Leur consommation n’est pas revenue à la normale, alors même qu’ils ont été très peu touchés par le chômage, et même par les pertes de revenus.

La consommation des riches, les revenus des pauvres

Et "le problème", pour Anton Brender, "c’est que la consommation des plus riches, elle décide aussi de l’évolution du revenu des 80% les plus bas. Pourquoi ? Parce que ce sont eux qui travaillent dans les secteurs de services, qui sont touchés par la pandémie et dans lesquels le fait que les plus riches ne consomment pas se traduit par des baisses de revenus".

"Les 80% du bas de l’échelle, leur masse salariale, elle va suivre le même profil que celui de la consommation des 20% les plus riches. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que le revenu disponible va très rapidement – vous voyez qu’il a explosé avec les transferts, mais très vite, il va passer sous la dépense de consommation".

Vers plus de crédits à la consommation?

Cela veut dire que de toute façon il va falloir un soutien financier pour des millions de ménages. Pour pouvoir passer l’année 2021. Soit sous forme de nouvelles dépenses sociales. Soit, comme à l’accoutumée dira-t-on, une majorité des Américains va devoir disposer de nouveaux crédits à la consommation.

Or, les derniers indicateurs de crédits, montrent clairement que ceux qui, aujourd’hui, peuvent emprunter aux Etats-Unis sont ceux qui ont un pouvoir d’achat élevé. Et donc justement pas la partie la plus démunie de la population américaine. Sur le front de l’emploi aux Etats-Unis, la facture du Covid s’annonce salée : il devrait y avoir plus de 7 millions d’emplois perdus fin 2020, selon les projections de Candriam.

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