Présidentielle aux USA : ce journaliste est capable de faire des directs en six langues différentes

03 nov. 2020 à 15:01 - mise à jour 03 nov. 2020 à 15:01Temps de lecture3 min
Par Ambroise Carton avec Laurent Van de Berg

Vous l’avez sans doute déjà vu dans le journal télévisé de la RTBF (il y était d’ailleurs ce mardi 3 novembre à 13h comme on peut le voir dans la vidéo ci-dessus) : micro RTBF en main, le regard fixé sur la caméra, la parole assurée, expliquant comment Washington se prépare à l’élection présidentielle.

Mais ce journaliste parle aussi en espagnol pour Euronews, en allemand pour RTL et en anglais ou portugais pour France 24. A chaque fois, l’accent semble sonner juste (en tout cas pour une oreille non habituée aux subtilités du portugais ou de l’allemand) et le débit de parole montre que l’homme a l’habitude de parler ces différentes langues.

Le reporter en question, c’est Philip Crowther. Il travaille pour l’agence de presse Associated Press (AP) où il a le titre d'"international affiliate reporter". Les chaînes de télé "louent" ses services à AP le temps d’un "direct" ou d’un "duplex" (comme on dit dans le milieu).

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Le journaliste enchaîne les interventions face caméra depuis un même endroit. Tout ce qui change, c’est la bonnette de son micro (ces petites pièces en mousse qu’on place sur les micros pour éviter les bruits parasites) et la langue employée. Résultat, l’homme qu’on présente comme "correspondant RTBF" dans nos journaux télévisés peut assurer jusqu’à 17 interventions en direct par jour dans six langues différentes pour 6 ou 7 médias du monde entier. Il est sans doute le seul à faire ça. Celui qui a "trouvé sa niche" glisse que "c’est quelque chose d’assez exceptionnel".

Tout juste discerne-t-on un fond d’accent anglophone quand il s’exprime en français. "Je suis né au Luxembourg et j’y ai vécu 18 ans", nous explique Philippe Crowther depuis le car régie où il peut se poser entre deux interventions en live à quelques pas de la Maison Blanche. J’ai étudié l’espagnol et le portugais. L’anglais c’est ma langue paternelle. L’allemand est ma langue maternelle."

Sa journée devrait être plutôt calme en regard de l’enjeu : quatre directs seulement. "C’est un peu moins spectaculaire que d’habitude, reconnait-il. Pour un événement vraiment important, j’essaye de faire les six langues que je parle. C’est un but personnel. Une journée que je considère complète, c’est de 15 à 19 directs pour 5, 6, 7 chaînes différentes dans les 6 langues que je parle."

Pour le fond, Philippe Crowther porte la voix d’Associated Press, "l’agence la plus vieille et la plus respectée de toutes". Il précise : "Je fournis des directs en me basant sur l’actualité et ce qu’écrit l’agence AP. Je décris tout cela à l’antenne. Les chaines internationales réservent leur direct à l’agence AP et ils me reçoivent comme leur correspondant à l’antenne, mais je représente toujours l’agence AP."

Des bonnettes en pagaille

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Ces mardi et mercredi, il restera à Washington. "Mon job c’est d’être avec la campagne de Donald Trump. Je reste avec le président et son équipe pendant la journée et pendant la nuit électorale, je décris ce que fait le président."

Et pour la forme, c’est une question de logistique. Il s’empare alors du sac qui contient les bonnettes. Le journaliste entreprend de les tenir toutes dans sa main, non sans mal tellement il y en a. Depuis "Voice of America" jusqu’à une chaîne anglophone au Nigeria.

Une fois à l’antenne, tout est une question de concentration et de timing. Le journaliste assure ne jamais mélanger les langues. "Je ne fais pas les directs exactement l’un après l’autre, là j’aurais des difficultés à passer d’une langue à l’autre. Ce midi [heure belge, ndlr], j’ai fait un direct pour la RTBF à 7h du matin [heure locale], le prochain direct est à 11h. J’ai le temps pour le préparer et ne pas avoir la difficulté de me perdre entre toutes ces langues."


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Si Philip Crowther semble sûr de lui quelle que soit la langue utilisée, ce n’est pas toujours le cas. Il évoque ainsi "la nervosité avant un direct en allemand [car s’il] oublie un mot [il est] en difficulté parce que [son] vocabulaire est un peu plus limité dans cette langue".

Après 9 années passées à Washington et déjà deux élections présidentielles au compteur, ce reporter s’apprête à vivre un scrutin pour le moins inédit. En pleine pandémie de Covid-19, le vote par correspondance a connu un succès jamais atteint dans l’histoire des Etats-Unis. Et les résultats complets pourraient ne pas être connus avant plusieurs jours.

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