Matin Première

Prix de l'énergie : Cécile Neven, de l'Union Wallonne des Entreprises, plaide pour un "tarif de transition énergétique"

L'invitée de Matin Première: Cécile Neven, Directrice "Energie" à l'Union wallonne des Entreprises

Pour voir ce contenu, connectez-vous gratuitement

05 sept. 2022 à 07:45 - mise à jour 05 sept. 2022 à 07:49Temps de lecture4 min
Par Kevin Dero, sur base d'une interview de Thomas Gadisseux

Alors que le Premier ministre reçoit cette après-midi les organisations patronales, l’équipe de Matin Première faisait le point sur le moment sur la situation en Wallonie. Comment les entreprises affrontent-elles la crise énergétique et la hausse des prix qui en découle ? Pour répondre à cette question, Thomas Gadisseux et François Heureux ont reçu Cécile Neven, directrice du département Energie à l’Union Wallonne des Entreprises.

Tout d’abord plantons le décor. Le tissu économique wallon se compose davantage de PME que de grandes boîtes industrielles. Sur 80.000 entreprises implantées dans le sud du pays, 99,6% sont des PME. Et il y a 343 sites employant plus de 200 personnes.

La situation est grave

Et face aux coûts supplémentaires découlant de la crise énergétique, Cécicle Neven n’y va pas par quatre chemins : " La situation est grave. Elle est inédite. Je pense qu’on a jamais connu ça. On a jamais eu autant de retours de diverses entreprises, divers secteurs sur ces fameux coûts énergétiques ". Et le constat fait par la spécialiste est édifiant. Tous secteurs confondus, qu’il s’agisse d’entreprises énergivores ou pas, les difficultés sont là.

Je pense qu’on a jamais connu ça

Les obstacles actuels pour un entrepreneur wallon sont multiples. Tout d’abord l’explosion des coûts énergétiques. Les matières premières ont augmenté, les difficultés d’approvisionnement et l’inflation complètent le tableau. " Ces trois facteurs se conjuguent pour mettre les entreprises dans une situation particulièrement difficile pour le moment" souligne Cécile Neven.

Situation compliquée

Face à cela, toutes les entreprises ne sont pas logées à la même enseigne. Ainsi, une multinationale située sur plusieurs sites se demande si elle va poursuivre leur production sur le sol européen (les coûts de production étant beaucoup moins élevés par exemple Outre-Atlantique). Pour les PME qui exportent à l'étranger, le problème est le même. Mais une boîte n’est pas une autre. Et l’experte de l’UWE d’exprimer la vive inquiétude qui secoue toutes les entreprises.

" Certains sites ont déjà mis leur production à l’arrêt, d’autres s’interrogent sur la possibilité de mettre à l’arrêt des morceaux de lignes de production, de la diminution de la production… ". Des mesures doivent donc être prises pour limiter la casse.

"Limiter la casse"

Un chômage temporaire spécifique, comme dans le cadre de crise du Covid-19, est sur la table. " Des échos que nous ayons pour le moment, on essaye de ne pas mettre de personnes au chômage ", mais la possibilité d’une telle aide pour les entreprises est forte, selon les patrons wallons. " Si l’entreprises est vraiment acculée, il faut que cela puisse se produire". Chômage partiel et " droit passerelle ", donc.

On essaye de ne pas mettre de personnes au chômage

"Tarif de transition énergétique"

A l’instar de ce qui a été mis en place pour les ménages, l’UWE plaide aussi pour la création d’un " tarif social ", d’une sorte de tarif " énergie " pour toutes ces PME en difficulté pour le moment. C’est une des pistes pour le moment sur la table. Appelé " tarif de transition énergétique ". " L’idée c’est de se poser la question du financement du renouvelable " explique Cécile Neven. " Nous pensons qu’il faut regrouper les surcharges (certificats verts…) dans un tarif qui sera modulable. En fonction des situations des entreprises – et pour les ménages aussi — ". L’objectif est donc de baisser les taxes sur les entreprises " tout en ne perdant pas de vue le développement du renouvelable ".

L’idée c’est de se poser la question du financement du renouvelable

Surprofits

Des entreprises, comme les grands producteurs d’énergie, font eux d’énormes bénéfices (appelés " surprofits "). Pour Cécile Neven, cette terminologie (" surprofits ") est " due à une méthodologie tarifaire européenne ". La balle est donc dans le camp des institutions des 27. Cécile Neven explique que cette méthodologie a fait ses preuves. Il faut donc être attentif à " ne pas la démolir d’emblée dans l’urgence sans une réflexion de fond". Et le point délicat est évidemment la taxation de ces surprofits. Du côté de l’UWE, on est plutôt dubitatif : " Je ne vois pas comment faire une taxe sur les surprofits " analyse Cécile Neven. Elle parle d’un point de vue juridique, notamment. " Il faut mener une discussion de fond à un niveau plus élevé, au niveau européen " explique-t-elle.

Transition énergétique

Environ 30% de l’électricité produite en Belgique est consommée par les entreprises. Que font-elles pour la transition énergétique demande Thomas Gadisseux. " Les entreprises travaillent à leur efficacité énergétique et à la diminution de leur production de CO2 depuis plus de vingt ans " affirme Cécile Neven. Et cela est fait par les accords de branches.

Le cadre de crise temporaire de l’Europe doit être activé

Ceux-ci, sur base volontaire, sont conclus entre les secteurs économiques et le gouvernement. Un outil qui fonctionne, selon l’experte de l’UWE. Il y a déjà eu deux accords de branches et il en faudrait un troisième plaide-t-elle. " C’est une mesure structurelle, un véritable levier. En région wallonne, 220 sites, qui représentent 90% de la consommation d’énergie des entreprises wallonnes, sont signataires de ces accords de branche. Imaginez l’effet de leviers si toutes ces entreprises agissent. C’est énorme. C’est un bel effet de levier qu’il faut activer " enjoint Cécile Neven.

L’enjeu principal serait donc de prendre des mesures pour contrer la hausse du coût de l’énergie tout en restant dans les clous de la transition écologique. " Le cadre de crise temporaire de l’Europe doit être activé. Ce que l’Europe permet de faire, nous devons le faire " souligne Cécile Neven. Des mesures d’urgence mais aussi, en parallèle, des mesures structurelles sur le long terme donc.

Nucléaire

Une situation critique donc après divers atermoiements, notamment sur le nucléaire, selon l’UWE. " Le manque de vision, le manque de construction d’un mix énergétique à la fois qui garantisse une sécurité d’approvisionnement à un coût abordable et qui soit durable n’est pas suffisamment construit. On le voit aujourd’hui. Cette réflexion est vraisemblablement vraie au niveau européen aussi " déplore Cécile Neven.

Recevez chaque vendredi l'essentiel de Matin Première

recevez chaque semaine une sélection des actualités de la semaine de Matin Première. Interviews, chroniques, reportages, récits pour savoir ce qui se passe en Belgique, près de chez vous et dans le monde.

Sur le même sujet

Articles recommandés pour vous