Prix de l'énergie

Prix de l'énergie : "Le danger, c’est que la colère sociale augmente", alertent les services sociaux

L'invitée: Céline Nieuwenhuys, secrétaire générale de la fédération des services sociaux

Pour voir ce contenu, connectez-vous gratuitement

02 sept. 2022 à 07:17Temps de lecture3 min
Par Estelle De Houck sur base de l'Invité de Matin Première de Thomas Gadisseux

Deux jours après le Codeco "spécial énergie", c’est au tour des services sociaux de lancer leur cri d’alarme. Un secteur fatigué par les crises à répétition, qui craint ne pas pouvoir affronter ce nouvel obstacle.

La pression monte pour les services sociaux. "Les travailleurs sociaux de première ligne étaient déjà très fatigués avant les crises, donc cette fatigue s’accentue", reconnaît Céline Nieuwenhuys, secrétaire générale de la Fédération des services sociaux. Les crises se répètent, et pour elle, le plus grand danger, c’est que la colère sociale ne va faire qu’augmenter avec l’hiver à venir.

Le danger, c’est qu’on ait une colère sociale qui augmente, que la colère sociale rencontre la fatigue des travailleurs du social

"Aujourd’hui, il faut vraiment être très attentif au fait que des personnes sont dans le rejet de ce qu’on ne veut plus et plus dans le désir de ce qu’on veut pour demain. Ça peut vraiment créer des choses compliquées au niveau de nos démocraties", alerte-t-elle.

"Le danger, c’est que la colère sociale augmente et qu'elle rencontre la fatigue des travailleurs du social. Et que petit à petit on soit dans un rejet du politique et que cela se ressente sur le vote de 2024."

Certes, Céline Nieuwenhuys salue la prolongation du tarif social décidée par le Codeco de ce mercredi. "Mais peut-être qu’on peut se dire que comme c’est la cinquième fois que c’est prolongé, on n’est plus sur une mesure ponctuelle mais sur quelque chose qu’il faudrait pérenniser pour réguler les prix."

En effet, les services sociaux ne sauront pas tenir face à cette vague selon la secrétaire générale du secteur. "Les fournisseurs bruxellois s’attendent à ce que 80% des ménages bruxellois aient des difficultés à payer leurs factures", illustre-t-elle. Or, tous ces Bruxellois ne peuvent pas bénéficier du tarif social ou s’adresser au CPAS pour avoir de l’aide. "Les CPAS ne sont pas le cœur de la sécurité sociale. Ils ne sont pas armés aujourd’hui pour pouvoir accueillir l’ensemble de ces personnes."

Il y a donc vraiment des biens fondamentaux dont l’état a perdu la maîtrise

Et si le choc des factures n’a pas encore eu lieu, il ne va faire que s’étaler. "Tout le monde va avoir des difficultés, les prix sont exorbitants. Mais certains vont devoir faire des choix entre se nourrir, se loger. Il y a donc vraiment des biens fondamentaux dont l’État a perdu la maîtrise."

Penser, plutôt que compenser

Selon Céline Nieuwenhuys, l’État "continue d’être dans des mesures de compensation. Notre Premier ministre nous parle de cinq à dix hivers difficiles : est-ce que pendant cinq à dix hivers, on va prendre des mesures compensatoires ? Ou est-ce qu’on va penser à un changement de système ?"

"L’état a perdu toute une partie de la maîtrise en libéralisant le marché. Donc aujourd’hui, ils sont assez démunis. Il va y avoir des négociations au niveau européen, mais comme dit Alexander de Croo, il ne peut pas faire de miracles. C’est-à-dire que ce n’est plus dans nos mains. Et c’est très grave qu’un bien social comme l’énergie ne soit plus dans nos mains. Il faut reprendre de la maîtrise."

Il faut absolument qu’on pense à ce qu’il faut faire avant qu’on y pense pour nous

"Il faut penser à un changement de logiciel", exhorte celle qui a également fait partie du comité de pilotage des experts durant la période Covid. "Ce que je retiens de la crise sanitaire, c’est qu’il faut absolument qu’on pense à ce qu’il faut faire avant qu’on y pense pour nous."

Donner place aux experts

Pour elle, la solution se trouve donc du côté des experts: "Il y a des gens dont c’est le métier de proposer un monde de demain qui soit tenable au niveau de la justice sociale et de l’écologie", avance-t-elle. "Il y a toute une série de chercheurs, de penseurs, d’experts sur les matières climatiques et énergétiques qui disent depuis des années qu’il faut pousser les communautés d’énergie, qu’il faut peut-être penser à un fournisseur d’Etat…"

Et le temps presse, car la grogne sociale monte et certains ne pourront bientôt plus payer leurs factures. "C’est quelque chose à laquelle il faut se préparer pour ne pas être surpris. Et pour ça il faut prendre du temps de réflexion."

"Il faut être clair : tout le monde ne va pas avoir besoin d’aide. Mais ceux qui ont besoin d’aide aujourd’hui vont avoir besoin de tout le monde."

Inscrivez-vous aux newsletters de la RTBF

Info, sport, émissions, cinéma...Découvrez l'offre complète des newsletters de nos thématiques et restez informés de nos contenus

Sur le même sujet

Articles recommandés pour vous