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Prix de l’énergie : il n’y a pas "d’alternative au nucléaire" aujourd’hui, selon le chef économiste de Saxo Bank

Prix de l’énergie : il n’y a pas "d’alternative au nucléaire" aujourd’hui, selon le chef économiste de Saxo Bank

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31 janv. 2022 à 10:32Temps de lecture3 min
Par Michel Gassée

Le gouvernement fédéral n’a pas encore trouvé d’accord pour aider les ménages à faire face à la flambée des prix de l’énergie. Plusieurs pistes sont sur la table, parmi lesquelles la baisse de la TVA de 21% à 6%, un chèque de 200 euros voire le prolongement du tarif social élargi. Michel Gassée a interrogé le chef économiste de la banque danoise Saxo Bank, Christopher Dembik, sur les prix de l’énergie et la stratégie belge dans ce domaine.

Que pensez-vous de la stratégie énergétique de la Belgique ?

Aujourd’hui, tout le monde veut aller vers les énergies renouvelables et c’est nécessaire. Mais le problème, c’est qu’on ne peut pas le faire de manière rapide. Si on veut avoir des prix de l’énergie pour les consommateurs, et notamment pour les entreprises, qui soient relativement bas, on doit compter sur le nucléaire. Il n’y a pas foncièrement d’alternative.

Alors, en 2050, lorsqu’on aura, en termes de développement technologique, en termes d’avancée… suffisamment de latitude pour compter essentiellement sur les énergies renouvelables avec un bas coût, peut-être qu’on aura plus besoin du nucléaire. Mais à l’instant T, sur les prochaines années, fermer des centrales nucléaires et ne pas compter sur le nucléaire est une ineptie, parce que ça veut probablement dire un coût de l’énergie qui sera plus élevé et ça veut dire, surtout pour les pays qui font ce choix-là, qu’ils vont être tout simplement dépendants en termes d’approvisionnement énergétique d’autres pays, et parfois, en l’occurrence, malheureusement, des pays un peu moins coopératifs, comme la Russie.

Le risque de disponibilité, donc le risque de black-out, est-il important alors que la Belgique compte importer de l’électricité, notamment de France, où une partie du parc nucléaire n’est aujourd’hui pas disponible ?

Ce qui est très clair, c’est qu’au regard des stratégies en termes énergétiques qui ont été présentées récemment par les pays européens, on a deux pays européens qui font face à un réel risque de black-out, c’est la Belgique et l’Allemagne.

Il y a un problème d’approvisionnement en Belgique. Lorsqu’on a un approvisionnement qui dépend de pays extérieurs, et notamment de pays extérieurs qui vont devoir augmenter les capacités… aujourd’hui, ces capacités ne sont pas présentes et ça peut bien évidemment entraîner des black-out.

D’un autre côté, même si on prévoit éventuellement des investissements, et c’est typiquement le cas de l’Allemagne qui prévoit des investissements dans le gaz, il faut plusieurs années pour que les centrales à gaz soient opérationnelles. Il y aura donc certainement une période pendant laquelle on a un risque de black-out, surtout si les conditions climatiques sont très rudes du jour au lendemain. Automatiquement, ça peut être un risque qui va se matérialiser, notamment pour la Belgique et potentiellement pour l’Allemagne.

Avec aussi, de votre point de vue, un risque politique, géopolitique, géostratégique, puisqu’une grande partie du gaz européen vient de Russie…

Complètement. Aujourd’hui, on est extrêmement dépendant de la Russie, et on le voit finalement très bien au regard de la crise ukrainienne, on n’a pas une grande marge pour influer sur des événements qui sont finalement à notre porte.

La réalité, c’est qu’aujourd’hui, en termes d’approvisionnement, et notamment avec le gaz, on a heureusement la Norvège. Le problème de la Norvège, c’est qu’elle va atteindre son pic de production d’ici la fin de la décennie, et donc, automatiquement, on sera vraisemblablement encore plus dépendant dans les prochaines années qu’on ne l’est aujourd’hui de la Russie.

Il est peu probable que le troisième fournisseur de gaz aujourd’hui, qui est l’Algérie, ait les capacités d’augmenter ses productions. Donc, concrètement, effectivement, si on se porte sur un horizon de cinq, six ou sept ans, voire 10 ans, la Russie va vraisemblablement quand même avoir une mainmise extrêmement importante sur beaucoup de pays européens en étant le principal ou l’un des principaux fournisseurs d’énergie à l’heure actuelle.

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