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Belgique

Prix de l’énergie : "même si on paie plus de taxes, l’Etat est au final perdant", explique l’économiste Philippe Ledent

14 juin 2022 à 20:47 - mise à jour 14 juin 2022 à 21:58Temps de lecture3 min
Par Hugues Angot

Nouveau record pour l’essence ce week-end. Le prix maximum a grimpé de 1,7 centime pour atteindre 2,155 euros le litre. Même mouvement de hausse record pour le gasoil de chauffage. Il coûtera jusqu’à 1,48 euro le litre. Pourquoi de tels prix ? Qui en profite ? Comment faire chuter le prix ?

QR l’actu tente de répondre à ces questions avec Olivier Neirynck, porte-parole de la Brafco (Fédération belge des négociants en combustible) et Philippe Ledent, économiste chez ING et chargé de cours à l’UCLouvain.

Qui profite des hausses de prix ?

Dans le prix des carburants, près de la moitié de ce prix est constituée de taxes et accises. Mais il serait faux de penser que l’état s’enrichit avec ses hausses de prix comme l’explique l’économiste Philippe Ledent : "Quand il y a de l’inflation, quand il y a des hausses des prix de l’énergie, il y a effectivement davantage de rentrées financières pour l’Etat mais dans le même temps l’Etat a aussi des dépenses qui augmentent. Au final, les études ont tendance à montrer que quand on est dans une période d’inflation même dans le cas d’une inflation liée à l’énergie, l’Etat est plutôt perdant".

Augmenter la production ?

Ces prix élevés sont toujours le résultat de l’offre et la demande. Alors pourquoi ne pas augmenter la production de pétrole pour faire baisser les prix ? En théorie, le principe tient la route d’ailleurs les pays producteurs ont d’ailleurs décidé d’augmenter légèrement leurs productions, il y a une quinzaine de jours. Mais Olivier Neirynck, porte-parole de la Brafco, admet que certains pays producteurs se réjouissent et profitent de ces hausses de prix. Par ailleurs, même si on ouvrait totalement les vannes, il y aurait un effet retard de 5 à 6 mois parce qu’il faut extraire, transformer, transporter.

Pour Philippe Ledent, outre l’avantage financier indéniable pour les pays producteurs, il y a un autre élément qui ne pousse pas à augmenter la production : "Nous sortons de cette crise du covid où le prix était très bas et donc pendant toute cette période, on a eu beaucoup moins d’investissement des producteurs de pétroles notamment aussi parce que nous avons fait le choix de la neutralité en carbone à l’horizon 2050. Bref, pour certains pays, ils n’ont pas forcément la capacité d’augmenter la production".

Agir sur les multinationales ?

Les compagnies pétrolières font effectivement de beaux bénéfices mais on peut difficilement agir au niveau belge détaille l’économiste Philippe Ledent : "Au niveau européen, on pourrait envisager une discussion entre les grandes compagnies qui pompent le pétrole et les autorités européennes, là, il y a sans doute un levier de négociation".

Baisser taxes et accises ?

Le gouvernement belge comme d’autres gouvernements ont agi pour faire baisser le prix de l’essence et du diesel comme le rappelle Olivier Neirynck : "Nos autorités ont agi au niveau des accises en diminuant à la mi-novembre de 17,5 centimes le litre de diesel et d’essence. L’Etat pourrait aller plus loin et diminuer de 9,5 centimes. On serait alors au plancher minimal fixé par l’Europe. Et pour descendre sous ce seuil temporairement, il faudrait envisager un accord des ministres des finances européens. Dans les deux options, c’est une question de volonté politique".

Philippe Ledent précise que ces options de baisse des prix sont possibles mais il ne faut pas oublier qu’il faut pouvoir trouver cet argent : "Malheureusement, l’Etat belge n’a pas de rente qu’il tirerait de quelque chose (à l’inverse par exemple des pays producteurs de pétrole), donc toute recette qui est diminuée ou toute dépense qui est augmentée, ça doit inévitablement être compensé. Aujourd’hui, l’Etat vit déjà au-dessus de ses moyens avec un déficit de 4 à 5% de la richesse créée chez nous. Mais on peut très bien décider vu la situation de reporter des impôts supplémentaires à plus tard".

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