Prix des produits alimentaires : "On ne peut pas s’attendre à ce que les prix diminuent"

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02 mai 2022 à 07:30Temps de lecture2 min
Par A.D avec F.H.

Fin de la semaine dernière, l’Indonésie a décidé de suspendre toutes ses exportations d’huile de palme afin de pallier la pénurie et la flambée des prix de cette huile végétale. L’Indonésie étant le producteur mondial d’huile de palme, cette décision va-t-elle encore plus déstabiliser le marché de l’huile végétale, au plus haut à cause de la guerre en Ukraine ? Quelle influence cela peut-il avoir en Belgique ? Matin Première a consacré son "dossier de la rédaction" à ce sujet et invité Carole Dembour, économiste à la Fevia, la fédération de l’industrie alimentaire belge.

La Belgique sera-t-elle impactée par cet embargo des exportations d’huile de palme ?

"Oui, mais de manière indirecte parce que nous n’importons pas tellement d’huile de palme d’Indonésie. Par exemple, les sauces produites en Belgique n’utilisent pas du tout d’huile de palme. Mais évidemment, ça a une incidence sur le prix des autres huiles que nous utilisons comme l’huile de tournesol et l’huile de colza. Parce que tout le monde se tourne vers des alternatives. On va donc être impactés de manière indirecte."

La composition de certains produits va-t-elle changer ?

"Dans une enquête que nous avions réalisée, sept entreprises sur dix disaient qu’elles devraient reformuler leur recette. Pas pour toute leur gamme de produit mais ça va arriver. Le SPF Economie a mis en place une information au consommateur puisque ça reste la première priorité. Les délais d’attente pour avoir de nouveaux emballages sont très longs, donc il n’y a pas nécessairement le temps de changer toutes les étiquettes."

L’huile végétale coûte-t-elle donc vraiment plus cher aujourd’hui ?

"La hausse a commencé depuis mi-2020, mais il y a une accélération depuis la guerre en Ukraine. C’est une hausse des prix qu’on a jamais connue. En deux ans, on est quasiment à 100% d’augmentation au niveau des prix mondiaux des huiles."

Comment l’industrie répercute cette hausse ?

"Au niveau de l’industrie alimentaire, on est lié par des contrats annuels avec la grande distribution. C’est très compliqué de renégocier ces contrats qui ont été signés avant la guerre en Ukraine et qui n’ont donc pas pris en compte les hausses de ces derniers mois. Nos entreprises sont dépendantes de la bonne volonté des supermarchés. Donc on espère pouvoir répercuter une petite partie. Avec de telles hausses, l’industrie alimentaire prend en charge une partie, mais il faut que la grande distribution prenne en charge une petite partie et malheureusement le consommateur aussi."

Cette inflation n’est pas finie ?

"Malheureusement non, parce que l’Ukraine va être touchée encore pendant de nombreux mois. Même si la guerre s’arrêtait demain, ce n’est pas demain que le marché va se rétablir. La banque mondiale a revu ses prévisions à la hausse de 25% pour l’année prochaine. On sait que ça va continuer. Mais on ne peut pas s’attendre à ce que les prix diminuent en tout cas."

Où va cet argent ?

"Personne n’en profite, il y a des augmentations de toutes les matières premières : l’huile, les céréales, le lait, les emballages, le transport. Par exemple, un conteneur qui coûtait 2500 dollars en 2020, en coûte désormais 10.000. Personne n’en profite, chacun doit prendre en charge une partie."

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