Justice

Procès des attentats de Bruxelles : "J’ai été victime de la barbarie, mais j’ai aussi été témoin d’humanité", déclare Christelle Giovannetti

Christelle Giovannetti pendant son témoignage

© Palix

C’est la quatrième et dernière semaine de témoignages des victimes au procès des attentats de Bruxelles. Ce matin, Christelle Giovannetti s’est replongée dans les minutes qui ont suivi l’explosion dans le métro Maelbeek : les odeurs, les images, ses gestes pour tenter de débloquer des victimes ensevelies sous les débris. Mais aussi le combat qui a suivi pour être reconnue en tant que victime. Et finalement, le chemin qu’elle a décidé d’emprunter vers la résilience.

Christelle Giovannetti prenait rarement le métro. Ce matin du 22 mars 2016, le destin s’en mêle. Elle doit se rendre à une réunion dans le centre de Bruxelles et est en retard après avoir aidé son mari dans des démarches administratives. Sur le chemin, elle apprend qu’il y a eu un attentat à l’aéroport. Sur le quai du métro, elle se souvient de cette impression : "Tout le monde avait le nez dans son téléphone". Elle monte dans la première voiture. Pendant le trajet, elle reçoit l’appel d’un ami. À l’approche de Maelbeek, elle le prévient : "la connexion est souvent mauvaise".

Une énorme boule de feu, un bruit assourdissant

Lorsque le métro redémarre après Maelbeek, Christelle se souvient d’une énorme boule de feu, d’un bruit assourdissant et métallique. "J’ai la sensation que mon corps est projeté vers l’avant. Tout est noir, je sens des débris, j’ai l’impression d’avoir la bouche remplie de poussière". Elle se souvient également de la pensée qui lui traverse l’esprit à ce moment-là : "Pu***, ça pète de partout dans Bruxelles et je suis prise dans un attentat".

Dans la voiture du métro, un homme parle fort, en arabe. Christelle est paniquée, elle pense que l’homme proclame une prière avant de se faire exploser. Elle parvient à joindre son mari et prononce ces quelques mots : "explosions, kamikaze, je t’aime, adieu". L’homme à ses côtés continue de prier, c’est un passager, une victime comme elle.

Christelle est une des dernières à s’extraire de la voiture du métro : "C’était d’abord les plus angoissés et puis, les plus calmes". Une fois sur le quai, elle attend que ses yeux s’habituent. Elle ne prend pas les escalators pour remonter en surface. Elle regarde vers la deuxième voiture : "Je vois des décombres qui bougent".

Je me dis "et merde, j’y vais"

Christelle Giovannetti ne réfléchit plus. Elle cherche un moyen d’entrer dans la deuxième voiture : "J’entends des râles, des gémissements. Je ne perçois pas qui est mort, qui est encore vivant". Elle découvre une femme bloquée sous des débris, parvient à la libérer avec l’aide d’une autre personne. Cette femme, c’est Orphée Vandenbussche, elle est présente dans la salle d'audience ce matin. "C’est devenu une personne qui m’est très chère", dévoile Christelle. 

Orphée Vandenbussche et Christelle Giovannetti
Orphée Vandenbussche et Christelle Giovannetti © RTBF

Alors qu’elle tente encore de libérer des blessés, un cri retentit depuis le quai d’en face. "Un homme armé me crie d’évacuer, il me crie dessus : "dégagez, dégagez". Cet homme, c’est le premier policier à être descendu dans l’enfer de Maelbeek.

Suite à cette injonction, Christelle Giovennetti remonte vers la surface. Elle trouve tant bien que mal son chemin dans cette station qu’elle ne connaît pas. À l’air libre, elle est hébétée, elle suffoque. Elle découvre ses chaussures couvertes de sang. Elle s’en veut, elle avait pourtant pris toutes ses précautions pour ne pas marcher sur des victimes. Et elle pense : "Je réalise le sens de la terreur dans le mot terrorisme".

J’étais obnubilée par les personnes qui avaient perdu la vie dans le métro

Christelle Giovannetti passe ensuite par le parcours des blessés légers. D’abord à l’hôtel Thon, face à la sortie du métro, où un poste médical avancé a été installé. Ensuite, elle est conduite en bus jusqu’à l’hôpital Brugmann.

Dans les jours qui suivent, Christelle est obnubilée par les personnes qui ont perdu la vie ce jour-là. "Je ne parvenais plus à penser à autre chose qu’à cette bombe, cette odeur, les corps. Je me sentais seule, incomprise et toujours avec ce sifflement dans mon oreille". Elle complète : "Ces choses, ni ne s’effacent ni ne s’estompent".

Le chemin de la résilience

Dans ce parcours très difficile qu’elle a entamé, Christelle Giovannetti a pu être entourée par son mari, ses enfants, ses proches et les membres de l’association Life4Brussels. Devant la cour, elle a déclaré qu’elle avait depuis ce jour-là encore plus foi en l’humanité.

Elle a rappelé les mots qu’elle a écrits sur la fresque de Maelbeek : "Ce matin, j’ai vu et vécu l’horreur, l’innommable et pourtant j’ai aussi vu la solidarité. J’ai été victime de la barbarie, mais j’ai aussi été témoin d’humanité".

Christelle Giovannetti a conclu son témoignage avec ces mots : "C’est par l’amour et l’amitié que j’ai trouvé le courage de reprendre ma vie. Aujourd’hui, je suis en paix et fière d’avoir pris le chemin de la résilience". En sortant de la salle d'audience, elle a planté son regard vers le box des accusés. Avant d'adresser un grand sourire au jury. 

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