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Procès des attentats de Bruxelles : les accusés et victimes face à face pour la première fois

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12 sept. 2022 à 04:00 - mise à jour 12 sept. 2022 à 07:48Temps de lecture3 min
Par Laurent Van de Berg

Pour les familles endeuillées ou les victimes directes et indirectes des attentats de Bruxelles, c’est une nouvelle épreuve. Celles et ceux qui feront le déplacement ce 12 septembre jusqu’à la cour d’assises au Justitia à Haren seront, pour la première fois, à quelques mètres de 9 des 10 accusés soupçonnés d’avoir organisé, participé aux attaques faisant 32 morts et plus de 340 blessés graves ou amené une aide. Le véritable coup d’envoi du procès est, toutefois, fixé au 13 octobre avec le début des audiences sur le fond de l’affaire.

 

À quoi sert cette "audience préliminaire" ce lundi ?

Ce premier rendez-vous est avant tout administratif et technique. La Cour se réunit ainsi que les avocats de la défense et des parties civiles pour débattre des conditions dans lesquelles le procès va se dérouler.

Leur première mission est d’arrêter la liste des témoins : enquêteurs, juges d’instruction, experts, témoins des faits, témoins de moralité qui peuvent parler des victimes ou des accusés. Près de 300 personnes pourraient être entendues durant le procès. La Présidente de la cour d’assises pourra rejeter certaines demandes de parties lorsque les témoins sont jugés étrangers aux faits reprochés à l’accusé, ou à sa moralité par exemple.

La deuxième tâche, de toute évidence, sera de trancher sur un réaménagement ou non du box des accusés. La polémique gronde depuis plusieurs semaines. Selon plusieurs avocats de la défense, cette installation de box individuels entièrement vitrés rend difficile la communication avec leur client et met à mal la présomption d’innocence. "Si le box vitré est maintenu, nous refuserons de participer à ce procès" annonce l’avocat de Mohammed Abrini, l’homme au chapeau qui a poussé un chariot d’explosifs à Zaventem. Son client a déjà été condamné à la perpétuité à Paris dans le procès des attentats du 13 novembre 2015. Le dernier mot concernant cette polémique reviendra à la Présidente de la cour d’assises.

Le troisième point concerne l’agenda. Selon les estimations, ce procès devrait durer entre six et neufs mois. La durée de celui-ci dépendra de la longueur des débats. Compte tenu des trop nombreuses incertitudes, le planning devrait être fixé par semaine voire quinzaine.

 

Un procès filmé pour l’histoire ?

Pour ce procès d’assises, aucune image ni aucun son des débats ne pourront être captés par la presse. Néanmoins, tout un dispositif de captation son et vidéo est prévu par la Cour.

Le procès sera accessible via une webradio. Laurence Massart, la Présidente de la cour d’assises a autorisé sa mise en œuvre. Seules les personnes concernées par le procès des attentats et ne résidant pas en Belgique pourront y avoir accès. Les débats seront diffusés avec 30 minutes de décalage. Les conservations de données ou d’enregistrements seront interdites. En cas d’infraction, la personne risquera entre 6 mois et 2 ans de prison et/ou une amende allant de 200 à 10.000€.

Ce procès, comme les faits, est historique. Le quatrième point qui pourrait être débattu lors de cette audience préliminaire, serait de conserver les enregistrements vidéo du procès dans un but historique. À Paris, cela avait été le cas pour le procès des attentats du 13 novembre 2015. Pendant le procès, plusieurs salles de retransmission permettent aux parties civiles, aux avocats, à la presse et au public de suivre les débats.

Le cinquième point devrait être une requête de remise en liberté des frères Farisi, deux accusés du procès. Ils auraient normalement pu comparaître libres mais ils ont été arrêtés à quelques jours du début comme le permet la procédure. Ils étaient libres depuis six ans. Ils sont accusés d'avoir nettoyé l’appartement loué par les auteurs de l’attaque.

J’ai besoin d’être là, ce sera le début !

Pour Jessie Manzanza, victime indirecte des attentats et sœur de Christian, rescapé du métro, c’est la fin de six ans d’attente : "Je serai présente le 12 septembre pour l’audience préliminaire parce que j’ai besoin d’être là, ce sera le début. C’est une façon de me mettre dans le bain, de me préparer pour la suite des événements. On va évoquer l’organisation du procès. C’est aussi une façon, pour les personnes qui ne sont pas familiarisées avec la justice, de comprendre comment elle fonctionne".

 

Le jury populaire sera composé le 10 octobre

Le tirage au sort des 36 jurés aura lieu le 10 octobre, soit 12 effectifs et 24 suppléants.

Le procès débutera réellement le 13 octobre par la lecture de l’acte d’accusation, qui reprend l’ensemble des faits reprochés aux accusés et qui résume l’enquête.

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