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Justice

Procès des attentats de Paris : analyse des peines, échos des victimes, réponses à vos questions, revivez notre Facebook Live

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C’est un procès-fleuve qui s’est terminé hier à Paris. Le vendredi 13 novembre 2015, Paris est attaqué par dix terroristes. Des tirs et des explosions retentissent au Stade de France, sur des terrasses de cafés et dans la salle de concert du Bataclan. 130 personnes sont tuées et des centaines d’autres blessées.

Vingt accusés étaient poursuivis devant la cour d’assises spéciale de Paris constituée pour une affaire de terrorisme, ce qui implique la présence de juges professionnels en lieu et place d’un jury populaire.

Le principal accusé, Salah Abdeslam, a été condamné ce mercredi soir à la réclusion criminelle à perpétuité incompressible. Le terroriste n’aura donc aucune chance de sortir de prison avant au moins les 30 prochaines années. Une peine extrêmement lourde décernée seulement quatre fois auparavant dans l’histoire. Les autres peines sont à retrouver dans cet article.

En plateau, experts et journalistes étaient présents pour revenir sur les événements qui ont touché la capitale française mais aussi pour analyser le procès, le verdict et les peines. Parmi eux, Michaël Dantine, criminologue et expert en terrorisme de l’Université de Liège, et Olivier Laplaud, victime de l’attentat au Bataclan et vice-président de l’association d’aide aux victimes "Life for Paris"

Des peines individuelles et adaptées

La plupart des accusés ont obtenu de lourdes peines : de 20 ans à la perpétuité pour la grande majorité. Concernant ces peines, le parquet a été suivi par la Cour, qui s’est toutefois montrée plus clémente pour certains des accusés qui n’ont pas directement pris part dans les attaques. C’est notamment le cas de trois accusés qui échappent à la perpétuité et qui n’écopent que de courtes peines dont certaines ne sont pas assorties d’un emprisonnement.

Pour Olivier Laplaud, les peines ont été prises de manière sereine et sont à la hauteur des actes commis lors de ces attentats : "Notre première préoccupation était que le procès se déroule bien, dignement, sans incident d’audience pour que tous les acteurs puissent travailler correctement. De ce point de vue là, c’est une réussite, tout le monde a pu travailler sereinement. Les parties civiles ont pu être écoutées, ce qui n’est pas toujours le cas en France. Ici, la cour a pu laisser place aux victimes et à leurs histoires. Et de leur côté, les accusés ont pu être défendus par des avocats brillants.", explique-t-il.

Les juges ont pu adapter les peines prononcées individuellement, sans faire le choix facile de condamner les accusés dans un 'package' qui aurait servi d’exemple.

Et d’ajouter : "Comme tout le monde a pu bien faire son travail, les juges ont pu adapter les peines prononcées individuellement, sans faire le choix facile de condamner les accusés dans un 'package' qui aurait servi d’exemple."

Les victimes se sont senties respectées et écoutées

Durant dix mois, les victimes ont pu assister aux audiences mais aussi témoigner. Des témoignages lourds, parfois glaçants, qui ont été particulièrement respectés détaille le vice-président de l’association d’aide aux victimes "Life for Paris" : "Chacune des victimes a une histoire de ses attentats, chaque point de vue va différer. Le respect des victimes a été maintenu tout au long du procès. Les membres de la Cour nous ont accueillis avec le sourire, les avocats de la défense ont pris le temps d’écouter les parties civiles, les victimes et ce, sans les contredire. Même les accusés ont été présents à chacune des audiences, ont écouté les victimes, ont rebondi sur les histoires qui avaient été racontées. On ne sait pas si c’était de la stratégie ou des réactions sincères. Je pense qu’elles étaient sincères et il me semble qu’on a été écoutés."

Il faut dire pourtant que le procès avait démarré sur un fond de tension. L’exemple le plus frappant étant notamment Salah Abdeslam qui, à la question "Quelle est votre profession ?" répond "Combattant de l’État Islamique" avant de se faire reprendre par la cour de manière humoristique : "Il est pourtant marqué 'intérimaire' dans votre dossier ...". Une réponse du principal accusé qui montre l’électricité qui pouvait régner dans la salle.

Pourtant, l’homme s’est montré moins tendu au fil des semaines, se disant souvent touché par le témoignage de certaines victimes et présentant des excuses. Un changement de comportement difficile à cerner : "C’était très difficile de juger de sa sincérité", note Olivier Laplaud. "Il a été très ambivalent. Il a peu parlé durant ses années d’incarcération, il a eu un discours dur au début du procès… Il a ensuite joué la carte de la séduction, du mutisme, du pardon… Je pense que son pardon, ses larmes étaient sincères. Les audiences avaient été très longues, il était aussi question de sa famille, de sa mère. C’est très dur de juger de sa sincérité, il était tantôt cajoleur, tantôt provocateur. Ses avocats et ceux des parties civils ont réussi à le décoincer, en lui conseillant de parler pour qu’il soit jugé à sa juste valeur. Je ne sais pas dire s’il a été sincère mais je pense que ça a fait du bien à un certain nombre de victimes d’entendre ces mots, qu’ils soient sincères ou non".

Stratégie de défense ou réelle sincérité ?

Sincère ou non, peu de gens savent le dire aujourd’hui. Mais l’adoucissement d’Abdeslam pose en tout cas question : était-ce une stratégie de défense ou s’agissait-il d’un réel changement de comportement ? Pour Michaël Dantine, criminologue et expert en terrorisme de l’Université de Liège, il peut s’agir des deux options : " Était-il d’une vérité sincère dans ces excuses et dans sa description des faits ? Peut-être seuls lui-même et sa défense sont au courant et sait ce qu’il en est réellement. Il a modifié à plusieurs reprises ses témoignages, ce qui laisse penser que cela n’a pas été le cas. Dans un procès d’assises, il y a aussi une question de stratégie qui peut s’appuyer sur du mensonge, de l’émotion fausse mais aussi des émotions vraies. On ne saura jamais. Mais on a pu effectivement constater qu’il y a un revirement de posture net."

La vérité judiciaire donne en tout cas tort à Salah Abdeslam sur le point de la sincérité. Un exemple flagrant le prouverait notamment : alors qu’Abdeslam disait dans un premier temps que son gilet n’avait pas explosé, il raconte plus tard qu’il a renoncé à se faire exploser par "souci d’humanité" en voyant des jeunes s’amuser en terrasses. Pour la cour, il s’agissait véritablement d’un gilet dysfonctionnel plutôt qu’une décision réfléchie de l’auteur : "Les experts nous ont expliqué que pour savoir que le gilet était défaillant, il fallait essayer de l’actionner", détaille Olivier Laplaud qui estime lui aussi que la ceinture était bel et bien défectueuse.

L’expert en terrorisme de l’Université de Liège note également que Salah Abdeslam est resté ambivalent jusqu’à la fin du procès : "On ne l’a pas entendu condamner les attentats, décrier les principes de l’islam. À la question 'si vous étiez libre, que feriez-vous', il a répondu : J’irai vivre dans un pays où la charia est d’application.' Je pense qu’il y a beaucoup d’ambivalence due à un mélange de loyauté et de complexité relationnelle qu’il entretenait avec les autres accusés", précise le criminologue

Des zones d’ombre éclaircies

Sept ans après les attentats de Paris, le procès a également permis d’éclairer plusieurs zones d’ombre et de permettre aux victimes de mieux comprendre les atrocités qu’elles ont vécues : "J’attendais peu de chose de ce procès, il y avait beaucoup de détails dans le dossier de l’enquête mais j’ai pu mieux comprendre ma propre expérience" déclare Olivier Laplaud, lui qui a été pris en otage dans une des loges du Bataclan durant 2h30. "J’ai notamment pu comprendre quelle avait été la temporalité des événements. Entre le moment où a commencé l’attaque et le moment où un des terroristes s’est fait exploser sur scène, j’estimais qu’il s’était passé 30-45 minutes alors qu’en réalité, c’était 10 minutes. Cela m’a permis de remettre les choses dans le contexte, de les repréciser et de savoir ce qu’il s’est passé", précise-t-il.

La tête tournée vers le procès des attentats de Bruxelles

Ce procès terminé, tous les regards vont maintenant se tourner vers celui des attentats de Bruxelles, survenus quelques mois plus tard, le 22 mars 2016. Un procès pour lequel six accusés des attentats de Paris, dont Salah Abdeslam, se retrouveront une nouvelle fois dans le box.

La procédure sera aussi différente par rapport au procès qui vient de se clôturer. En effet, en France, les affaires de terrorisme sont jugées par des juges professionnels alors que chez nous, c’est un jury d’assises, composé de citoyens lambda, qui sera chargé d’établir les peines éventuelles.

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