Belgique

Procès des attentats du 13 novembre : "la poussière sous les tapis", réactions après les témoignages des policiers belges

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10 déc. 2021 à 06:00 - mise à jour 10 déc. 2021 à 09:02Temps de lecture3 min
Par Patrick Michalle

"Peut mieux faire", c’est la mention qui pourrait être attribuée aux enquêteurs belges par les différentes parties aux procès des attentats de Paris. Tant sur la forme que sur le fond, la déception chez les avocats des parties civiles comme de la défense était réelle jeudi à l’issue des derniers témoignages des enquêteurs belges.

L’absence de réponses à une série de questions

Sur la forme d’abord, ce qui a frustré, c’est principalement l’absence de réponses à une série de questions posées aux enquêteurs.

Je ne suis pas chargé de cette partie

Le "saucissonnage" des interventions entre enquêteurs a eu comme conséquence d’entendre trop souvent la réponse : " je ne suis pas chargé de cette partie, un autre enquêteur en parlera plus tard". Pour Gérard Chemla, avocat représentant de nombreuses victimes, les enquêteurs belges ont donné l’impression par ce procédé formel de pratiquer fréquemment l’esquive : dès qu’on pose des questions et que celles-ci sont un peu gênantes parce qu’elles ont trait à ce qui s’est passé avant les attentats, aux signaux reçus et à la manière dont ils ont été traités, on a eu une langue de bois extraordinaire ".

Sortir la vérité y compris si elle est gênante

Et l’avocat d’insister pour éviter les malentendus sur le fait que ce sont bien les accusés qui sont jugés sans aucun doute mais d’ajouter que le débat aux assises ne s’arrête pas là : "un procès d’assises est fait pour qu’apparaisse la manifestation de la vérité dans sa globalité et ce dans l’intérêt de toute la société". Il ne s’agit pas indique l’avocat : "de mettre la poussière sous le tapis mais bien de sortir la vérité y compris si elle est gênante ".

Gérard Chemla n’a pas de doute quant à la compétence des enquêteurs "mais on pense clairement que le but était de ne pas répondre parce que la Belgique a encore peur de ce qu’on peut découvrir ".

Enrichir le débat, ne pas se contenter d’une leçon bien apprise

Pour Catherine Pompidou, autre avocate qui défend des victimes du Bataclan, l’avis est plus nuancé : "L’exercice n’était évidemment pas facile pour les policiers belges" qui doivent témoigner à distance. Et d’indiquer que certains policiers s’en sont mieux tirés que d’autres : "j’ai appris des choses de certains officiers de police judiciaire qui ont pu enrichir le débat alors que d’autres se sont contentés de réciter ce qui était déjà mentionné dans l’ordonnance de mises en accusation".

Le procès, un moment unique pour tirer les leçons

Du coté des avocats de la défense les questions ont parfois cruellement mis en évidence des lacunes dans l’enquête déjà pointées en Belgique par la commission d’enquête sur les attentats. Notamment les failles dans le suivi des frères Abdeslam durant la phase précédant les attentats ou la délivrance d’un passeport à Oussama Atar lui permettant de disparaître à l’étranger.

Besoin aussi d’avoir des réponses s’il y a eu des manquements

Pour Xavier Nogueras, l’avocat de Mohamed Amri, il ne serait pas correct d’utiliser ces failles au profit des accusés, par contre du côté des victimes cela résonne pour lui différemment : "Quelqu’un qui a perdu son père ou sa fille dans des conditions horribles au Bataclan, il a besoin aussi d’avoir des réponses s’il y a eu des manquements. Quand on fait venir pour témoigner l’ancien président François Hollande, c’est aussi pour qu’il s’exprime sur l’éventuelle responsabilité de sa prise de décision d’attaquer ou non en Syrie".

Dans un souci de clarté et d’autocritique

Pour l’avocat il est donc intéressant tant pour les victimes que pour l’opinion publique et l’Histoire que chaque faille soit pointée : "c’est le moment unique où il faut le faire dans le cadre de ce procès". Dans un souci de clarté et d’autocritique comme l’ont pratiqué déjà pas mal de témoins à la barre mais aussi pour tirer les leçons de ce qui s’est passé et éviter que pareille situation ne se reproduise.

Mercredi, la police fédérale a réagi aux commentaires émis au sujet des auditions des enquêteurs belges.

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