Belgique

Procès en appel du policier dans l'affaire Mawda : "Mon rêve d'enfant s'est transformé en cauchemar"

Pancarte de soutien en marge du procès de l’affaire Mawda

© BRUNO FAHY BELGA

01 oct. 2021 à 10:59Temps de lecture3 min
Par Melanie Joris

C’est le deuxième jour du procès en appel du policier qui a tiré et mortellement touché Mawda, une petite fille de deux ans, lors d’une course-poursuite sur l’autoroute en mai 2018. Après un premier jour dédié au réquisitoire du parquet et à la plaidoirie des parties civiles, place aujourd’hui à la plaidoirie de la défense.

En première instance, le policier a été reconnu coupable d’homicide involontaire par défaut de prévoyance ou de précaution et a été condamné à un an de prison avec sursis par le tribunal correctionnel de Mons. Mais le policier n’accepte pas cette peine, il estime qu’il n’a pas commis de faute.

Je ne suis pas un cow-boy

À l'issue de cette deuxième matinée de procès, le policier s'est levé et a pris la parole : "Après le jugement [en première instance], c'était plus fort que moi, je ne pouvais pas accepter d'être le seul responsable de la mort de Mawda".

Le policier ajoute qu'il ne pourra jamais oublier cette tragédie. Et tente de montrer quel homme il était : "J'avais 46 ans, j'étais responsable de ma petite famille. Je n'ai pas du tout l'étoffe d'un cow-boy"

Et il revient encore sur ce tir fatidique : "J'ai pensé que j'étais dans de bonnes dispositions pour viser le pneu et tirer. Jamais on ne m'a dit de ne pas le faire. J'ai voulu bien faire"

Le policier ajoute : "Depuis le 17 mai 2018, il n'y a pas un jour où je ne pense pas à ce qui s'est passé. À la douleur que j'inflige à deux familles. Dans cette affaire, comme l'a dit mon épouse, il n'y a pas de gagnant. Que des perdants". Et de revenir sur sa profession. L'homme était devenu policier de la route sur le tard après une reconversion professionnelle : "Dieu sait que j'aimais ce travail. Mais mon rêve d'enfant s'est transformé en cauchemar"

Le policier a aussi évoqué le contexte migratoire. Il s'est adressé directement aux avocats des parties civiles : "Le combat que vous menez, l'aide aux migrants, est digne. Mais vous vous trompez de cible. Adressez-vous à l'État. C'est à lui que vous devez demander des comptes. Moi-même, je suis issus de l'immigration"

Finalement, sa dernière phrase s'adressait aux parents de Mawda : "Je réitère mes plus sincères regrets à la famille de Mawda"

Coupable, mais pas fautif

Plus tôt dans la matinée, l’avocat Laurent Kennes a déroulé sa plaidoirie. Il a d’emblée évoqué l’état d’esprit de son client : "Il se sent coupable, mais pas au sens pénal. Il se sent coupable comme un chirurgien ou un policier quand, dans une opération au cours de laquelle il a posé certains actes, un enfant meurt. Ça ne veut pas dire qu’il a commis une faute", avance-t-il.

L’avocat est revenu dans sa plaidoirie sur la conduite dangereuse du chauffeur de la camionnette : "Il s’agit d’arrêter un chauffeur fou. Tous les passagers lui demandent d’arrêter et lui, il accélère. Arrêter ce type de comportement, c’est légitime"

Me Laurent Kennes insiste sur le contexte du tir. C'est au moment où la camionnette fait une embardée que le tir est parti. Et il s'interroge : "Est-ce qu’on aurait eu ce débat s’il avait atteint le conducteur plutôt que Mawda ? Et pourtant, ce n’est pas lui qui a pris les risques, c’est le conducteur. C’était normal d’essayer d’arrêter cette camionnette"

Un des autres arguments avancés par Me Kennes pour défendre son client, c'est celui de la formation. À l'époque, les manuels de l'académie de police n'interdisaient pas de tirer dans un pneu lors d'une course-poursuite pour provoquer une crevaison lente. "Si on trouve que ce n’est pas une bonne formation, on ne la donne pas. S'il est interdit de tirer, on le dit. On n’attend pas qu’un policier soit confronté à une situation réelle pour savoir si c’est proportionné", insiste l'avocat.

Les arguments des différentes parties ont désormais été entendus. La cour d'appel de Mons rendra son arrêt le 29 octobre. 

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