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Belgique

Proposition sur les pensions : "Madame Lalieux a oublié qu’il y avait six autres partis dans le gouvernement"

03 sept. 2021 à 09:59 - mise à jour 03 sept. 2021 à 10:23Temps de lecture4 min
Par Fabien Van Eeckhaut

Premier comité ministériel restreint (le "kern") et premier conseil des ministres de rentrée pour la Vivaldi ce vendredi matin. Avec un premier "gros" dossier, au travers de cette note politique pour une réforme des Pensions déposée par la ministre socialiste Karine Lalieux. Et les réactions s’enchaînent avant même l’arrivée du texte sur la table des ministres fédéraux – il faut dire que la note figure déjà en bonnes pages dans la presse du jour. Réactions au sein de partis (le MR, ou côté opposition fédérale la N-VA), réactions syndicales aussi.

Réactions également sur le trottoir en marge précisément du conseil des ministres, au 16 rue de la loi. Avec pour l’essentiel, des doutes, des questions voire un certain agacement. C’est peu dire que le texte a été fraîchement accueilli… à droite. Les mesures annoncées passent mal, la méthode de communication aussi – même s’il faut bien reconnaître que la pratique de sortir d’abord dans les médias est plutôt courante tous partis confondus !

Elle informe la presse avant le gouvernement, c’est assez particulier

Ainsi David Clarinval, ministre des Classes moyennes et des Indépendants, s’arrête d’abord sur la forme : "Pardon mais Madame Lalieux a oublié qu’il y avait six autres partis dans le gouvernement. Sa note n’a pas été concertée, c’est SA note, aucune discussion préalable ni avec nous, ni avec les partenaires sociaux. Elle oublie aussi les indépendants, elle ne parle pas des fonctionnaires… Elle informe la presse avant le gouvernement, c’est assez particulier. Enfin, il y a pas mal de questions budgétaires à discuter aussi. Bref, ce n’est pas si simple…". Et sur le fond, le ton libéral n’est pas plus tendre. Ainsi sur l’accès éventuel futur pour une pension minimum après 10 ans de carrière (proposition Lalieux) : "Nous avons toujours dit que nous voulions récompenser le travail avant tout. Nous avons clairement dit 20 ans pas 10". Et sur un départ anticipé à la pension après 42 ans de carrière, parfois donc avant l’âge de 65-67 ans : David Clarinval y voit "un retour aux années 90, puisque c’était quasiment le système mis en place alors… Bref, clairement ce n’est que le début des discussions".

Ton quasi identique du côté du CD&V, où même si le vice-Premier et ministre des Finances Vincent Van Peteghem voit dans la note "lue dans la presse" des idées "sympathiques comme les bonus pensions, la réduction de la carrière à 42 ans, l’attention donnée à la situation des femmes et des temps partiels", il s’interroge tout de même beaucoup avant tout sur la soutenabilité, le côté payable/finançable des mesures, évoquant en néerlandais "een rode plan en daarna een rode factuur". "Il y a des propositions intéressantes, mais il faut en voir les conséquences budgétaires, c’est tout aussi important pour nous. Le but d’une réforme des pensions c’est de donner à tous la confiance que chacun aura une pension juste et décente. Quel est le coût budgétaire de tout cela ? Madame Lalieux dit qu’elle finance cela par la croissance et un taux d’emploi plus élevé. Je voudrais voir ses propositions en la matière".

Plus de justice pour la situation des femmes

Satisfaction par contre du côté de Groen, et Petra De Sutter, ministre de la Fonction publique. "Pour ce que j’en ai lu, c’est en accord avec l’accord de gouvernement, et la recherche d’un équilibre qui fera partie des négociations entre pouvoir continuer à payer les pensions et les rendre plus justes. Plus de justice pour la situation des femmes, souvent victimes de carrières partielles, s’occupant des enfants et punies par des pensions plus basses… Il est aussi question de pouvoir partir plus tôt pour les gens qui ont commencé jeunes et pour les métiers lourds. Sur la question des 10 ans pour une pension minimale, il est clair pour nous que la proposition de certains de 20 ans n’est pas acceptable. Sur tout cela, il faut regarder".

Pas de commentaires dans l’immédiat côté Ecolo ou Vooruit. Pas plus du côté du Premier ministre Alexander De Croo dont on espérait bien quelques mots à l’issue du conseil, il n’aurait pas non plus apprécié de ne pas recevoir les propositions socialistes en primeur. Du côté de son parti, l’Open Vld, son président de parti, lui, s’est exprimé. Egbert Lachaert, très critique, en particulier, lui aussi, sur la soutenabilité financière du modèle. "Nous estimons qu’il est nécessaire d’avoir beaucoup plus d’ambition pour rendre notre système de pension durable, meilleur et finançable. Cela n’est possible si les gens reçoivent le signal que travailler (plus longtemps) est une nécessité et est récompensé. L’idée selon laquelle contribuer peu de temps et au minimum suffira toujours n’est pas notre modèle", a-t-il expliqué. "Il incombe maintenant à tous les partenaires de mener le débat au sein du gouvernement avec des textes et sur la base de chiffres", fin de citation. Le ton est donné. A la fin août, le président des libéraux flamands s’était déjà montré très sceptique sur le projet que la ministre allait déposer, s’attirant les foudres des socialistes francophones étonnés d’une telle sortie venant du parti du Premier ministre. Il estimait notamment qu’il fallait avoir travaillé effectivement au moins 20 ans dans une carrière de 30 ans pour bénéficier de la pension minimale revalorisée.

La discussion du jour dans et hors du gouvernement n’aura donc été qu’un premier "tour de chauffe" pour un dossier qui va occuper les prochaines semaines, les prochains mois.

L'invité de Matin Première ce 03/09/2021 : Karine Lalieux

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La réforme des pensions

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