Chroniques

PS et Ecolo vont-ils (cette fois) lâcher le MR ?

Les coulisses du pouvoir

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Le MR est menacé d’exclusion des majorités dans le sud du pays. Le dossier du master en médecine de Mons continue de s’envenimer. La dramatisation s’accélère, on parle désormais en coulisses d’une nouvelle majorité de la Fédération Wallonie-Bruxelles et de la Wallonie.

Gradation

Cette affaire du master en médecine de Mons est un magnifique cas d’école pour le cours de “Crise politique en Belgique au 20e et 21e siècle” qu’une université, j’en suis certain, n’hésitera pas à donner un jour. Une crise politique, commence par des signaux faibles où chaque partenaire tente de jauger l’autre. Puis des petites phrases publiques mais que seuls les initiés comprennent. Puis des blocages qui interviennent dans des dossiers périphériques. Puis des ukases. Puis des menaces.

Autant d’incréments, de gradations dans la dramatisation destinés à amener les différentes parties au compromis. Quand il intervient, la montée en tension est vite oubliée par la magie de la communication politique. Car dans les blocages, ukases et autres menaces, les présidents de partis se ménagent toujours une petite porte de sortie.

Dans cette affaire du master en médecine de Mons, on arrive à la gradation ultime, la menace d’exclure le MR de la majorité PS-ECOLO-MR en Fédération et en Wallonie. Au début de la semaine on en était encore à l’étape de la menace de majorité alternative sur un dossier ponctuel. Menace lancée publiquement par Paul Magnette et non démentie par Ecolo. Désormais, les signaux envoyés en sous-main vont encore plus loin. Si le MR ne revoit pas sa position, ce serait plus qu’une majorité alternative sur un dossier, ce sera une nouvelle majorité avec les Engagés en Fédération et en Wallonie et exit le MR.

Pourquoi une telle menace ? Parce qu’une majorité alternative en Fédération conduirait à une ambiance exécrable dans les exécutifs du sud du pays. Ils seraient quasiment condamnés aux affaires courantes.

Réaliste ?

Il faut reconnaître que des éléments nous échappent pour jauger correctement la portée de cette menace.

La première interprétation, c’est qu’il s’agit d’une étape de dramatisation ultime, qui va amener à un compromis. Les contours en sont plus ou moins connus : le MR accepte les masters, mais des solutions sont trouvées pour en diminuer le coût pour la Fédération. Ce scénario d’atterrissage est le plus rationnel. Georges-Louis Bouchez a d’ailleurs publiquement annoncé sa volonté de trouver un compromis. Mais ce scénario peut ne pas se produire. Il faudrait plusieurs éléments pour en arriver à un changement de partenaires.

Il faudrait que Georges-Louis Bouchez ne cède pas. Ce qui pourrait le pousser à la ligne dure, c’est qu’en cédant il perd la face. En particulier si Valérie Glatigny, qui aura été lâchée, démissionne.

Il faudrait ensuite que lundi, les bureaux de partis du PS et d’ECOLO valident un changement. Chez Ecolo, l’exaspération est telle envers Georges-Louis Bouchez que le mandat serait assez facilement octroyé aux coprésidents. Au PS, c’est un peu moins clair. Frédéric Daerden ou Elio Di Rupo étaient par le passé plus intéressés par la stabilité de leurs exécutifs respectifs que par la rupture.

Les Engagés ?

Enfin, dernière condition, il faudrait que les Engagés acceptent. Pour l’heure Maxime Prévot, le président des Engagés, dément publiquement tout marchandage en coulisses. Mais chez les Engagés, les signaux faibles envoyés sont plutôt positifs. Ce serait pour eux un "anti coup de Lutgen". Quand le cdH avait rembarré le PS pour s’allier au MR en 2017 en Wallonie. Un mauvais coup en fait, tant sur le plan électoral que dans la relation avec les autres partis. Les Engagés pourraient refermer la parenthèse d’une opposition qui ne leur a pas apporté grand-chose. Ils pourraient redevenir visibles, obtenir quelques points clés et tenter d’incarner pour les électeurs du centre droit le parti de l’anti-Bouchez, sérieux et fiable.

On en n’est pas là, donc. Mais notons que jamais dans les différentes crises entre Georges Louis-Bouchez, Ecolo et le PS, la menace n’a été aussi claire. Notons aussi que de plus en plus de cadres au sein d’Ecolo et du PS aimeraient bien que Georges-Louis Bouchez s’obstine. Ces cadres ne se voient plus continuer comme ça et faire campagne avec lui dans quelques mois.

De son côté, peut-être que Georges-Louis Bouchez aurait les coudées franches pour assumer jusqu’au bout sa stratégie du seul contre tous. Sauf évidemment qu’il n’est pas tout seul dans son parti. Comme lors des précédentes poussées de fièvre autour de sa personnalité, il finira sans doute par devoir en tenir compte. Ou pas.

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