Economie

Puces électroniques : "On ne se rend pas bien compte combien ces microscopiques bouts de plastique peuvent menacer les équilibres mondiaux"

La question echo - géopolitique des puces

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28 oct. 2022 à 10:55Temps de lecture3 min
Par Victor de Thier, sur base d'une interview de Sophie Brems

Nous ne nous en rendons pas compte et pourtant, les puces électroniques sont partout. Elles sont devenues indispensables dans notre quotidien étant donné qu'on les retrouve dans nos ordinateurs, nos smartphones ou encore nos voitures. À tel point que celles-ci deviennent de plus en plus un enjeu géopolitique majeur dans le monde.

"On ne se rend pas vraiment compte combien ces microscopiques petits bouts de plastique peuvent à ce point menacer les équilibres mondiaux, explique Serge Quoidbach, rédacteur en chef adjoint de L’Écho. Elles sont fondamentales pour les capteurs, pour les communications entre les objets connectés, avec des avions ou les satellites, et elles sont essentielles pour le secteur militaire. Bref, celui qui a un avantage sur cette technologie, c’est bien simple, il est le roi du monde."

Actuellement, ce sont les Etats-Unis qui occupent cette position... et ils comptent bien la garder. Quitte à interdire des pays dits inamicaux, comme la Chine, à accéder aux puces les plus sophistiquées. 

Un enjeu de taille

La domination américaine sur cette technologie réside dans sa manière de fabrication. "Sur ces puces, il y a de microscopiques transistors, des transistors invisibles à l’œil nu qui ne mesurent que quelques dizaines de nanomètres. Pour vous donner une idée, un nanomètre, c’est environ 50 000 fois plus petit que l’épaisseur d’un cheveu. C’est donc vraiment très petit. Impossible de les fabriquer autrement qu’avec des appareils ultra sophistiqués. Et aujourd’hui, c’est justement la course à la taille qui est l’enjeu fondamental. Pourquoi ? Parce que plus le transistor est petit, plus on peut en placer sur une puce, et donc plus la puce est considérée comme intelligente. Sa puissance de calcul est en effet démultipliée", explique Serge Quoidbach.

La dernière génération de puces électroniques joue un rôle crucial dans la fabrication d’armes de haute précision.

Au début du mois, le 7 octobre, l’administration américaine a voté une loi qui exige des entreprises qui fabriquent des puces inférieures à 16 nanomètres - et même les entreprises qui fabriquent des machines fabricants ces puces - qu’elles demandent une licence avant de pouvoir exporter leur production. Selon Serge Quoidbach, le but est de couper l’économie chinoise de la génération la plus avancée de ces puces électroniques.

"Les Américains invoquent leur sécurité nationale et celle de leurs alliés, non sans raison d’ailleurs. La dernière génération de puces électroniques joue un rôle crucial dans la fabrication d’armes de haute précision, comme les missiles téléguidés, ou le développement à des fins militaires de l’intelligence artificielle et des super ordinateurs", développe-t-il.

Vers un basculement de l’équilibre géopolitique mondial ?

L'entreprise fondamentale à la base de la production des puces électroniques, la Taiwan Semiconductor Manufacturing Company (TSMC), se trouve à... Taïwan. Cette petite île située à moins de 200 kilomètres des côtes chinoise est actuellement au coeur de tensions entre la Chine et les Etats-Unis.

"Sans TSMC, c’est bien simple, c’est toute l’industrie mondiale des puces électroniques qui serait paralysée. D’où l’intérêt stratégique de l’île. Si la Chine envahissait Taïwan, la réponse américaine serait foudroyante, et on comprend maintenant pourquoi la Chine n’ira peut-être pas jusque-là, mais elle pourrait songer à un blocus économique de l’île, ce qui aurait aussi des répercussions mondiales", analyse Serge Quoidbach.

Pour certains, une crise dans les puces électroniques avec la Chine pourrait nous coûter encore bien plus cher que notre dépendance énergétique avec la Russie.

C'est pourquoi Américains et Européens tentent à présent de réduire leur dépendance à Taïwan. Ils ont chacun lancé un "Chips Act", une législation pour développer le secteur des puces électroniques. L’année passée, la Commission européenne a débloqué pour cela 43 milliards d’euros.

"On voit bien combien nous coûte aujourd’hui notre ancienne dépendance énergétique avec la Russie. Pour certains, une crise dans les puces électroniques, cette fois avec la Chine, pourrait nous coûter encore bien plus cher", conclut-il. 

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