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Pueblo, ou le retour du tandem Ascanio Celestini / David Murgia

Pueblo, ou le retour du tandem Ascanio Celestini / David Murgia
24 sept. 2020 à 10:02 - mise à jour 24 sept. 2020 à 10:02Temps de lecture2 min
Par Dominique Mussche

Voyage fabuleux chez les oubliés du capitalisme. CRITIQUE ***

Vous avez aimé Laïka ? Vous ne serez pas déçus par Pueblo, le nouveau spectacle concocté par le duo Celestini/ Murgia qui ajoute ainsi, pour notre plus grand bonheur, un nouveau chapitre à cette puissante fable politique à la mémoire des "invisibles" de notre société. Revoici le musicien aux lunettes noires ;  de l’accordéon au clavier, il tissera la toile de fond sonore du voyage. Revoici David Murgia ; il ouvre le rideau qui entoure sa chambre. Sur une table, un poste de télévision. Mais la vraie vie, ce n’est pas le petit écran qui nous la montre. C’est à travers sa fenêtre qu’on la découvre. Non pas en voyeur, mais en poète, nous dit l’écrivain. L’un regarde pour savoir, l’autre imagine.

Qui sont-ils, que font-ils, tous ces gens que l’on croise dans la rue ? C’est toute une galerie de personnages qui prennent vie, attachants, généreux, flamboyants, tous laissés-pour-compte au passé douloureux, au présent précaire. Dans l’immeuble d’en face, il y a la jeune Léonore, caissière au supermarché. Métaphore du monde capitaliste, celui-ci cache, dans ses zones d’ombres, des marginaux : Dominique, la clocharde qui squatte un local désaffecté et reçoit, en échange de son travail, les denrées périmées, et Saïd, le manutentionnaire sans-papiers. Il y a aussi le gitan-de-huit-ans-qui-fume et vit de débrouille depuis la mort de son père, la tenancière de bar et ses machines à sous…

Pueblo, avec David Murgia
Pueblo, avec David Murgia Céline Chariot

Tout sombre qu’il soit, l’univers d’Ascanio Celestini n’est pas celui de Zola. Pas de misérabilisme ici, mais plutôt une sorte de réalisme magique ancré dans la poésie et l’imagination. Pour oublier sa vie monotone, Léonore se transforme en reine devant  sa caisse. A la sortie du travail, elle est attendue par son père mort qu’elle se réinvente en champion toutes catégories. Saïd sera renvoyé dans son pays, mais après avoir vécu une magnifique relation amoureuse avec Dominique. Les fantômes viennent consoler les vivants et les aident à ne pas sombrer. Mais parfois, ils viennent rappeler brutalement les tragédies d’aujourd’hui, comme ces cent mille morts au fond de la mer rencontrés dans l’entrepôt.

Ascanio Celestini a trouvé, entre conte et récit théâtral, le terreau idéal pour enraciner son univers. L’imagination peut s’y déployer sans limites, la démesure et l’exagération y font merveille, les récits s’emboîtent. L’auteur y mêle les temporalités, pratique en virtuose l’art de la répétition, souvent comique, entrecroise narration et dialogues. Plus que jamais David Murgia apparaît comme l’interprète emblématique de l’écrivain. Aux côtés de Patrick Bebi, il a lui-même traduit le texte en français, l’adaptant à son rythme, à sa respiration, à sa manière de bouger sur scène. Le résultat est époustouflant : sur une cadence haletante, virevoltant d’un personnage à l’autre, du comique au tragique, il vous embarque pour un voyage qui pourrait durer mille et une nuits…

En pratique

"Pueblo" d’Ascanio Celestini

Jeu : David Murgia (comédien) et Philippe Orivel (musicien)

A voir du 23 au 26 septembre au Théâtre de Namur, les 20 et 21 octobre à Mars (Mons), le 23 octobre à Marche-en-Famenne, du 5 au 9 janvier 2021 au Théâtre National, le 14 janvier à Verviers, les 22 et 23 janvier au Festival de Liège, le 27 avril à Wolubilis.

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