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"Quand je roule dans Molenbeek, moi non plus je ne me sens pas en Belgique". Les propos polémiques de Conner Rousseau, président des socialistes flamands

26 avr. 2022 à 08:38 - mise à jour 26 avr. 2022 à 13:06Temps de lecture3 min
Par RTBF Info avec agences

Le président de Vooruit (socialistes flamands) Conner Rousseau était mardi sous le feu de vives critiques, jusque dans son propre camp, pour des propos jugés méprisants et xénophobes sur la diversité à Bruxelles, et particulièrement à Molenbeek.

Quand je roule dans Molenbeek, moi non plus je ne me sens pas en Belgique

"Quand je roule dans Molenbeek, moi non plus je ne me sens pas en Belgique", affirme Conner Rousseau dans une interview à l’hebdomadaire flamand Humo. "Mais la plupart de ces personnes sont nées ici. Le plus important est qu’elles parlent notre langue et qu’elles travaillent. A Bruxelles, à cause de la pénurie d’enseignants, des gens donnent cours en arabe en classe, parce qu’ils ne parlent pas français. Inacceptable. Et que fait le gouvernement flamand ? Il augmente le coût des cours de langue pour réduire les listes d’attente", à l’en croire.

Interrogé mardi matin (De Ochtend, Radio 1), l’intéressé a affirmé qu’il plaidait en réalité pour une bonne mixité sociale. Il considère que dans certaines régions, on ne parle quasiment qu’arabe et que les enfants ne sont donc pas encouragés à apprendre le néerlandais ou le français, ce qui hypothèque leurs chances à l’école et pour le marché de l’emploi.

Indigne et totalement faux

Le ministre flamand en charge de Bruxelles, Benjamin Dalle (CD&V), a réagi avec virulence. "Ce que Conner Rousseau déclare aujourd’hui dans Humo n’est pas seulement indigne, c’est aussi totalement faux. Les cours de langue et le parcours de citoyenneté sont gratuits à Bruxelles", a-t-il répondu sur Twitter. "Quant à prétendre que des cours seraient donnés en arabe ? Qu’il me montre seulement une telle école de la Communauté néerlandophone !"

Des critiques jusque dans son propre parti

Jef Van Damme, échevin Vooruit à Molenbeek, a lui aussi dénoncé les propos de son président de parti. "Remarque très déplacée de Conner Rousseau. Molenbeek, c’est tout autant la Belgique que Saint-Nicolas", la ville natale de M. Rousseau en Flandre orientale, a-t-il lancé. "Qu’il s’arrête (à Molenbeek) la prochaine fois qu’il y passe, je serais heureux de lui faire visiter les lieux en 2022".

Fouad Ahidar, député bruxellois Vooruit et président du Parlement flamand de Bruxelles abonde dans le même sens et va même plus loin. "C’est inacceptable et très grave. C’est juste stigmatisant pour la commune de Molenbeek et c’est malsain car ça conforte dans leurs idées certaines personnes en Flandre qui ne connaissent pas du tout la commune". Cette sortie risque en tout cas de laisser des traces s’il n’y a pas au minimum une courbe rentrante de Conner Rousseau. "C’est clair que s’il continue sur sa lancée, s’il n’a pas compris que Bruxelles est une ville cosmopolite alors il y a un vrai problème politique. On ne peut pas continuer à travailler avec un président qui discrédite Bruxelles ou qui a des commentaires diffamatoires sur nos concitoyens bruxellois. Soit il est président pour toute la Flandre et Bruxelles soit il ne l’est que pour la Flandre et on doit le savoir. Le minimum que l’on attend, ce sont des excuses et une certaine remise en question de notre président". Le groupe Vooruit à Bruxelles doit se réunir jeudi pour évoquer l’incident.

Chez les socialistes francophones aussi, l’indignation était vive. "Ces propos sont intolérables, stigmatisants et xénophobes. Bruxelles est une région cosmopolite avec des quartiers connaissant une grande diversité de population. Ils méritent mieux qu’un mépris digne d’une discussion de bistrot. Lamentable et insupportable", a réagi le président du PS bruxellois, Ahmed Laaouej.

Le député N-VA Theo Francken, quant à lui, buvait du petit-lait. "Les socialistes votent depuis des années contre un durcissement de la politique migratoire. Ils n’ont conquis la Bruxelles libérale que grâce à l’immigration de masse qu’ils ont tant défendue et défendent encore. La famille PS Moureaux dirige Molenbeek depuis des décennies, laissez-moi rire", a-t-il tweeté.

Mais pour la coprésidente d’Ecolo Rajae Maouane, les propos de Conner Rousseau sont "intolérables". "Ils traduisent une grande méconnaissance de Bruxelles. Les Bruxellois.es méritent le respect."

La bourgmestre de Molenbeek, Catherine Moureaux (PS), n’a pas manqué de réagir avec "dégoût et colère". "Jamais venu à Molenbeek, (Conner Rousseau) se met de manière caricaturale dans la roue de la droite extrême, méprisant par là 100.000 Molenbeekois", a-t-elle tweeté, en dénonçant du "bashing". Elle a annoncé envoyer derechef une invitation à l’intéressé pour "venir à la rencontre de la réalité dès la semaine prochaine".

Conner Rousseau en visite à Molenbeek

Après ce tollé, le président devrait venir visiter Molenbeek la semaine prochaine. L'invitation lui a été lancé par la commune et par des mandataires bruxellois de son parti. 

 

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