Les Grenades

Quand les sportives de haut niveau dénoncent

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14 oct. 2022 à 06:22Temps de lecture4 min
Par Anne-Françoise Leleux*, une chronique pour Les Grenades

Cet article est le résumé d’un mémoire, ce travail de recherche universitaire est publié en partenariat avec le master Genre.

Propos sexistes, tenues jugées "trop" ou "pas assez" couvrantes, inégalités salariales, abus sexuels,… Ces derniers temps, plusieurs affaires mettent le sport et ses valeurs d’équité et de respect à rude épreuve. Alors que le doute subsiste sur sa sécurité, Peng Shuai, joueuse de tennis chinoise, a disparu pendant trois semaines après avoir accusé de viol l’ex-vice-Premier ministre Zhang Gaoli, de 40 ans son aîné.

Un mois plus tôt, ce sont deux footballeuses américaines, Mana Shim et Sinead Farrelly, qui dénoncent leur ancien entraîneur Paul Riley pour harcèlement sexuel.

La star du football, Megan Rapinoe, Soulier d’Or 2019 et deux fois championne du monde avec les Etats-Unis, s’est montrée plus véhémente encore à l’égard de la fédération américaine de football qui a couvert les agissements de l’entraîneur abuseur. "A tous ceux qui sont dans l’exercice du pouvoir et qui ont laissé faire, qui ont entendu et rejeté, qui ont autorisé ce monstre à changer d’équipe sans aucune répercussion, allez-vous faire foutre, vous êtes tous des monstres et vous pouvez TOUS donner votre démission", a-t-elle déclaré.

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Culte de la performance

Les polémiques sexistes dans le milieu du sport ne cessent donc de se succéder. Entre le culte de la performance, la violence des entraînements et les règlements des fédérations, il semble subsister dans le sport une culture machiste.

La pratique du sport a toujours fait l’objet d’interdictions auprès des femmes. Quand on parle d’une équipe de foot, on pense à une équipe masculine. Comme si courir, transpirer, donner des coups, battre des records ne correspondaient pas aux normes traditionnelles d’une "féminité" belle, sans esprit de compétition et dévolue à la procréation. Pourtant, dans l’histoire du sport, dès 1919, Alice Milliat se bat pour que les femmes obtiennent plus de visibilité et participent aux Jeux Olympiques. Malgré les oppositions de Pierre de Coubertin, ancien directeur du CIO (Comité international Olympique) qui déclarait en 1935 que "le véritable héros olympique est l’adulte mâle… Le rôle des femmes devrait être avant tout de couronner les vainqueurs".

Des stéréotypes qui excluent

Dans la lignée de cette tradition sexiste, les médias ont longtemps relayé ces stéréotypes qui excluent à l’égard des sportives : critiques sur leurs physiques et/ou leurs tenues, photos érotisées, récits ciblant leurs vies privées. Les sportives qualifiées de "trop musclées", de "pas assez féminines", sont alors accusées de troubler l’ordre du genre.

J’ai été dévaluée parce que je suis femme

Comme si parler de leurs performances (sans évoquer leur sexe) était chose impossible, comme si de tels résultats étaient impensables pour une femme. En 2016, une étude de l’Université de Cambridge sur le traitement médiatique des sportif·ves relevait que les hommes sont mentionnés trois fois plus que les femmes. Les rendant illégitimes à la place de gagnantes, invisibilisées, elles ne sont que peu ou mal représentées. Difficile dès lors pour des jeunes filles de se rêver championne quand on n’en voit jamais à l’écran !

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Qu’en est-il aujourd’hui ?

Depuis quelques années, les audiences des femmes sportives (principalement dans les disciplines du tennis et du football) ont fortement augmenté et on assiste à un nombre croissant de femmes pratiquant du sport. Gérant elles-mêmes leur communication via les réseaux sociaux, les sportives de haut niveau ont gagné une meilleure visibilité auprès de leur public.

En regard des polémiques sexistes qu’elles ont soulevées, il s’est effectué un glissement dans les discours : de "sexistes", les médias sont devenus "dénonciateurs du sexisme". Serena Williams, considérée comme la plus grande tennisseuse de tous les temps, fut longtemps qualifiée de "femme virile". Puissante et fière de son "badass body", elle fut pourtant vivement critiquée à Roland-Garros en 2018 pour sa combinaison jugée trop moulante et trop noire. Maintes fois soumise à des tests biologiques de féminité car soupçonnée de tricher sur son sexe via des produits dopants, elle est parvenue à s’imposer, ne cessant de dénoncer les discriminations sexistes et racistes qu’elle vivait.

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De son côté, la joueuse de football Megan Rapinoe et ses coéquipières ont attaqué en justice leur fédération pour inégalités salariales, leurs homologues masculins étant mieux rémunérés malgré des résultats sportifs inférieurs. "J’ai été dévaluée parce que je suis femme… Si cela nous arrive à nous, si cela m’arrive à moi, alors que nous sommes sous les projecteurs tout le temps, cela arrive bien entendu à toutes les femmes", a-t-elle affirmé.

Leur combat pour la professionnalisation des footballeuses fait aujourd’hui débat dans le monde entier. En regard des salaires exorbitants des footballeurs, la majorité des footballeuses (y compris les Belges) sont encore obligées d’exercer un autre métier pour continuer à jouer. Ce qui réduit leur temps d’entraînement et par conséquent leurs performances.

Dans la lignée du mouvement #MeToo qui a permis un contexte plus réceptif aux problématiques féministes, ces championnes sont ainsi devenues des porte-voix de causes politiques. Grâce à leurs performances et à leur visibilité dans les médias, elles sont aujourd’hui influentes au plus haut niveau de l’état.

En dénonçant les inégalités sexistes et racistes, elles sont devenues des modèles de changements, capables d’améliorer les conditions de vie pour toutes les femmes dans la société.

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*Anne-Françoise Leleux est réalisatrice et scénariste.

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