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Tendances Première

Que faire de nos vieux textiles ?

02 mars 2022 à 11:30Temps de lecture4 min
Par RTBF La Première

L’industrie textile est l’une des plus polluantes au monde. Elle est responsable de 10% des émissions mondiales de CO2. La fast fashion, avec pas moins de 50 cycles de création chaque année, aggrave encore le problème. Cependant, les consciences s’éveillent et les comportements commencent à changer. Le secteur mondial de la seconde main a été multiplié par 3 depuis 2012. Comment avoir une consommation de vêtements plus raisonnée, plus durable ? Comment recycler et valoriser nos vieux textiles ?

En Belgique, une quinzaine de kilos de textile sont jetés par an et par personne, explique Renaud De Bruyn, expert Déchets pour l’asbl Ecoconso. C’est la réutilisation qui prime, car le recyclage en matière textile reste très difficile.

Certaines entreprises commencent à développer des lignes de vêtements à base de fibres recyclées, mais c’est complexe, car les vêtements sont constitués d’un mélange de plusieurs fibres, certaines contiennent des molécules chimiques problématiques, certaines fibres sont plus courtes, etc… Il est difficile d’en extraire une matière à recycler pour en faire d’autres vêtements, et surtout de refaire la même qualité de matière.

Une fibre 100% circulaire, à base de maïs…

C’est pour cela que la firme NOOSA s’est penchée sur une fibre textile différente, fabriquée à partir de maïs, biosourcée, qui permet un recyclage de 100% en fin de vie. On passe ainsi dans de l’économie circulaire à plus long terme, de manière infinie. Aujourd’hui, cette fibre sert déjà à faire du packaging alimentaire, compostable et biodégradable.

Le projet est très bien accueilli, d’autant plus que les mentalités évoluent vers des solutions plus écoresponsables, souligne Luna Aslan, responsable de projet. Par ailleurs, les régulations européennes et gouvernementales vont imposer, d’ici 2025-2030, un shift vers ce genre de matières.

La plus grande demande émane de l’industrie de l’habillement, mais on voit aussi un grand intérêt à utiliser cette fibre 100% circulaire pour tout ce qui est textile d’intérieur : tapis, rideaux, literie… ou encore pour les vêtements de travail.

"Cela peut vraiment être adapté à n’importe quel textile, étant donné qu’on peut le recycler quel que soit le blend, le mélange. Si on vient le mélanger avec d’autres matériaux, coton, pigments, colle,… notre processus est capable de séparer notre fibre de n’importe quel type de contaminant, et ce, sans perte de propriétés."

NOOSA vise à éduquer le citoyen à consommer moins mais à consommer mieux. Les mentalités changent, surtout dans la jeune génération. Mais il faut un changement systémique.

La firme accompagne aussi les marques vers du monomatériau, de l’écoconception : "On arrivera à un meilleur rendement, à une meilleure qualité de produit recyclé si le produit de base est de meilleure qualité."

… ou un isolant à base de jeans

La firme Soprema propose un matériau d’isolation réalisé à partir de vieux jeans non réutilisables. Cet isolant est très efficace acoustiquement, il permet de lutter contre le froid mais aussi contre le chaud, il hydrorégule l’habitat. Il remplace avantageusement des matériaux non naturels, comme le polyuréthane.

"La fibre de bois remporte déjà un énorme succès. Mais la crise du secteur du bois a permis au paratextile, cet isolant en fibre textile, de connaître à son tour un essor assez fulgurant", explique Bruno Gathy.

Tout cela est aussi motivé par les primes : les primes à l’isolation peuvent être augmentées de surprimes de l’ordre de 25%, lorsqu’on utilise des matériaux biosourcés. Et cette fibre d’origine végétale, produite en circuit court, bénéficie naturellement de ce certificat biosourcé.

Un produit à découvrir lors du Salon Bois et Habitat, fin mars, à Namur Expo.

Vers un changement de réglementation ?

Au niveau du politique, wallon, européen, une réflexion est en cours sur la façon de mettre en place une responsabilité élargie des producteurs du secteur textile. Cette responsabilité existe déjà sur les électroménagers, les piles, les emballages, etc… Cela devrait donc évoluer bientôt.

L’impact positif du citoyen pourrait être augmenté par des mesures appliquées aux entreprises, encadrées par les autorités publiques.

Cela permettrait de donner plus d’informations au consommateur sur la façon de se débarrasser valablement de ses textiles, éventuellement via un système similaire aux sacs bleus.

La solution de l’upcycling

En attendant, ce qui se développe de plus en plus, c’est la filière de l’upcycling : des ateliers, des couturiers et couturières récupèrent des tissus pour en faire autre chose : des trousses de toilette, des coussins de lecture, des sacs de boxe, etc… On peut demander la liste des contacts à l’asbl Ecoconso.

C’est vraiment important de réutiliser la matière en la transformant le moins possible. C’est là qu’on aura le moins d’impact.

Chez soi, pourquoi ne pas apprendre à coudre pour repriser les vêtements ? On peut aussi faire très facilement des éponges à base de morceaux de tissus, chaussettes uniques, manches tubulaires, etc…

Il existe aussi des services d’échanges locaux où l’on peut partager des services, comme du raccommodage. Les belles initiatives textile se développent de plus en plus !

Un petit tour du côté du Centre de tri textile

Au Centre de tri textile des Petits Riens, 6500 tonnes de textile transitent chaque année, en provenance principalement des 800 bulles textile réparties dans toute la Belgique, explique Claudia Van Innis, chargée de communication. 24 tonnes sont triées chaque jour, selon leur état, leur qualité.

  • La 'crème' du textile représente de 15 à 20% suivant les années. Elle sera vendue dans les magasins des Petits Riens.
  • 30% sont constitués de vêtements en bon état, mais un peu démodés, et donc pas vendables sur le marché belge. Ils seront exportés, pour alimenter des marchés de seconde main à l’étranger.
  • 30% seront recyclés : des cotons déchirés dont on fera soit des panneaux isolants ou des briques isolantes, soit d’autres vêtements.
  • 18 à 20% termineront à la poubelle, car en trop mauvais état.

Si vous avez des vêtements ou textiles à donner, assurez-vous que la bulle a bien le label Solidaire. Il regroupe tous les acteurs de l’économie sociale de récupération de textile : Les Petits Riens, Oxfam, Terre…., bien distincts des opérateurs privés. Il faut privilégier les dons en bon état, les emballer dans un sac bien fermé, type sac poubelle, de maximum 60 litres, pour les protéger des intempéries ou d’éventuelles pollutions.

L’émission complète, c’est par ici…

Tendances Première : Le Dossier

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