Belgique

Que font les Agents de Liaison Académique et Culturelle envoyés dans le monde entier par la FWB ?

Nicolas Hanot lors d’un atelier autour de "La Belgique des cinq sens" dans une école croate.

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10 févr. 2022 à 10:50Temps de lecture4 min
Par Ambroise Carton

Tout a commencé par une carte blanche publiée dans Le Soir fin janvier. Dans ce texte, des acteurs du monde de la culture s’inquiètent de la suppression prochaine des Agents de Liaison Académique et Culturelle (ALAC). Envoyés à travers le monde par la Fédération Wallonie-Bruxelles, ils et elles sont chargés de faire rayonner le patrimoine littéraire et culturel francophone belge. De la Chine au Brésil, en passant par le Japon et la Croatie (la liste complète est disponible sur le site internet de Wallonie-Bruxelles International).

Pourtant, s’insurgent les signataires de la carte blanche, "de manière tout à fait inattendue, Pierre-Yves Jeholet [Ministre-Président de la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB), NDLR], dans la foulée de sa visite à l’Exposition universelle de Dubaï, a annoncé qu’il souhaitait restructurer les institutions en charge de la promotion internationale de la FWB. Parmi les éléments de cette restructuration, il prévoit la pure et simple suppression du réseau Alac".

"Embrouillamini institutionnel"

Les missions de ces agents seraient alors transférées "aux Agents de liaison scientifiques de la fédération (pour ce qui est des questions liées à l’enseignement), soit aux représentants locaux de Wallonie-Bruxelles international (pour ce qui est de la culture)". Impensable pour les auteurs de cette tribune. "La question de la langue française, qui constitue le premier pilier du travail du réseau Alac, elle, est passée par pertes et profits – quant aux agents dudit réseau, ils sont sommés de trouver de toute urgence un nouvel emploi."

Réponse de Pierre-Yves Jeholet, dans une autre carte blanche : pas question de suppression, mais bien de simplifier ce qu’il qualifie d'"embrouillamini institutionnel". Selon lui, "nos réseaux internationaux ont pris l’allure d’une panoplie de représentants […]. Qui peut croire, indépendamment de la qualité et de la motivation de chacun de nos délégués et agents, qu’un tel embrouillamini institutionnel puisse garantir un soutien efficace pour celles et ceux qui sont les premiers concernés, à savoir les opérateurs de Wallonie-Bruxelles et, s’agissant de la culture, les créateurs, les écrivains, les artistes qui, chacune et chacun, sont porteurs d’un monde à partager ?"

Cours de langue et de littérature, organisation d’événements…

Mais que font vraiment ces ALAC au quotidien ? Avant la parution de la première carte blanche dans Le Soir, nous avions interrogé l’un de ces agents. Nicolas Hanot est installé à Zagreb, en Croatie, où il partage son temps entre des cours à l’université et des ateliers dans les classes de français à travers le pays. "Pour me présenter c’est plus facile de dire que je suis attaché culturel. Dans les milieux diplomatiques, on comprend tout de suite", sourit-il.

Entre deux cours à l’université, il travaille à "la promotion de la culture belge francophone. On organise des expositions de photographes, des rétrospectives cinéma, on propose des livres belges à des éditeurs locaux pour les faire traduire". Les Croates ont ainsi pu découvrir le travail du cinéaste belge Boris Lehman. Dans le même temps, l’agente basée au Japon organisait un jumelage entre le centre belge de la bande dessinée et le musée du manga à Kyoto.

Le but est de frapper l’imaginaire des jeunes, de faire entrer la Belgique dans leur imagination

Mais les ALAC ne restent pas dans la ville où ils sont basés, souvent une grande ville ou une capitale. "Les professeurs de français croates étaient demandeurs d’activités en dehors de Zagreb parce que toutes les institutions sont concentrées dans la capitale. Les écoles en dehors se sentaient un peu flouées". D’où la création d’un atelier itinérant pour faire découvrir aux jeunes la Belgique à travers les cinq sens. "Ça leur donne un panorama de la Belgique sous différents aspects. Le but est de frapper l’imaginaire des jeunes, de faire entrer la Belgique dans leur imagination", explique Nicolas Hanot qui a été amené à sillonner la Croatie de la Dalmatie à l’Istrie en passant par la Slavonie.

Résultat : 500 élèves de 9 à 19 ans rencontrés et un concours photo lancé en coopération avec l’ambassade de Belgique. "Ce qui est chouette, c’est que les profs ont travaillé sur le thème de la Belgique avec les enfants. J’arrive dans des classes où il y a déjà des posters en rapport avec notre pays, des dessins de Schtroumpfs, de l’Atomium, j’ai vu des exposés sur les Belges célèbres", énumère l’agent de liaison.

Ce diplômé en langues et littératures français de l’UCLouvain poursuit : "Notre objectif c’est de dire que le français, ce n’est pas uniquement la France, qu’il y a d’autres pays. Les profs ont aussi besoin de montrer aux élèves et aux parents que le français est une langue internationale". Et ce même si "la Croatie n’est pas le pays avec lequel la Belgique a le plus de liens" historiques ou culturels.

Les ALAC, c’est donc un mélange de diplomatie culturelle, de diffusion de la langue française et une volonté de faire la promotion de la Fédération Wallonie-Bruxelles en dehors de nos frontières. Ce projet va-t-il disparaître pour de bon ? Interrogé au parlement de la FWB ce lundi 7 février, le Ministre-Président s’est voulu moins catégorique : "Je n’ai jamais évoqué la suppression de postes, que les choses soient claires. C’est juste le statut qui va changer".

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