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"Que je sache, Virginie Despentes n'a pas appelé à saccager les Champs-Elysées"

04 mars 2020 à 19:13 - mise à jour 04 mars 2020 à 19:13Temps de lecture3 min
Par Catherine Tonero

Le féminisme doit-il être radical pour être efficace? C'est la question en débat sur le plateau de CQFD ce mercredi, suite aux mots tranchants choisis par la romancière française Virginie Despentes après l'octroi d'un César à Roman Polanski, lors d'une cérémonie mouvementée vendredi dernier. Pour tenter de répondre à cette vaste question, deux invitées: Florence Blaimont, CEO du réseau d'entrepreneuses Wowo Community (Wonderful Women), et Safia Kessas, journaliste, réalisatrice et créatrice des Grenades (RTBF).

On ne peut pas demander que les choses changent en souriant

"Quand on a subi des violences sexistes, quelles qu'elles soient, il y a de l'émotion", explique Florence Blaimont, "on ne peut pas demander que les choses changent en souriant. Quand on est indigné, quand on a été bafoué, qu'il y a de l'émotion, il faut que la honte change de camp". 

Faut-il pour autant une forme de radicalisme pour faire bouger les lignes? "Je n'ai pas l'impression que Virignie Despentes ait appelé à saccager l'avenue des Champs Elysées", répond Safia Kessas, "elle invite à arrêter d'être sage et gentil. C'est un discours de révolte qui dit qu'il n'y a pas d'autre alternative que de se lever et de se casser. Est-ce là un discours radical? C'est aussi le langage de la romancière, qu'on connaît".

"Il faut comparer la question de la violence à une violence systémique à l'égard des femmes, on parle d'un système de domination", poursuit la créatrice des Grenades (RTBF), rappelant ces quelques chiffres: "en 2014, il y a eu 60 000 cas de violence conjugale, chaque année, il y a 3000 plaintes pour viol, dont seulement 4% aboutissent!".

"Les critiques de Despentes? Du mansplaining"

La tribune de Virginie Despentes a suscité de vives réactions et déchire le net depuis sa publication. A côté de nombreux relais qui la soutiennent, de nombreuses voix s'élèvent aussi pour dénoncer le texte. L'humoriste Stéphane Guillon pointe, notamment, une autrice qui "vilipende les puissants, alors qu'elle-même gagne plusieurs millions de droits d'auteur par an". L'essayiste Éric Naulleau tacle la romancière en rappelant quelques passages polémiques d'un texte qu'elle avait écrit après la tuerie de Charlie Hebdo.

Critique plus étayée, celle de la juriste Morgane Tirel. Dans une tribune au journal Le Point, intitulée "Aimer le cinéma de Polanski ne fait pas de nous des complices", elle dénonce un féminisme privilégiant une logique punitive et simpliste. "Si le débat persiste dans des formes aussi violentes, dit-elle, le mouvement #MeToo pourrait se solder par la défaite de toutes et de tous".

Safia Kessas constate que la plupart des critiques viennent d'"hommes blancs issus de la classe moyenne supérieure, qui expliquent aux femmes quelles sont les règles du jeu, et qu'elles doivent s'y soumettre. Ils rappellent l'ordre établi dominant-dominé, qui a été mis à mal parce qu'une femme a osé se lever. C'est du mansplaining. C'est affligeant. Je pense qu'il y a des façons, pour les hommes, d'entendre la détresse et les combats des femmes et d'être à leur côté pour en devenir des alliés, et pas leurs instituteurs".

Que font les hommes qui se disent féministes pour soutenir l'égalité?

Quelles pistes de solution?

"Le féminisme est devenu un gros mot", constate Florence Blaimont, "or à la base c'est de l'humanisme, c'est être pour l'égalité des hommes et des femmes. Si on n'était pas féministe, on ne pourrait toujours pas ouvrir de compte en banque sans l'accord de son mari!". Et de préconiser des mesures telles que l'instauration d'un congé de parentalité égal ou encore l'obligation pour les écoles d'ouvrir le mercredi après-midi.

"Il faut utiliser un arsenal législatif pour rééquilibrer les choses", poursuit Safia Kessas, "la diversité n'est pas un principe naturel. Mettre des quotas est une des façons d'y arriver. Et puis, il faut travailler sur l'éducation, les mentalités, les formations, etc."

CQFD, Ce Qui Fait Débat, un face-à-face sur une question d’actualité chaque jour à 18h20 sur La Première et à 20h35 sur La Trois. L’entièreté du débat ci-dessous.

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