Belgique

Que représente la menace extrémiste de droite en Belgique ?

Gros plan de l’exposition artistique "Dance with the devil", Straubing, Allemagne, 15/10/2009

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28 sept. 2022 à 15:45 - mise à jour 29 sept. 2022 à 05:54Temps de lecture4 min
Par Jean-François Noulet

Des coups de feu ont été échangés lors d’une perquisition menée par la police ce matin à Merksem, en province d’Anvers. Un suspect est décédé. L’opération de police visait un groupuscule de personnes soupçonnées de proximité avec l’extrême droite violente.

Que représente l’extrême droite violente en Belgique ? 62 personnes sont actuellement recensées dans la banque de données de l’OCAM, l’Organe de coordination pour l’analyse de la menace.

Une activité en ligne accrue des extrémistes de droite, notamment en Belgique

La montée de l’extrémisme de droite en Belgique est un phénomène qui inquiète l’OCAM, l’Organe de coordination pour l’analyse de la menace qui a plusieurs fois communiqué sur ce sujet ces dernières années.

Dans son rapport 2020, l’OCAM constatait qu’en Europe et au-delà, plusieurs attentats commis par des individus ressortant de l’extrémisme de droite avaient été recensés. L’Ocam s’inquiétait d’une "activité en ligne plus accrue des extrémistes de droite, notamment dans notre pays". La propagation en ligne de récits extrémistes de droite était qualifiée de "danger".

Dans ce rapport 2020, l’OCAM rappelait qu’il y avait eu des attentats parfois meurtriers dans les pays voisins, tels la France, l’Allemagne et l’Italie. En y ajoutant le Canada, la Nouvelle-Zélande et les Etats-Unis, il y avait de quoi, pour l’OCAM inciter à la vigilance.

L’OCAM tentait de dresser le portrait type des auteurs d’actes violent extrémistes de droite. "Ils opèrent généralement seuls, se situent en marge d’organisations ou de partis, se radicalisent le plus souvent en ligne et passent à l’acte sans instruction de quiconque".

Dans ce rapport 2020, l’OCAM ne disposait pas d’informations concernant des projets (concrets ou abstraits) de préparation d’attentat par des extrémistes de droite. Toutefois, l’OCAM relevait une augmentation des interventions ou des suivis judiciaires dans le cadre des menaces potentielles émanant des extrémistes de droite en Belgique. Le nombre d’individus suivis en tant qu’EPV, Extrémistes Potentiellement Violents était en hausse. Même chose pour le nombre d’individus suivis sous le statut de "Propagandiste de haine", responsable de propager des idées extrémistes de droite.

A l’OCAM, un signalement sur dix relève de l’extrémisme de droite

En 2021, l’OCAM a reçu 218 signalements de menace pour lesquels il existe des éléments concrets en lien d’une part avec les phénomènes du terrorisme et de l’extrémisme et d’autre part la Belgique. Un tiers de ces signalements ressort de l’extrémisme ou du terrorisme islamiste / djihadiste et constitue donc la majorité des signalements. Un peu plus d’un dixième des signalements relève de l’extrémisme de droite.

La grande majorité des signalements de menace concerne des individus qui ont un profil de lone actors (ils agissent seuls) et cela indépendamment de la tendance idéologique dans laquelle ils s’inscrivent. La plupart de ceux-ci n’ont aucun lien structurel avec des groupes terroristes ou extrémistes.

L’OCAM confirmait dans son rapport 2021 que l’extrémisme de droite monte en puissance. "La hausse d’activité et la plus grande volonté d’agir des extrémistes de droite, tant en ligne que hors ligne, accroît également dans notre pays le danger potentiel émanant des discours extrémistes de droite", notait l’OCAM.

En 2021 tout comme en 2020, l’OCAM appelait à la vigilance. "En Belgique également, nous constatons une augmentation des interventions et des suivis judiciaires dans le cadre de menaces potentielles émanant d’extrémistes de droite", écrivait l’OCAM.

Le cas Jürgen Conings

Lors du printemps 2021, l’affaire Jürgen Conings a tenu en haleine les services belges en mai et juin. Ce militaire extrémiste avait disparu, emportant de l’armement. Il avait manifesté son intention de s’en prendre, notamment, au virologue Marc Van Ranst. Il avait finalement été retrouvé mort dans un bois.

L’affaire Jürgen Conings est un exemple frappant de cette montée des idées extrémistes de droite en Belgique. Le cas Jurgen Conings collait avec les caractéristiques générales des extrémistes de droite : opérer seul, en marge d’organisation ou de partis et passer à l’acte sans instruction de quiconque.

"D’autres facteurs, tels que des griefs personnels ou des problèmes psychiques auxquels les auteurs sont en proie, jouent souvent également un rôle", relève l’OCAM dans son rapport 2021 qui rappelle le rôle des réseaux sociaux dans la circulation des idées d’extrême droite et l’existence de "théories du complot autour du grand remplacement ou de la guerre des races imminente". Dans ce cas-là, ce serait surtout les jeunes, selon l’OCAM, qui "semblent être plus souvent en contact avec de tels contenus, et devenir ainsi plus sensibles à ce discours extrémiste".

Selon l’OCAM, l’extrémisme de droite se différencie du terrorisme et de l’extrémisme islamiste de par sa plus grande visibilité en ligne qui permet aux jeunes d’entrer plus facilement en contact avec la propagande extrémiste de droite.

Une menace prise au sérieux

La manière dont les idées extrémistes de droite se propagent en ligne contribue aussi à ce que d’avantage de personnes extrémistes de droite soient suivies d’années en années par les services de renseignement et de sécurité. "C’est-à-dire qu’en 2011, la Sûreté de l’État considérait que la menace d’extrême droite — on se situe dans la foulée des attentats commis en Norvège par Anders Breivik — était finalement une menace minime en Belgique. À partir de 2019, la Sûreté de l’État considère qu’il y a une accélération, d’une certaine manière, de la menace d’extrême droite en Belgique est qu’elle est bien présente", notait Benjamin Biar, politologue et chargé de recherche au Centre de recherche et d’information sociopolitique (CRISP), dans une interview accordée à la RTBF en juillet dernier.

Cette menace extrémiste de droite se manifeste aussi par des éléments concrets, comme le rappelait Benjamin Biard. Il y a eu en Belgique, ces dernières années des incidents majeurs liés à l’idéologie d’extrême droite, sans qu’ils puissent être qualifiés d’attentats terroristes à proprement parler. "Mais rien que sur les années 2018 et 2019, on peut en dénombrer au moins quatre, notamment une suspicion de préparation d’attentat dans une mosquée à Droixhe en 2018. Et en 2019, on se souvient toutes et tous de cet incendie d’un bâtiment à Bilzen, censé accueillir les demandeurs d’asile", expliquait Benjamin Biard. Autant de preuves, s’il en est, que quelque chose qui est en train de se produire dans la société, de quoi justifier un suivi de plus en plus intense de la part des services de renseignement et de sécurité.

 

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