Chronique littérature

"Que reviennent ceux qui sont loin" de Pierre Adrian, un été qui se clôt

© Photo : (c) Eric Fougere/Corbis via Getty Images – Couverture : Gallimard

Parmi les 490 romans qui paraissent à cette rentrée littéraire, Sophie Creuz nous présente "Que reviennent ceux qui sont loin" de Pierre Adrian, qui paraît chez Gallimard. Et plutôt que de vous présenter un livre qui sent le cartable neuf, en ce premier jour de septembre, c’est un livre qui a encore du sable entre ses pages imprégnées de l’air salin du Finistère. Avec cette atmosphère si particulière de la fin des vacances, quand on sait qu’on laissera un peu, ou beaucoup de soi, dans la maison au bord de la plage.

Un roman imprégné d’un climat mélancolique

Ce climat de mélancolie, cette saveur si particulière du rituel qui consiste à ouvrir puis à refermer les volets de la maison familiale, est celle qu’on retrouve dans ce livre délicat et magnifique de Pierre Adrian. On devine, qu’il a connu pareille maison qui, une fois l’an, reçoit la visite d’une ribambelle de cousins qui s’éparpillent dans des chambres humides, ressortent les jeux sur la table basse du salon et les vieilles bandes dessinées écornées avec les années.

Âgé d’à peine trente ans, Pierre Adrian a déjà plusieurs livres derrière lui et a reçu déjà deux prix littéraires, le prix des Deux Magots et le prix Roger Nimier. Il faut dire que dès les premières lignes nous sentons que nous avons-là un écrivain, un vrai, et un style d’une limpidité, d’une simplicité éloquente, dans une langue qui renoue, sans pédanterie, avec le passé simple, ce temps révolu, si évocateur et si sensible.

D’emblée, dès la première ligne, nous sommes sur les pas du narrateur, un trentenaire célibataire qui revient dans ce lieu qu’il a déserté pendant plusieurs étés. Il y revient peut-être parce qu’il sent qu’il vieillit et que cette demeure n’est pas éternelle, qu’elle sera sans doute vendue à la mort de la grand-mère très âgée. Il y vient au mois d’août mais avant le 15, avant l’arrivée en masse des Parisiens qui changent l’atmosphère de doux ennui de ces vacances où on ne fait pas grand-chose, sinon revoir des visages qui comme le sien ont changé avec les années. Celui des tantes, neveux, oncles, et des connaissances qu’on retrouve chaque année au café du port.

"Un roman en pente douce"

C’est davantage une évocation qu’une histoire à proprement parler, et c’est l’un des charmes de ce roman qui installe un climat, qui saisit cette distance si particulière qu’on établit avec des membres de sa parentèle sans qu’ils ne soient réellement proches, et avec lesquels le jeune homme renoue, tout en se sentant un peu l’étranger de passage, lui le célibataire, au milieu de ces jeunes parents.

Etranger, sauf avec un enfant de six ans dans lequel il retrouve celui qu’il était au même âge, un peu triste, ou du moins réservé, moins turbulent que les autres et comme déjà averti que tout cela finirait. Mais qui des deux l’apprend de l’autre ? Une ombre guette, oui, et viendra ourler "ce roman en pente douce" comme l’écrit Gallimard.

"Le malheur nous guettait, et nous n’en savions rien", écrit Pierre Adrian, il surgit, impromptu, indécent, dans cette langueur un peu monotone, dans cette parenthèse enchantée des vacances. Un être cher disparaît. Et pourtant rien ne sera rompu, les morts prendront place dans le souvenir, comme ils l’étaient à la grande table de la salle à manger. Et c’est à cela que s’exerce l’auteur, avec un infini doigté : à ne pas oublier l’écho persistant de ce froissement de l’âme.

"Que reviennent ceux qui sont loin", de Pierre Adrian paraît aux éditions Gallimard.

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