Telle est la question !

Quel compositeur vivait avec ses valises toujours prêtes pour un départ improvisé ?

© © BrAt_PiKaChU / Getty Images

25 août 2022 à 14:28Temps de lecture2 min
Par Clément Holvoet

Les voyages font partie intégrante de la vie des musiciens, et c’était déjà le cas au XIXe siècle. Dans sa chronique, Clément Holvoet nous propose de nous glisser dans les valises d’un compositeur qui, justement, ne les défaisait jamais afin d’être toujours prêt pour un départ improvisé.

Notre compositeur habitait Vienne au 4, Karlgasse au début des années 1870. Et pour sa carrière de pianiste, il était amené à voyager très souvent, ce qui fait que ses valises étaient toujours prêtes. Ce compositeur et pianiste est l’un des plus importants de l’Histoire de la musique, grand représentant de la musique romantique : Johannes Brahms ! L’infatigable travailleur était toujours prêt à voyager, allant alors d’auberge en auberge, le plus anonymement possible.

C’est justement à Vienne qu’il accepte le poste de directeur artistique de la Société des Amis de la musique, cercle qui avait une grande influence sur la vie musicale viennoise. Il faut dire qu’il se sentait à Vienne comme chez lui, et son succès de pianiste et de compositeur était immense. Il gagnait à l’époque très bien sa vie, tout comme son éditeur Simrock qui, dès lors, demande régulièrement à Brahms de composer plus, voyant ainsi son avantage financier. Brahms n’était pourtant pas du genre à composer pour composer, et encore moins à éditer une pièce rapidement. C’était même tout l’inverse : Johannes Brahms était d’une extrême intransigeance vis-à-vis de la musique qu’il composait, et s’il estimait que telle œuvre n’était pas parfaite, il la supprimait ou la retravaillait intégralement. Simrock devait donc prendre son mal en patience. Après avoir scrupuleusement pesé le pour et le contre dans son travail, après s’être livré à une autocritique intégrale et réfléchi à l’aboutissement d’une pièce, il consentait à la livrer à quelques personnes.

Les juges auxquels Brahms faisait confiance pour avoir un avis sur son travail étaient ses amis proches : la pianiste, chanteuse et compositrice Elisabeth von Herzogenberg, Clara Schumann et Theodor Billroth médecin pionnier de la chirurgie moderne, notamment ! Il faut dire que Brahms fréquentait bien volontiers les cercles d’intellectuels viennois opposés aux modes de l’aristocratie. Universitaires, médecins, industriels, poètes, Brahms se lie d’amitié avec bon nombre de personnalités progressistes. Progressiste lui-même, Brahms ne reniait pas pour autant son lien irréductible à la culture classique, à la littérature et à l’héritage des périodes précédentes. Il avait, pour ainsi dire, tout lu, sans distinction et devait se battre contre lui-même pour ne pas dépenser l’intégralité de son argent à la librairie. Même avec cet aspect raisonnable, Johannes Brahms possédait l’une des bibliothèques les mieux achalandées de Vienne, possédant des éditions uniques et des ouvrages en éditions limitées.

Brahms était un érudit timide, l’un des plus grands compositeurs de l’Histoire et un vrai voyageur dont Baudelaire disait : "Les vrais voyageurs sont ceux-là seuls qui partent pour partir !"

Sur le même sujet

Qui était le professeur d’Astor Piazzolla, Aaron Copland, Igor Stravinsky et Michel Legrand ?

Telle est la question !

Quel compositeur a joué un concert privé au 3e étage de la Tour Eiffel pour Gustave Eiffel ?

Telle est la question !

Articles recommandés pour vous