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Quel est le délai entre l’inflation et l’indexation automatique selon votre situation ?

L'INFLATION, COMMENT ÇA FONCTIONNE ?

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06 oct. 2022 à 14:06Temps de lecture4 min
Par Philomène Parmentier

En ce moment, on parle beaucoup d’inflation et d’indexation des revenus. Mais que signifient ces mots ? Comment détermine-t-on l’inflation ? Quand l’indexation arrive-t-elle ?

L’inflation, comment ça fonctionne ?

C’est important, en cette période, de bien comprendre comment les choses fonctionnent. Pour calculer l’inflation, on relève chaque mois des milliers de prix dans tous les secteurs, cela va des loyers aux bananes en passant par les spectacles, les frigos, les restaurants et le chauffage bien sûr. Puis on pondère en fonction de la consommation moyenne des ménages. Bref, c’est un savant calcul qui mesure l’évolution des prix. Et donc, pour septembre, on est à 11,27% d’inflation par rapport à septembre 2021.

On n’avait plus connu ça depuis 1975 et la crise pétrolière. À l’époque déjà, c’est une flambée des prix de l’énergie qui avait provoqué cette inflation. On est victimes de notre dépendance énergétique. Nous avons absolument besoin de pétrole et de gaz pour vivre et pour produire notre électricité. Nous sommes obligés de les acheter à l’étranger. Et donc, quand les prix augmentent, on n’a pas d’autre choix que de payer. L’État peut diminuer les taxes mais quand le prix du pétrole est multiplié par deux et le prix du gaz et de l’électricité par trois, les factures augmentent forcément.

L’augmentation du coût de l’énergie est la seule raison de l’inflation ?

C’est l’élément déclencheur. Après, il a des effets en cascade, les frais de transport augmentent, les frais de production dans l’industrie augmentent. Dans la filière alimentaire, le fonctionnement des fours et des frigos coûte plus cher. Donc, on voit les prix augmenter un peu partout, mais pas de façon égale et pas avec le même timing. Pour septembre, la hausse des prix en un an est de 60% pour l’énergie et à peu près 10% pour l’alimentation. Ailleurs, c’est moins : 5% environ pour les services. Il y a même des prix qui ont diminué en un an, les télévisions, les abonnements téléphoniques, les lunettes solaires, les parapluies, etc.

Si le coût de la vie augmente de 11%, il faudrait que les revenus des gens augmentent aussi de 11%

L’argent perd de sa valeur, c’est une très mauvaise nouvelle pour les gens qui ont de l’épargne. L’argent qu’ils ont mis de côté a perdu 11% de sa valeur. Par contre, c’est plutôt une bonne nouvelle pour les gens qui ont des dettes ou des emprunts. Dans la mesure où leurs revenus vont augmenter, ils rembourseront plus facilement. En effet, les revenus vont augmenter, chez nous en Belgique, c’est automatique et c’est presque unique au monde. Il n’y a que le Luxembourg, Chypre et Malte qui pratiquent l’indexation automatique. C’est un système très protecteur, mais c’est une protection partielle.

QUEL DÉLAI ENTRE INFLATION ET INDEXATION AUTOMATIQUE ?

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Tout le monde ne bénéficie pas de l’indexation ?

Les indépendants, par exemple doivent augmenter leurs prix s’ils veulent gagner plus sans travailler davantage et ce n’est pas toujours possible de les augmenter. Il y a des contrats fixes, des engagements et surtout le risque de perdre des clients. Les salariés, fonctionnaires et allocataires sociaux sont tous indexés, mais attention à deux éléments.

En Belgique, on a sorti de l’indice des prix les carburants pour les voitures, l’alcool et le tabac. Donc, si vous roulez avec votre propre voiture, que vous fumez et que vous buvez, ces augmentations de prix ne sont pas compensées. Deuxièmement, il y a un décalage dans le temps. Il faut attendre avant de voir son salaire ou son allocation adaptée à la hausse des prix.

Combien de temps doit-on attendre ?

Le délai d’attente n’est pas le même pour tout le monde. Le système est le même pour toutes les allocations sociales, les pensions, le chômage, les indemnités d’invalidité. On prend, mois par mois, la moyenne de l’indice des trois derniers mois, juillet – août – septembre. Chaque fois que cette moyenne augmente de 2%, on augmente les allocations le mois suivant. Il y a eu une indexation de 2% en août. C’était la cinquième cette année. Selon les prévisions, il y en aura encore une en novembre, puis en janvier et en mars de l’année prochaine.

Comme on fait la moyenne des trois derniers mois puis qu’on n’augmente que le mois suivant, il y a un décalage de deux mois et demi environ, pendant lesquels les allocataires sociaux subissent une perte de 2% de leur pouvoir d’achat. Les fonctionnaires ont le même système mais ils doivent bizarrement attendre un mois de plus avant de voir leur rémunération augmenter de 2%. Le décalage est un peu plus important pour eux.

Et pour les salariés ?

Cela dépend du secteur, et parfois de l’entreprise. Certaines grandes entreprises ont leurs propres accords et l’indexation est parfois immédiate, mois par mois. Mais c’est rare. D’une façon générale, il y a trois grands systèmes. Le plus avantageux est celui qui est aligné sur la fonction publique. On augmente par tranches de 2%. C’est le système en vigueur dans le non-marchand mais aussi dans le commerce et une partie de l’alimentation.

Quelques gros secteurs, comme la construction, l’ameublement, le bois, ont des adaptations trimestrielles. Dans ces secteurs, pour donner une idée, les salaires ont augmenté de 2,4% en juillet et augmenteront de presque 2% en ce mois d’octobre. Les augmentations sont semestrielles dans le secteur du nettoyage. Et alors, nous avons une série de très gros secteurs où les adaptations de salaires à l’indice des prix ne se font qu’une fois par an, en janvier.

Il y aura une hausse des salaires d’environ 11% en janvier dans tous les secteurs où l’indexation est annuelle : le transport, la boulangerie, les professions libérales et aussi des centaines de milliers d’employés qui n’appartiennent pas à un secteur défini, avec ses propres règles. Pour tous ceux-là, la hausse de salaire sera spectaculaire, mais ils auront dû attendre plus longtemps que les autres. Aujourd’hui, ils ont un pouvoir d’achat sérieusement réduit par rapport au début de l’année.

Mais augmenter les salaires de plus de 10%, c’est extrêmement difficile, et plus difficile encore quand on subit la hausse des factures énergétiques. Tous les patrons ne pourront pas l’assumer. Le risque est qu’ils ne soient forcés de licencier ou, dans le pire des cas, de fermer.

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