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Tendances Première

Quel rôle joue l’épigénétique dans la grossesse ?

04 mars 2022 à 13:00Temps de lecture3 min
Par RTBF La Première

La grossesse est un moment particulier, du point de vue de l’épigénétique. Explications avec Aline Schoentjes, sage-femme chez Amala Naissance.

L’épigénétique étudie les mécanismes qui agissent sur l’expression des gènes, propre à chaque individu. Elle cherche à comprendre comment les changements d’activité de ces gènes sont transmis d’une génération à l’autre, sans pour autant que les gènes eux-mêmes ne changent.

Un oeuf de tortue va par exemple éclore mâle ou femelle en fonction de la température. C’est le même code génétique, mais son expression va être modifiée en fonction de l’environnement. Le phénotype sera différent. Plus extraordinaire : l’expression de ces gènes pourra se transmettre à la prochaine génération, même dans un environnement différent.

L’impact de l’environnement

Cela se passe aussi pour nous, humains, sur le plan physique mais aussi sur le plan mental, comme le montrent ces deux exemples.

  • A la fin de la Seconde Guerre mondiale, à l’hiver 44, la population souffre très fort de la faim aux Pays-Bas. On constate aujourd’hui que les bébés en fin de gestation à ce moment-là sont davantage obèses que la moyenne et présentent une modification au niveau d’un gène lié à l’insuline, c’est-à-dire à la gestion du sucre et du diabète. De plus, les enfants de ces hommes présentent un indice de masse corporelle plus élevé que la moyenne. On voit ainsi que deux générations sont affectées par un seul événement.
     
  • Au Rwanda, on a étudié l’impact du génocide sur des femmes enceintes lors des événements de 94. On a pu mesurer de nombreuses modifications au niveau de l’expression de certains gènes liés aux risques de troubles mentaux, chez la mère, mais aussi chez l’enfant qu’elle portait au moment du génocide : dépression, stress post-traumatique, avec des conséquences au niveau physique, cognitif, émotionnel, social.

On ne connaît pas encore bien le mécanisme qui explique ce phénomène, mais il semblerait que cela se passe au niveau des hormones de la mère, du flux sanguin, qui impactent la construction du foetus.

Pour des conditions de grossesse décentes

Savoir que les expériences négatives de stress, de violence, de pauvreté peuvent altérer l’épigénome, impacter le comportement et la santé de leurs petits, il y a de quoi stresser davantage les mères ! Heureusement, transformer l’environnement dans lequel évolue la mère peut vraiment changer la donne et rompre cette chaîne de transmission transgénérationnelle.

"Comme collectif, on a intérêt à investir solidement dans la justice sociale, dans la lutte contre la précarité, contre la dualisation de notre société. Parce qu’à terme, si on reprend l’idée de l’épigénome qui souffre et se transforme par les conditions extérieures adverses, si on renforce tout ce qui est positif, qu’on permet aux femmes de vivre une grossesse épanouie dans des conditions décentes, on produira des individus en meilleure santé mentale et physique, et cela coûtera moins cher à la sécurité sociale", souligne Aline Schoentjes.

Bichonner l’épigénome

Ce n’est malheureusement pas tout à fait le sens que prend notre système pour l’instant, regrette Aline Schoentjes.

"On envisage d’utiliser un algorithme pour identifier les femmes précarisées, et de les envoyer dans des consultations médicales collectives. C’est vraiment une belle idée, parce que c’est une façon de créer du lien social, de la solidarité entre les femmes, de renforcer le sentiment d’appartenance, de les sortir de l’isolement. Sauf que derrière cette noble intention, se cache un objectif beaucoup moins noble, qui est de réaliser des économies sur le dos des plus faibles, des plus fragiles. Il ne faudra pas payer un médecin, une sage-femme pour une femme en particulier."

Par ailleurs, le ministre de la Santé veut continuer à fermer les plus petites maternités. Il y a certainement moyen d’optimiser les forces pour un meilleur service. Mais si ce genre de politique crée d’un côté un désert médical et de l’autre, des usines à bébés, on sera de nouveau tous perdants.

Une réforme des soins de santé serait certainement utile et serait l’occasion idéale d’organiser de vrais soins de santé de première ligne, de proximité, avec des équipes de sages-femmes formées, pour que l’épigénome soit un peu moins malmené.

Concrètement, Aline Schoentjes recommande aux futures mamans de prendre contact avec une sage-femme et de construire avec elle leur suivi de grossesse, pour prendre soin non seulement de leur santé physique mais aussi de leur santé mentale et affective. La sage-femme ralentira le temps à chaque étape, de façon à sortir de ce rythme industriel, standardisé et algorithmé.

Et le père ?

Il y a bien sûr aussi un impact épigénétique par le père : si un petit garçon a été soumis à des stress in utero ou dans son enfance, cela se transmet à la génération suivante également. L’environnement dans lequel ses enfants vont grandir va évidemment être influencé par les changements comportementaux et physiques de leur papa.

 

Les explications d’Aline Schoentjes, c’est ici

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