Tendances Première

Quelle réaction face aux dessins des enfants ? Il faut "donner le temps de la contemplation"

Tendances Première: Les Tribus

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Un dessin d’enfant nous conduit directement à l’essentiel. Il ne s’embarrasse pas de perspective parce qu’il n’utilise pas le dessin comme un moyen de représenter les choses mais comme un outil à raconter. Vous avez besoin d’un dessin ? Bruno Humbeeck, psychopédagogue, explique l’importance de cette activité, bien plus qu’artistique, pour l’enfant.

Un enfant ne peint pas ce qu’il voit. Il dessine ce dont il a envie de parler. Ce sont les adultes qui s’acharnent à reproduire des objets, à faire ressembler des êtres ou à figurer des scènes figées dans le temps. Les enfants eux dessinent des histoires qui se déploient dans leur imagination. Les dessins d’enfants sont des paysages qui racontent…

Dans leurs dessins, les enfants ne s’embarrassent pas non plus d’ombres. Pour eux une feuille de papier devient aussitôt une scène de théâtre sans coulisse, pleinement éclairée et offerte immédiatement aux regards de tous. Les dessins d’enfants sont des paysages étincelants…

Recevoir un dessin d’enfant n’a rien d’un geste anodin puisqu’il s’agit en réalité d’accueillir les paysages étincelants qui racontent son monde et le mettent en récits. C’est pour cela que l’on ne peut pas se contenter de lui dire distraitement que son dessin est beau sans en faire toute une histoire mais qu’il faut au contraire le mieux possible prendre le temps de lui demander de raconter ce qu’il a mis dans son dessin pour que le contenu narratif partagé puisse donner vie au récit qu’il vient de nous offrir…

L’antidote face aux écrans

C’est comme cela, en lui faisant cadeau d’un dessin, qu’un enfant peut confier à un adulte les clés de l’univers imaginaire dans lequel il se construit quand chacun de ses paysages à raconter, devient l’opportunité de s’en faire un témoin privilégié

Un dessin d’enfant, c’est un paysage mental créé par lui pour raconter une histoire en image qu’il nous donne à contempler.

Or, l’invitation à la contemplation des paysages constitue sans doute de nos jours le meilleur antidote aux écrans que l’on puisse mettre en place dans l’éducation de nos enfants. Il est en effet essentiel de leur apprendre à prendre le temps de contempler plutôt que se laisser happer continuellement par des images qui défilent à un rythme effréné qui crée sans doute de la sidération mais interdit toute forme de contemplation. On regarde un écran. On est éventuellement captivé par lui mais on ne contemple rien de ce qu’il nous donne à voir parce que la contemplation est par nature incompatible avec le rythme de diffusion auquel nous aliène l’espace numérique et auquel nous soumet l’univers digital qui ont, l’un et l’autre, fait de la vitesse d’apparition et de disparition des images qui se succèdent, leur cheval de bataille.

Un dessin d’enfant est une invitation à arrêter le temps pour écouter l’histoire que l’enfant, par son dessin, cherche à nous raconter et pour contempler ensemble la façon dont cette histoire a été mise en image. Prendre le temps de partager des paysages mentaux qui racontent une histoire et s’engager ensemble dans un exercice de contemplation partagée, c’est donc une opportunité de transmettre cette hygiène mentale devenue essentielle dés lors qu’il est question de s’opposer à la tyrannie des écrans et aux terribles servitudes volontaires qui trop souvent nous aliènent, nous comme nos enfants, à leur puissance obscure.

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Un regard uni sur le monde

En se contentant de regarder trop furtivement les dessins qu’ils nous offrent comme on le fait avec les images que produisent les écrans, on leur indique que même les choses qui méritent d’être regardées ne justifient pas qu’on prenne le temps de les contempler et d’écouter l’histoire qu’elle révèle.

Il ne suffit donc pas de gratifier le dessin d’un 'que c’est joli' ou un 'oh que c’est beau' plus ou moins sincèrement admiratif pour espérer combler les attentes de l’enfant. Il faut au contraire lui donner le temps de la narration et prendre celui de la contemplation partagée…

C’est comme cela notamment qu’un enfant apprend que la contemplation d’un dessin, d’un paysage ou d’un dessin-paysage, n’est pas seulement une expérience spirituelle vécue par un être humain solitaire mais qu’elle peut aussi devenir, dés lors qu’elle est partagée, une expérience humaine fondamentale vécue par deux êtres spirituels qui se sentent unis par le regard qu’ils portent l’un et l’autre sur le monde dans tout ce qu’il a de beau à nous révéler et tout ce qu’il contient d’intéressant à se raconter.

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