Telle est la question !

Qu’est-ce que la musique Klezmer?

Timbre-poste émis en Israel dédié à la fête de la musique klezmer folklore juif

© Getty Images

Rendez-vous dans les communautés juives d’Europe de l’Est pour comprendre les origines de la musique Klezmer. Le Klezmer est synonyme de fête, les musiciens itinérants juifs ashkénazes transmettent cette musique à chaque occasion festive. Et ce,dans toute l’Europe de l’Est, de l’Autriche à la Pologne en passant par la Hongrie, la Bulgarie, l’Ukraine et la Russie, notamment. Alors, que veut dire “Klezmer” au juste?

C’est en fait une contraction de Kli, l’instrument et de Zemer, le chant. Littéralement, l’instrument du chant. Le véhicule de l’âme, pourrait-on dire, car le musicien Klezmer fait plus que jouer de la musique, il transmet des états d’âme, il raconte une histoire au travers d’une mélodie. Au départ, pourtant, le terme Klezmer est péjoratif, il signifiait voleur et désignait tout musicien amateur qui jouait pour les mariages, un peu n’importe comment.

Aujourd’hui le terme a retrouvé son éclat et traduit toute forme de musique juive traditionnelle d’Europe de l’Est, même dans ses formes les plus élaborées. Et on parle là d’une période historique qui débute au Moyen-Âge et qui aboutit aux heures sombres de la guerre 40-45. La musique klezmer, c’est la musique du voyage et, plus encore, la musique de l’Exil.

Alors, que s’est-il passé?

Au XIXème siècle, un décret d’Alexandre Ier regroupe les plusieurs millions de juifs d’Europe de l’Est dans un périmètre délimité près de Kiev. Ainsi, l’accès à l’apprentissage savant de la musique leur est quasi impossible, les grandes écoles de musique étaient bien trop loin. Les musiciens apprennent donc par tradition orale et surtout à l’oreille, en mimétisme des autres, les plus jeunes vers les plus âgés notamment. Et c’est lors du virage vers le XXème siècle qu’à eu lieu le grand exil vers les Etats-Unis d’Amérique.

Les juifs d’Europe Centrale et de l’Est migrent vers une terre plus clémente, et la musique Klezmer s’est ainsi considérablement développée. Les musiciens ont pu trouver des emplois dans les cabarets et les restaurants où se déroulaient des concerts, et on faisait appel à ces musiciens klezmer pour toutes les occasions festives. Pendant la guerre, la musique Klezmer a ainsi pu survivre aux Etats-Unis, là où elle mourait, de toutes parts, en Europe, avec le massacre que l’on sait.

Après ces années noires, le sionisme prend de plus en plus de place chez les Juifs d’Amérique, et l’Etat d’Israël étant créé, la musique Klezmer est mise au second plan, toute la culture Klezmer étant mise à mal : le Yiddish, la langue si particulière de ces musiciens, qui oscille entre l’allemand, bribes d’hébreu et slave, cette langue Yiddish est complètement supplanté par l’hébreu pur, et la culture israélienne s’impose.

Il faut attendre les années 70-80 pour assister à une complète renaissance de la musique et la culture Yiddish, avec le nom général qu’on lui connaît maintenant. Cette musique Klezmer, c’est la musique du cœur, la musique qui parle. C’est une musique itinérante, nomade, qui s’est enrichie au fil des siècles du contact du jazz et des musiques tziganes, orientales et grecques, notamment. Toute cette richesse et cette puissance du partage dans la musique ne pouvait qu’inspirer les compositeurs, évidemment, les compositeurs juifs mais aussi les autres. Citons Chostakovitch, Ravel, Gershwin ou encore Gustav Mahler, qui intègrent tous plus ou moins explicitement des bribes de cette musique Klezmer ou tout au moins s’en inspirent.

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