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Tendances Première

Qu’est-ce qu’un prénom 'connoté' ?

23 févr. 2022 à 10:16Temps de lecture4 min
Par RTBF La Première/Lirim Tasdélèn

Le prénom, qui est choisi et assigné par les parents à la naissance, nous poursuit quotidiennement. A la maison, à l’école, au travail, on nous appelle par notre prénom. Les emails qui nous sont adressés le contiennent également. Lirim Tasdélèn, psychopédagogue créatif et artiste bienveillant, revient sur les prénoms dits 'connotés'.

Le prénom, c’est l’un des premiers aspects de soi que l’on donne à autrui. C’est un élément qui nous différencie des autres. Les inconnus qui entendent votre prénom s’imagineront très certainement vos origines, votre niveau social, votre genre, votre âge ou même votre personnalité. Mais parfois, un prénom n'est pas facile à porter...

Lirim Tasdélèn s’attarde en particulier sur les prénoms à consonance étrangère, les prénoms unisexes et les prénoms anglo-saxons.

Les prénoms à consonance étrangère

A quelques semaines des élections présidentielles en France, le polémiste d’extrême-droite Eric Zemmour voudrait interdire les prénoms d’origine étrangère et rétablir la loi du 1er avril 1803. Elle obligeait les citoyens à choisir les prénoms de leurs enfants uniquement parmi ceux du calendrier saint ou dans l’Histoire antique.

"C’est drôle, observe Lirim Tasdélèn, parce que cette francisation a longtemps été très mal acceptée justement par l’extrême-droite, qui voyait là-dedans une manière d’invisibiliser certains étrangers qu’on ne pouvait reconnaître que par leur prénom."

Pour savoir si votre prénom est francophone ou d’origine française, un site humoristique vous propose de vérifier en un clic : vitemonprénom, lancé après la polémique sur Zemmour, est rapidement devenu viral. Plus de 160 millions de prénoms ont déjà été testés, pour voir s’ils correspondent bien à cette vieille loi de 1803. Le site vous propose même de changer de prénom si ce n’est pas le cas !

Certains prénoms, très courants pourtant dans le paysage francophone, n’y sont pas jugés réglementaires. Selon le site, Chloé devrait ainsi être changé en Alix, Arthur en Arnaud, Mila en Nina, Olivia en Olive, Noah en Jean, Cédric en Eric, Lirim en… Marie !

Un prénom à consonance étrangère suscite souvent les questions sur l’origine, que ce soit une curiosité saine ou une manière de briser la glace, remarque Lirim Tasdélèn, qui le vit lui-même

Mais indirectement, cela m’exclut du groupe, de mon pays. Je suis l’étranger.

La sociologue des migrations Rosita Fibbi constate que les personnes d’origine étrangère doivent envoyer 30% de candidatures en plus par rapport à leurs homologues francophones, avant d’être convoquées à un entretien. L’idéal serait le CV anonyme, qui met la formation et l’expérience en avant, plutôt que l’origine ou le genre.

Les prénoms unisexes

Le sexe est directement inscrit dans l’acte de naissance ou sur le passeport, et indirectement dans le prénom. Certains parents préfèrent donner à leurs enfants des prénoms mixtes. Ce n’est pas nouveau : chez les anciens, on trouvait déjà Claude, Dominique… Aujourd’hui, ce serait plutôt Alix, Lou, Camille, Noah, Sacha…

"L’utilisation d’un prénom mixte a cet avantage certain de ne pas totalement genrer votre enfant en amont, souligne Lirim Tasdélèn. C’est un peu un acte d’émancipation à cette époque où les frontières entre le masculin et le féminin tendent à devenir de plus en plus floues. Cela peut permettre à certains individus qui ne se sentent pas bien dans le genre assigné à la naissance d’en sortir."

Prénom mixte, prénom non-genré, ou encore prénom épicène… ce dernier n’est pas modifié quand il est donné à une fille ou un garçon : Camille, Dominique, Charlie. Alors que Gaël (le), Frédéric (que) ou Daniel (le) sont des prénoms mixtes : on entend la même chose mais on ne l’écrit pas de la même façon.

Selon le droit belge, le choix du prénom est libre, mais l’officier d’état-civil peut refuser un prénom s’il juge qu’il prête à confusion, par exemple, un prénom typiquement féminin pour un garçon ou inversement. Mais qu’en est-il des Stéphane, Nicole ou Maxime, qui contrairement aux idées reçues, sont des prénoms épicènes ?

On remarque que c’est socialement plus compliqué pour un garçon de porter un prénom féminin que pour une fille de porter un prénom masculin.

Les prénoms anglo-saxons

Au-delà du genre, les parents s’inspirent de leurs voyages, de leurs lectures, de leurs rencontres, pour choisir le prénom de leur bébé. C’est ainsi que, dans les années 80-90, on a vu fleurir des prénoms anglo-saxons inspirés des séries populaires : Kelly, Jason, Brandon, et le fameux Kevin.

"Je le trouve intéressant, Kevin, vraiment, parce que sa perception est assez ambivalente. Dans le nord du pays, Kevin est un prénom très commun, comme Louis ou Thomas. Ce n’est pas du tout connoté. Chez les Francophones, par contre, c’est souvent mal perçu, notamment par les classes supérieures. Kevin et tous ces prénoms issus des séries américaines suscitent, de manière générale, le mépris ou la moquerie. Et souvent, on y associe un statut, voire une apparence physique."

Y a-t-il des traits physiques qui correspondent aux prénoms ?

Plusieurs études montrent qu’il est possible de deviner le prénom d’une personne à partir de sa photo. L’ordinateur, qui a scanné 100 000 photos de femmes, des Charlotte et des non-Charlotte, est ensuite capable de reconnaître celles qui portent ce prénom, au-delà du facteur chance. Les humains en sont capables aussi. Comment est-ce possible ?

Les chercheurs supposent que quand un enfant reçoit un prénom, c’est chargé de tout un ensemble d’attentes sociales, d’inférences et d’interactions, explique Lirim Tasdélèn. On peut adopter une coiffure, des attitudes et des expressions faciales cohérentes avec le stéréotype que la société se fait d’une personne qui porte ce prénom.

S’émanciper de son prénom

Le prénom est tellement fondateur de l’identité qu’aujourd’hui de plus en plus de parents sont conscients de l’impact de leur choix, surtout s’ils ont eux-mêmes souffert de leur prénom. Des livres et des sites sur les prénoms fleurissent.

Porter un prénom connoté peut rendre la personne facilement stigmatisable, voire la réduire à son stigmate. Mais parfois les personnes sont fières de cette différence, de cette originalité. Et puis, on peut aussi s’émanciper de ce qui nous est imposé. Rien ne nous oblige en effet à rester bloqué sur un seul prénom !

Au niveau administratif, il y a bien sûr une fixité imposée, mais aucune règle de la vie courante ne nous oblige à la respecter, affirme Lirim Tasdélèn. Les artistes l’ont d’ailleurs bien compris, qui surfent volontiers d’un prénom à l’autre pour se réinventer. Comme Héloïse Letissier, qui devient Christine and the Queens puis Chris, ou comme Paul Van Haver qui devient Stromae en chanteur et Mosaert en designer.

Bref, libérons-nous de tous ces stéréotypes et clichés liés aux prénoms, encourage Lirim Tasdélèn.

Tendances Première : Les Tribus

Qu’est-ce qu’un prénom « connoté » ? Avec Lirim Tasdélèn

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