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Qui est Marina Ovsiannikova, la femme qui a défié Poutine en direct à la télévision russe ?

Une manifestante contre la guerre perturbe la principale émission d'informations russe

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15 mars 2022 à 09:28 - mise à jour 15 mars 2022 à 09:56Temps de lecture3 min
Par Ambroise Carton avec AFP

C’est l’heure de l’émission "Vremia" ("le temps), lundi soir, sur le "Pervy Kanal", soit la "première chaîne publique russe" traduit en anglais par "Channel One". Ce rendez-vous d’information est "le plus regardé de Russie", selon l’Agence France-Presse.

Alors que la présentatrice Ekaterina Andreeva lit son prompteur, une femme fait irruption derrière elle. "No war", peut-on lire sur la pancarte qu’elle tient dans ses mains. De part et d’autre de ce slogan, on aperçoit les drapeaux ukrainiens et russes.

En dessous, quelques mots en russes : "Ne croyez pas la propagande, ils vous mentent". Et tout en bas, en anglais, "les Russes contre la guerre".

Un "incident"

Imperturbable, la présentatrice continue de parler quelques secondes pendant que la protestataire scande "non à la guerre", puis la chaîne lance la diffusion d’un reportage sur les hôpitaux, mettant fin au direct sur le plateau.

"Une enquête interne est en train d’être menée" sur cet "incident", a déclaré Pervy Kanal dans un communiqué. Le Washington Post relève que l'émission de lundi n'était pas disponible en replay sur le site de la chaîne.

L’autrice de cette action s’appelle Marina Ovsiannikova. Elle est employée par Channel One, comme on peut le lire dans la description de sa page Instagram où elle se présente aussi comme une "maman heureuse". Sur une photo publiée en 2018 sur sa page Facebook, on l'aperçoit à Vienne en compagnie de sa fille.

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Selon l’ONG de défense des droits des manifestants OVD-Info, Marina Ovsiannikova, 44 ans, a été arrêtée par la police. Mardi matin, la même source écrivait sur Twitter qu’elle se trouvait "dans un endroit inconnu". Dans le même temps, sa page Facebook se remplit de commentaires d'internautes qui saluent le courage de son geste en direct à la télévision

L’agence de presse russe Tass affirme que la femme de 44 ans qui occupe les fonctions de productrice et éditrice pour la chaîne russe pourrait être poursuivie pour avoir "discrédité l’utilisation des forces armées russes".

Selon une nouvelle loi entrée en vigueur peu après le début de la guerre en Ukraine, tout propos visant à rabaisser et nuire à l'image de l'armée russe pourra en effet être sanctionné. Les journalistes relayant ce que le pouvoir russe considère comme de "fausses informations" dans les médias pourront écoper de 15 ans de prison.

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Ils ne pourront pas tous nous emprisonner

Dans une vidéo enregistrée un peu plus tôt, elle explique sa "honte" d’avoir travaillé pour "la propagande pour le Kremlin" et d’avoir permis que "des mensonges soient dits à la télévision".

Cette fille d’un Ukrainien et d’une Russe, née à Odessa dans le sud de l'Ukraine, poursuit : "Ce qui se passe en Ukraine en ce moment est un crime et la Russie est l’agresseur. La responsabilité de cette agression est le fait d’une seule personne, Vladimir Poutine."

Dans cette vidéo, elle fait référence au collier qu’elle porte autour du cou, unissant les couleurs russes et ukrainiennes. "Ce collier symbolise le fait que la Russie doit arrêter cette guerre fratricide immédiatement et nos nations auront une chance de faire la paix."

"Nous seuls avons le pouvoir d’arrêter toute cette folie. Descendez dans les rues, n’ayez pas peur. Ils ne pourront pas tous nous emprisonner", conclut-elle. Retrouvez ci-dessous une version de la vidéo sous-titrée en anglais par le Washington Post.

Médias indépendants bloqués

Dans leur tentative de contrôler toute information au sujet du conflit, les autorités ont bloqué la plupart des médias encore indépendants, ainsi que les principaux réseaux sociaux, comme Twitter et Facebook.

Résultat : la plupart des Russes n’ont accès qu’à la version délivrée par le gouvernement et les médias, dont Pervy Kanal, d’une "opération militaire spéciale" visant à "dénazifier" l’Ukraine et empêcher un "génocide".

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