Raccourcir les vacances d'été : un débat qui divise la Flandre

21 avr. 2021 à 06:19 - mise à jour 21 avr. 2021 à 06:19Temps de lecture3 min
Par Joyce Azar

Le sujet est quasiment tabou en Flandre, mais il refait aujourd’hui surface dans le débat public : faut-il raccourcir les vacances d’été, notamment pour rattraper le retard d’apprentissage des élèves ? La question est loin d’être résolue au nord du pays.

L’idée n’est pas nouvelle, elle est d’ailleurs en train de se concrétiser dans l’enseignement francophone, puisque dès la rentrée 2022, les rythmes scolaires vont être réformés. Les vacances de Toussaint et de Carnaval vont ainsi être prolongées d’une semaine, dans le but de raccourcir de deux semaines les grandes vacances. Mais en Flandre, cette mesure est loin de faire l’unanimité. A tel point qu’on a presque tendance à éviter d’en parler.

Pourquoi maintenant ?

Le débat a récemment ressurgi suite à un tweet du professeur Dirk Van Damme, un expert de l’OCDE que certains appellent "le pape de l’enseignement flamand". Dans ce tweet, Dirk Van Damme a une nouvelle fois plaidé pour un raccourcissement des vacances d’été. D’après lui, une pause scolaire de plus de six semaines est néfaste pour les prestations des élèves, et notamment pour les plus défavorisés d’entre eux.

De nombreuses études démontrent d’ailleurs qu’une meilleure répartition du temps d’enseignement est plus favorable que des périodes très intenses coupées par de longs moments de congé. Selon Dirk Van Damme, il est aujourd’hui prouvé qu’un rythme scolaire avec des vacances d’été plus courtes est l’un des facteurs qui améliore le niveau des élèves.

Mauvaises prestations des élèves flamands

La Flandre est l’une des régions européennes où le niveau des élèves a le plus chuté ces 20 dernières années. Les différentes enquêtes internationales, telles que le test PISA par exemple, montrent que les élèves flamands sont de plus en plus mauvais dans des matières telles que la lecture ou les maths. Et ce que certains appellent le "choc corona" va certainement venir aggraver la situation.


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C’est d’ailleurs la raison pour laquelle d’autres experts de l’enseignement soutiennent l’appel lancé par Dirk Van Damme. Parmi eux, on retrouve notamment Wouter Duyck, de l’Université de Gand, qui rappelle qu’avant la crise sanitaire, les petits Flamands de 10 ans avaient déjà besoin de 6 mois d’école supplémentaire pour atteindre le niveau en lecture que les enfants du même âge avaient en 2006. Même topo pour les maths, où les élèves de 15 ans ont aujourd’hui un retard de 9 mois par rapport à 2003.

Un retard structurel

Ce retard existait donc déjà avant la fermeture momentanée des écoles, ou encore les cours en distanciel à mi-temps. Et c’est bien là tout le problème. Car si aucun outil ne permet aujourd’hui de mesurer l’impact de la crise sanitaire sur le niveau des élèves flamands, il ne faut pas vraiment être expert pour comprendre que cet impact est négatif.

Depuis le début de la pandémie, les écoles flamandes ont dû fermer leurs portes pendant 42 jours. Pas moins de 400.000 élèves du 2e et 3e degré continuent de suivre les cours à distance à mi-temps, et ce depuis novembre dernier. Pour les experts, la situation est donc claire : chaque journée sans école est une journée de trop.

Qu’en pense le secteur concerné ?

Cette année académique a été très difficile, tant pour les enseignants que pour les élèves. Beaucoup estiment donc que de longues vacances d’été seront plus que nécessaires pour permettre à tout le monde de souffler. Certains pointent aussi la réforme du secondaire, qui vient d’être adoptée en Flandre, et que le personnel scolaire va donc devoir préparer.

On notera toutefois qu’à plus long terme, les enseignements communautaire et catholique semblent plutôt favorables à une meilleure dispersion des congés scolaires.

Pour Ben Weyts, "c’est pas le moment"

En réaction à l’appel des experts, le ministre flamand de l’Enseignement, Ben Weyts, a fait savoir qu’il était ouvert au débat, mais que ce ne serait en tout cas pas pour cette année.

Le ministre N-VA a rappelé que la Flandre allait investir 10 millions d’euros dans les écoles d’été, pour rattraper le retard de certains élèves. Il rappelle par ailleurs que des vacances plus courtes auraient un impact pour l’ensemble de la société.

D’après lui, apporter un tel changement n’est pour le moment pas opportun, alors qu’on est encore en pleine pandémie. Les experts, eux, estiment que le coronavirus constitue justement une impulsion qu’il faut utiliser pour débloquer le débat et adopter des solutions alternatives.

On l’aura compris : si la Belgique francophone a déjà décidé d’avancer dans ce sens, la Flandre semble plutôt se diriger vers des discussions de longue haleine, dont l’aboutissement demeure encore très incertain.

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