Belgique

Rajae Maouane (Ecolo) sur la marche pour le climat : "Il faut arrêter de mettre la responsabilité uniquement sur les individus"

24 oct. 2022 à 07:53Temps de lecture4 min
Par Théa Jacquet sur la base d'une interview de Thomas Gadisseux

Quelque 25.000 personnes se sont rassemblées ce 23 octobre à Bruxelles pour réclamer un avenir meilleur, à quelques jours de la conférence annuelle des Nations unies sur le climat, COP27, qui réunira les dirigeants mondiaux à Charm el-Cheikh, en Égypte.

Une mobilisation pour le climat qui continue de rassembler des dizaines de milliers de personnes depuis de nombreuses années que la coprésidente d’Ecolo, l’invitée de Matin Première, qualifie de "tour de force impressionnant". Le parti politique qui siège dans la Vivaldi comptait parmi les manifestants. "On ne manifeste pas contre une action du gouvernement, mais on manifeste pour continuer la sensibilisation et continuer à rehausser les ambitions climatiques", précise Rajae Maouane.

Les messages revendiquaient haut et fort des mesures fortes, telles que la réduction de notre dépendance aux énergies fossiles, l’accélération de l’isolation du parc immobilier belge, ou encore le soutien au droit à l’alimentation, adressés au gouvernement fédéral.

Autant de problématiques qu'Ecolo assure prendre en compte. "À Bruxelles et en Wallonie, nous avons bloqué l’indexation des loyers, il n’y aura pas d’augmentation des loyers quand les PEB sont trop bas. Pour les passoires énergétiques, on ne veut pas de double peine. On agit sur la mobilité. Les tarifs Stib et SNCB sont à un 1 euro par mois pour les moins de 25 ans et les plus de 65 ans. […] On voit que les tarifs Stib n’ont pas augmenté. […] Georges Gilkinet ( ministre fédéral de la Mobilité, ndlr) a obtenu près de 3 milliards d’investissements massifs dans le rail. On travaille également au niveau de la rénovation et de l’isolation des bâtiments. À Bruxelles, des milliers sont dégagés par Alain Maron (ministre de l’Environnement et du Climat, ndlr) pour continuer à isoler les bâtiments", développe Rajae Maouane.

Des budgets qui font défaut

"On veut protéger la population et accélérer la transition", appuie la coprésidente. Mais face à la crise énergétique, comment ne pas douter de la faisabilité de la transition climatique tant promue par le parti politique ? "On traverse des crises successives, qui ont les mêmes origines, c’est la dépendance aux énergies fossiles et la faillite du système néolibéral, qui continuent à endommager la terre et la santé des humains. […] On comprend que les doutes soient là, mais on voit que dans les études qui sont menées, la question de l’enjeu climatique reste quand même une préoccupation majeure chez de nombreuses personnes en Belgique et d’ailleurs on l’a vu encore hier."

La lutte contre les inégalités sociales et la lutte contre le dérèglement climatique sont les deux faces d’une même pièce.

Et selon la coprésidente des verts, "la lutte contre les inégalités sociales et la lutte contre le dérèglement climatique sont les deux faces d’une même pièce". Si le parti écologiste mène ce travail de transition climatique, "c’est au bénéfice des populations les plus vulnérables", martèle Rajae Maouane. "Quand on travaille sur la question de l’isolation, c’est justement pour aider les quartiers les plus défavorisés. Quand on travaille sur la qualité de l’air, c’est également pour soulager les quartiers les plus défavorisés qui n’ont pas forcément les moyens ou qui délaissent les soins de santé."

"Un pull ne suffit évidemment pas", ponctue Rajae Maouane pour qui il importe d'"arrêter de mettre la responsabilité uniquement sur les individus. Il faut mettre en place un système qui va changer la donne". Et de poursuivre : "la question des budgets ce sont des choix politiques. De l’argent, il en existe. Il faut pouvoir mettre cet argent pour accélérer la transition écologique, car elle est solidaire."

Difficile toutefois de croire que la Belgique y arrivera un jour, quand on se penche sur la Flandre, gros émetteur de CO2. Une région qui ne sera pas sur la bonne voie pour réduire de 40% ses émissions de gaz à effet de serre selon les objectifs européens. La ministre du Climat Zuhal Demir le reconnaît elle-même, car il faut que ce soit financièrement viable pour tout le monde. C’est donc la responsabilité politique qui est à nouveau mise en cause. "C’est pour ça que je parlais de rehausser les ambitions. Quand les verts sont au pouvoir, on rehausse les ambitions. Au niveau flamand, les verts ne sont pas au gouvernement", souligne Rajae Maouane.

La mobilité, un levier dans la lutte pour le climat

Des communes bruxelloises adoptent à tour de rôle le nouveau plan de mobilité régional Good Move. Lequel ne parvient pas toujours, voire rarement, à convaincre la population. "C’est un projet pour améliorer la qualité de l’air au bénéfice des personnes les plus vulnérables. […] On voit sur la Région bruxelloise que les communes les plus touchées par la pollution de l’air sont les communes les plus pauvres", indique l’écologiste, qui siège également au conseil communal de Molenbeek-Saint-Jean. D’après cette dernière, le nombre d’années d’espérance de vie qu’il y a de différence entre un habitant de Molenbeek et de Woluwe est de huit ans.

Un projet qui vise ainsi un rééquilibre de l’espace public, aujourd’hui consacré à 70% à la voiture. "On veut réduire cette part pour augmenter la place aux vélos, aux trottinettes, aux piétons, aux PMR. Donc effectivement quand on change les habitudes, il y a un peu de réticence", note la coprésidente d’Ecolo, qui assure que son parti améliore, ajuste et adapte la mise en place de Good Move dans chaque quartier bruxellois. "C’est ce qu’il se passe à la Ville de Bruxelles, à Schaerbeek, à Anderlecht et c’est ce qu’on continue à mettre en place."

Comment embarquer tout le monde dans cette transition-là ? N'est-ce pas forcer le pas aux habitants qui ne voulaient pas de cette transition ? "Je ne suis pas de celles et ceux qui pensent qu'on peut faire le bonheur des gens à leur place. Donc quand il y a des réticentes, on écoute, on adapte et on avance", relève la coprésidente d'Ecolo.

Pourtant, bon nombre d'habitants ont l'impression de ne pas être écoutés. "Effectivement, ça râle parce que quand on touche aux habitudes de mobilité, on touche à des fondamentaux. On touche à la liberté de se mouvoir. (...) Satisfaire 100% de la population, je pense que c'est impossible, mais il faut le faire en emmenant au maximum de gens avec nous." De cette manière, Ecolo entend "libérer les espaces pour que celles et ceux qui ont réellement besoin de la voiture puissent le faire de manière fluide"

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