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Rapport de l’IPBES : 4 approches dégagées pour changer le "rapport utilitaire" à la nature de l'Occident

Tendances Première: Le Dossier

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Un million d’espèces menacées d’extinction sur les huit millions que notre terre abrite. Une dégradation galopante des écosystèmes. La survie de la biodiversité mondiale est menacée. Depuis dix ans, il existe un groupe international d’experts sur la biodiversité. C’est l’IPBES, la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques. 

Comme le GIEC qui se concentre, lui, sur le climat, l’IPBES travaille sous l’égide des Nations-Unies. Des experts de 139 pays y contribuent. Cela représente une diversité culturelle considérable. Trois ans de travail ont été nécessaires pour passer en revue 13.000 études scientifiques réalisées partout dans le monde. Le groupe s’est réuni du 3 au 9 juillet 2022 à Bonn en Allemagne. Quelles sont les grandes lignes du dernier rapport et quelles sont les solutions ? C’est au menu de Tendances Première.

Plusieurs disciplines au service de la biodiversité

Au chevet de la biodiversité, il n’y a pas que des biologistes. L’approche se veut pluridisciplinaire. La problématique fait appel autant à la sociologie, l’anthropologie, la philosophie. Est également essentiel, le regard des populations autochtones et des communautés locales, les premiers concernés.

Cette synthèse de l’IPBES fournit aux décideurs des évaluations scientifiques objectives sur l’état des connaissances sur la biodiversité de la planète, les écosystèmes et les contributions qu’ils apportent aux populations, ainsi que les outils et les méthodes pour protéger et utiliser durablement ces atouts naturels vitaux. Nicolas Dendoncker, professeur au Département de géographie à l’Université de Namur, nous explique comment la façon d’envisager la nature est au cœur de la solution.

Alor Island in Indonesia. Copyright

"Plus d’un tiers de la surface du monde, et près de 75% des ressources en eau douce, sont destinés à l’agriculture et à l’élevage. Et Cette répartition n’est pas équilibrée dans le monde mais concentrée dans certaines régions. Un des axes de l’étude concerne l’utilisation durable des espèces sauvages. La survie de l’humain dépend de 50.000 espèces sauvages qui sont utilisées. Cela inclut : arbres, champignons, plantes, mammifères, oiseaux, poissons. 10.000 espèces constituent notre alimentation. Cette utilisation devrait être plus durable. C’est notre approche occidentale : on considère la valeur de la nature comme économique. Le profit matériel, individuel et à court terme prime, La croissance économique à tous crins est délétère. Nous sommes dans une logique d’exploitation, anthropocentriste. On se voit comme supérieurs à la nature. On oublie la durabilité, la justice, l’éthique, la responsabilité à long terme."

La nature est un concept qui n’existe pas dans toutes les cultures

Qingdao, Shandong, China
Qingdao, Shandong, China Cheunghyo via Getty images

C’est là qu’entre en scène une réflexion indispensable sur notre manière de considérer, de vivre et de parler de la nature. Toutes les cultures ne l’abordent pas de manière similaire. Entre le Taoïsme qui prône l’harmonie avec la nature, qui rejette toute forme de technique visant à domestiquer la nature, et nos sociétés consuméristes, il y a un abîme.

"Les valeurs de la nature varient considérablement selon les systèmes de connaissance, les langues, les traditions culturelles et les contextes environnementaux. La nature est un concept qui n’existe pas dans toutes les cultures. Parler de la nature présuppose une distinction entre humain et nature, et donc s’ouvrir à d’autres visions du monde peut être intéressant pour en parler différemment, et s’y connecter différemment."

Elevage en masse de dindes

Les sociétés occidentales sont dans un rapport utilitaire avec la nature, et c’est cela qu’il faut changer

Wan Prapan via Getty images

4 approches à s'approprier

L’étude de l’IPBES souligne que les solutions passeront par une meilleure compréhension de notre rapport avec la nature. Elle résume les différentes approches comme suit :

  • Vivre de la nature : C’est reconnaître que la nature nous est utile. On en a besoin pour notre survie. Avec par exemple le rôle des espèces sauvages pour se nourrir.

  • Vivre dans la nature : fait appel aux valeurs relationnelles. Qu’elle est la relation que l’on a avec la nature ?

  • Vivre avec la nature : c’est reconnaître que la nature a le droit d’exister en tant que telle. Cela fait appel aux valeurs intrinsèques. La nature en elle-même, pour elle-même.

  • Vivre comme la nature : c’est reconnaître qu’on est une petite partie de la nature, une petite partie du grand Tout (en anglais ‘living as nature’)

"Les sociétés occidentales sont dans un rapport quasi exclusif de 'vivre de la nature', et c’est cela qu’il faut changer. Il est important de remettre l’ensemble de ces valeurs dans les prises de décisions. Inclure ces valeurs, c’est inclure les personnes qui les portent. Il y a des groupes sous-représentés, comme par exemple les peuples autochtones, les femmes, la jeunesse, les générations futures. Inclure ces diversités de valeurs, c’est inclure la diversité de personnes."

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