Re-Cycle : Vente de Droits Musicaux

© PIERRE GUILLAUD / AFP-BELGA

Jusqu’à présent, quelques musiciens avaient bien tenté de valoriser au mieux leur catalogue de chansons, mais la tendance est en train d’accélérer fameusement. Aux premières loges du phénomène, on retrouve notamment Bob Dylan et Neil Young. Je vous explique…

L’annonce n’était pas passée inaperçue voilà quelques mois. Et pour cause puisqu’on parle quand même d’un montant dans les 500 millions de dollars. C’est la somme payée par Universal Music en échange de près de 600 chansons de Dylan, dont les tubes que tout le monde connaît. Désormais, donc, Universal Music aura tous les droits pour utiliser les chansons de Dylan dans des films, des pubs ou des séries, d’en sortir des compilations ou des coffrets, ou en faire des sonneries de téléphone. Bref, à 80 ans, Dylan n’est plus propriétaire d’aucune de ses chansons, mais d’un très gros compte en banque.

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Dans la foulée, Neil Young, David Crosby, Mick Fleetwood, Chrissie Hynde, Debbie Harry ou Dolly Parton ont emboîté le pas à Dylan, et ont aussi vendu tout ou partie de leur catalogue.

Mais pourquoi ils s’y mettent tous maintenant ?

En fait, il y a deux raisons. D’abord leur musique leur rapporte moins. Puisque les disques se vendent très peu et que le manque à gagner n’est pas compensé, loin de là, par les maigres revenus issus du streaming. Les artistes s’étaient alors rabattus sur les concerts, mais le Coronavirus a mis un coup d’arrêt aux tournées aussi. Alors, on ne va pas trop pleurer pour eux, mais nos amis les chanteurs ont donc dû trouver d’autres sources de revenus.

Et puis, il y a une autre raison, encore plus fiscale. Tout ce petit monde se dépêche de vendre ses catalogues car ces catalogues de droits sont considérés comme des ventes de capitaux. Et l’impôt sur ce type de vente est actuellement de 20% aux États-Unis, alors que Jo Biden a annoncé faire monter ce pourcentage à 40% dès l’année prochaine. Alors, faites le calcul ! Par exemple, pour Dylan, 20% de 500 millions, ça fait 100 millions d’impôts. Alors que s’il avait conclu cette vente l’an prochain, il aurait payé le double d’impôts, soit 200 millions ! Avouez que ça valait la peine de se dépêcher un peu.

Mais pourquoi ces chansons ont-elles acquis une telle valeur ?

Des spécialistes du genre nous expliquent de plus en plus souvent qu’une chanson très connue vaut plus cher qu’un investissement dans l’or ou le pétrole. On consommera toujours des chansons, alors que, par exemple, pour le pétrole, c’est moins clair. Et puis, sans aller dans le " C’était mieux avant ", il faut bien constater que les chansons des années 60, 70 et 80, hé bien, on aura encore envie de les réentendre longtemps.

Tout cela avec un solide effet pervers bien entendu : ce sont juste les gros qui gagnent au jeu de la revente des droits. Ce sont les musiciens très connus qui bénéficient d’offres de fous pour monnayer leurs catalogues. Bref, ce système n’est pas encore la solution pour aider les artistes émergents.

Et puis, ce système dégage un autre effet pervers, n’est-ce pas Taylor Swift ? Puisque, récemment, elle a découvert que le patron de son ancienne maison de disques avait vendu les chansons de ses six premiers albums à Walt Disney sans que Taylor Swift soit prévenue. Résultat : elle ne peut plus réenregistrer ses anciens titres ni même les jouer en live sans payer des droits d’auteur pour avoir le droit de le faire.

Bref, le rock, c’est de l’insouciance, mais c’est aussi des gros sous. Mais ça, on n’est pas naïfs, on le savait déjà.

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