Rebooster les abeilles en leur donnant du sucre à la fin de l'hiver, une bonne idée ?

Rebooster les abeilles avec du sucre, une bonne idée ?

© Federico Neri - Getty Images/500px Prime

20 févr. 2020 à 14:20 - mise à jour 20 févr. 2020 à 14:20Temps de lecture3 min
Par Am.C.

L’hiver a été particulièrement doux et les abeilles se préparent maintenant à sortir de leur ruche pour butiner. Certaines ont même déjà commencé leur travail. Pour les apiculteurs, c’est aussi le moment de "rebooster" les abeilles avec du sucre. Comme une cure de jouvence - qui démarre un peu plus tôt que d’habitude cette année - pour retrouver des forces après l’hiver. Dans le milieu, le procédé a ses adeptes et ses détracteurs. Avec chacun leurs arguments.

Il y a deux sortes de sucres, détaille Sébastien Declève, apiculteur à Watermael-Boitsfort : "Le liquide, sous forme de sirop, qu’on donne avant l’hiver ; et le solide pour le début de saison. J’en ai mis cette année parce qu’avec l’hiver très doux, il y a eu de l’activité dans toute la colonie." Et plus les abeilles bougent, plus elles perdent de l’énergie. L’heure est donc venue de les revitaliser un peu pour commencer la saison du bon pied.

Reste à espérer que le temps ne se rafraîchira pas dans les prochaines semaines. "Je crains le début de saison, poursuit Sébastien. Si on a un coup de gel, ça va faire de gros dégâts. Les premiers bourgeons sont de sortie, les abeilles sortent aussi. Elles ramassent déjà du pollen. Le début de saison est important pour elles."

Dire qu’on leur pique leur miel et qu’on leur donne du sirop, c’est trop résumé

Des paquets de sucre sur une ruche en région bruxelloise, le 20 février 2020.

Ce nourrissement, comme on dit chez les apiculteurs, n’est "pas systématique et dépend des colonies", précise Léandre Goydadin, un apiculteur qui partage sa passion sur YouTube. "S’il y a eu beaucoup de miel et qu’il y en a assez pour [la récolte et pour les abeilles], je n’aurai pas besoin de nourrir. S’il n’y a pas eu assez de miel, ce que je récolte c’est très pauvre et je fais une mauvaise année comme en 2016. Là je suis obligé de nourrir. Dire qu’on leur pique leur miel et qu’on leur donne du sirop, c’est trop résumé", ajoute-t-il dans une vidéo publiée récemment et à voir en intégralité ci-dessous.

L’idéal, évidemment, serait que les abeilles trouvent leur bonheur dans la nature qui les entoure. "En toute logique, les abeilles sont autonomes, souligne Sébastien Declève. Mais quand on est à Bruxelles, c’est super-urbanisé donc on a beaucoup moins de points de nourriture naturels. Et à la campagne, tout dépend de l’environnement. Si les abeilles sont entourées de forêts et de pissenlits, c’est l’éden pour elles."


►►► À lire aussi : Bruxelles veut éviter la prolifération anarchique de ruchers


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Pour Nicolas Vereecken, professeur à l’Université Libre de Bruxelles et spécialiste des abeilles, mettre du sucre dans les ruches relève d’une "solution d’urgence pour éviter de perdre une colonie qui arrive au bout de l’hiver". L’idéal serait donc de ne pas voler tout le miel aux abeilles et de "tolérer une rechute de rendement de la ruche à la fin de l’été, tout en gardant quelques cadres pour apporter un complément aux abeilles à la fin de l’hiver", observe-t-il.

D’autant que le miel produit par les abeilles est un produit très complexe fait de vitamines et d’antioxydants. Certains apicultueurs - pas tous - le remplacent par "un sucre industriel, pas très bon pour la santé des abeilles. […] Elles deviennent plus fragiles à certains stress tels que les pesticides". Un peu comme si on nourrissait un humain uniquement en le bourrant de sucre en poudre, allant ainsi à l’encontre des recommandations nutritionnelles les plus élémentaires de l’Organisation mondiale de la santé.

Conséquences pour la qualité du miel

La qualité du miel en prend aussi un coup quand le sucre donné au mauvais moment se retrouve dans le produit fini. Dans un sujet diffusé en juillet 2019, une équipe du journal télévisé de 20h rendait visite à un laboratoire qui teste des miels en France.

Verdict : sur 100.000 miels testés chaque année, 10% contiennent des traces de sirop de sucre. Dans ce cas, "le miel est non conforme à la réglementation. Il ne peut pas être appelé 'miel'. Ce n’est pas un problème de sécurité alimentaire. C’est un problème de labellisation. C’est comme si vous croyez manger du foie gras et c’est du pâté", explique Patricia Beaune, responsable du laboratoire "Famille Michaud", une entreprise française spécialisée dans la commercialisation du miel.

En matière d'apiculture, comme dans bien d’autres domaines, tout est affaire de mesure… et de conscience écologique. Nicolas Vereecken pointe au passage cette partie de la profession qui a choisi de se concentrer sur certaines espères d’abeilles dont la buckfast qui est "l’équivalent du blanc bleu belge pour la viande, une espèce de chimère née de multiples croisements".


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A quoi ressemble le sucre que les apiculteurs donnent à leurs abeilles ? Explications en vidéo

faut-il nourrir les ruches?

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