Guerre en Ukraine

Recep Tayyip Erdogan en visite en Ukraine : pourquoi le président turc est le médiateur du conflit

Portrait du président turc Recep Tayyip Erdogan, 2019.

© GETTY IMAGES – Mikhail Svetlov

Le président turc est attendu à Lviv, dans l’ouest de l’Ukraine, ce jeudi. Recep Tayyip Erdogan doit y rencontrer son homologue ukrainien, Volodymir Zelensky, et le secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres. Au menu des discussions : la question des exportations de céréales et les risques de catastrophe qui pèsent sur la centrale nucléaire de Zaporijjia.

Les trois hommes ont déjà fait de considérables progrès pour garantir les livraisons des précieuses denrées alimentaires vers le reste du monde. Le rôle de la Turquie dans cette histoire est primordial.

Un accord historique

Le 22 juillet dernier, l’Ukraine et la Russie sont parvenus à un accord. Les deux belligérants représentent ensemble 30% des exportations de céréales dans le monde, du moins en temps de paix. Une source d’approvisionnement indispensable à de nombreux pays, notamment africains. Toutefois, le début de l’offensive russe en février dernier a mis un coup d’arrêt brutal aux livraisons depuis les ports ukrainiens. La Mer Noire était devenue un carrefour commercial maritime truffé de mines et à portée de missile.

La pénurie mondiale guettait et l’accord conclu entre les différentes parties a pu dissiper la menace de ce dommage collatéral qui s’annonçait désastreux.

Loading...

La Turquie a joué les arbitres dès le lancement des négociations et jusqu’à la signature de l’accord. Un rôle qui lui revenait presque naturellement. La seule issue maritime pour quitter la Mer Noire c’est le détroit du Bosphore qui mène in fine à la Méditerranée et au reste du monde. C’est donc à Istanbul, où coulent les eaux du détroit, qu’un Centre de coordination conjointe (CCC) a été créé.

Aujourd’hui, les résultats sont là. Une quinzaine de navires commerciaux et un navire humanitaire ont pu quitter l’Ukraine, chargés de plusieurs tonnes de nourriture pour le bétail et la consommation humaine. Un succès diplomatique qui a confirmé le rôle de médiateur de la Turquie dans ce conflit.

Une position ambivalente

La position géographique seule de la Turquie ne suffit pas à expliquer le rôle de l’homme fort du pays, Recep Tayyip Erdogan. Sur le plan diplomatique, Ankara joue les équilibristes.

La Turquie est membre de l’OTAN, l’alliance militaire occidentale, et à ce titre, elle livre des drones de modèle TB2 aux Ukrainiens. Ces engins de guerre volants font des ravages : on se souvient du début du conflit, quand des kilomètres de blindés russes, rangés en colonnes et immobilisés par le manque de carburant en direction de Kiev, essuyaient les bombardements terriblement efficaces des drones turcs.

Loading...

Cependant, la Turquie est-elle l’ennemie de la Russie ? Oui, mais c’est aussi une bonne amie. Erdogan entretient d’étroites relations avec son homologue Vladimir Poutine. Les deux hommes se sont rencontrés à deux reprises cet été : la première fois en Iran, la seconde en Russie.

Notons aussi qu’Ankara refuse de prendre part aux paquets de sanction successifs émis par l’Union européenne, le Royaume-Uni ou encore les Etats-Unis et le Kremlin n’hésite pas à parler de la Turquie comme d’un partenaire.

Cette position, particulière et ambivalente, confère à la diplomatie turque un statut particulier : celui d’un funambule qui doit conserver son équilibre pour parvenir à atteindre l’autre bout du précipice, pour parvenir à solution politique au conflit.

Inscrivez-vous aux newsletters de la RTBF

Info, sport, émissions, cinéma...Découvrez l'offre complète des newsletters de nos thématiques et restez informés de nos contenus

Sur le même sujet

Articles recommandés pour vous