Reconfiner Anvers : "Une mesure trop importante et qui n'est pas proportionnelle", estime l'épidémiologiste Yves Coppieters

Pour Yves Coppieters, il y a d'autres mesures à prendre avant de confiner.
26 juil. 2020 à 12:21 - mise à jour 26 juil. 2020 à 12:21Temps de lecture2 min
Par RTBF

Faut-il reconfiner toute la ville, voire toute la province d’Anvers ? Pour Yves Coppieters, épidémiologiste et professeur de Santé publique à l’ULB, ce n’est pas indiqué. L’invité du JT de 13h de la Une ce dimanche marque ainsi sa distance avec Dirk Devroey, professeur en médecine généraliste et vice-doyen de la faculté de médecine et de pharmacie à la Vrije Universiteit Brussel (VUB). Ce dernier plaide pour confiner entièrement Anvers, seule solution à ses yeux pour lutter contre la propagation du coronavirus. Il affirme que dans d’autres pays, la décision aurait déjà été prise depuis longtemps.

Pourquoi il ne faut pas reconfiner une ville comme Anvers selon Yves Coppieters, malgré une situation sanitaire préoccupante ? "C’est une échelle beaucoup trop grande. On peut éventuellement confiner un quartier ou un milieu particulier pendant quelques jours, 10 jours maximum", dit-il. "Mais imposer cela à l’échelle d’une ville ou d’une population très large, alors qu’on parle quand même de 200 à 300 cas par jour qui ne sont pas tous des situations graves, c’est quand même une mesure trop importante qui n’est pas proportionnelle à ce qu’on pourrait déployer comme alternatives." Entre Coppieters et Devroey, c'est donc une nouvelle bataille d'experts.

Dépistage et reconfinement: Yves Coppieters épidémiologiste et professeur de santé publique ULB

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Une des alternatives est connue, selon le spécialiste : une meilleure stratégie de dépistage, avec des tests plus massifs "dans les provinces les plus touchées dont Anvers". Deux : "quel est le seuil des gestes barrières que l’on peut augmenter pour diminuer la circulation du virus ?" Pour lui, il faut donc plutôt jouer sur la distance de sécurité, le port du masque, la réduction de la bulle de contacts… "On doit trouver ce seuil à imposer" pour réduire la circulation du virus et vivre avec "à bas bruit", ajoute encore Yves Coppieters qui préconise des mesures moins brutales que celle du confinement.

Intensifier le port du masque

Ce lundi a lieu un nouveau Conseil National de Sécurité. Pour Yves Coppieters, un des grands enjeux de cette réunion sera le suivant : "Intensifier le port du masque" qui est à ses yeux "la mesure de prévention la plus efficace". Il évoque également la limitation "de tous les événements avec des foules". "Le CNS doit aussi se prononcer sur le dépistage, ce qu’il n’a pas fait". La Belgique est-elle capable de mettre en place un dépistage plus massif autour des zones à fortes contaminations ? Le spécialiste ne le pense pas.

Il faut également, ajoute le médecin, permettre à chacun de se faire tester de "façon beaucoup plus facile" comme en Allemagne. "C’est la base de la surveillance." Dans notre pays, le délai entre le test et la réception du résultat est encore beaucoup trop long. "Il faut les résultats dans les 24 à 48 heures." Et en cas de résultat positif, "il faut entrer en contact avec les contacts dans les trois jours".

Enfin, concernant une éventuelle fermeture des frontières belges, pas de nécessité là non plus, estime notre invité. Par rapport aux pays limitrophes, il y a "des clusters partout. La France est comme la Belgique en termes de transmission et de protection." Yves Coppieters rappelle que la France n’a pas fermé sa frontière avec la Catalogne, en Espagne, où les courbes repartent à la hausse.

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