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La couleur des idées

Redéfinir la bonne expression de notre condition politique avec le philosophe Eric Sadin

Le philosophe et écrivain français Eric Sadin
03 déc. 2021 à 16:14 - mise à jour 03 déc. 2021 à 16:27Temps de lecture2 min
Par Tania Markovic

Ce samedi, Simon Brunfaut reçoit le philosophe et écrivain français Eric Sadin. Celui-ci travaille sur les mutations en cours dans nos sociétés contemporaines néolibérales liées à la place toujours plus importante du monde du numérique et des nouvelles technologies dans notre quotidien. Fin 2020, il publiait "L’ère de l’individu tyran. La fin d’un monde commun" dans lequel il dressait le constat alarmant d’une atomisation croissante des individus et d’un isolement collectif au sein de nos sociétés (au cours de notre entretien il formulera cette question rhétorique qui résonne fort en ces temps de télétravail obligatoire : "Après une journée passée devant un écran, que reste-t-il ?"). Il publie désormais aux éditions de L’Echappée un nouvel essai, dans le prolongement de son précédent ouvrage, intitulé : "Faire sécession, une politique de nous-mêmes". Dans ce texte, il tente de comprendre comment s’opposer à cette situation d’isolement collectif et créer une nouvelle organisation de la vie en commun. Son objectif ? Redéfinir la bonne expression de notre condition politique.

Sortir du « new management public »

Eric Sadin n’apprécierait probablement pas de voir son nom accolé au terme "objectif", un mot employé à tout bout de champ dans la doxa du new management public qu’il ne cesse de fustiger - cette politique de gestion qui vise à "créer un effet de mimétisme entre le monde de l’entreprise et celui des services publics alors que les deux n’ont aucun rapport; le premier consistant à générer du profit tandis que le second devrait s’assurer du bien-être et de la meilleure organisation en commun". Et le philosophe de poursuivre :

Il y a eu un télescopage entre ces deux mondes qui a totalement fracassé l’état de la société, il faut revenir à cette obligation morale de répondre aux missions fondamentales (ndlr : soigner, enseigner, rendre justice entres autres).

Alors comment redéfinir la bonne expression de notre condition politique ? Eric Sadin propose une méthode qui va à l’encontre de la tendance actuelle "consistant à dénoncer du matin au soir sur les réseaux sociaux l’état du monde", acte stérile impulsé par le besoin que nous avons de " l’expression de nous-même", besoin instrumentalisé par l’industrie du numérique et qui ne produit rien.

Retrouver la culture du refus : dire non

Pour "être partie prenante des affaires qui nous regardent", Eric Sadin propose d’abord de "retrouver la culture du refus". Il s’explique :

Depuis le tournant néolibéral des années 80, un certain nombre de discours se sont imposés à nous. Ces discours forgés par des think thank, une partie du milieu académique et des lobbys, visent à imposer une doxa qui ne répond qu’à des intérêts privés et à une vision de la société totalement fantasmatique tendant vers la perfection absolue. Ces discours se sont imposés dans tous les pans de la société, entraînant l’hyperoptimisation de toutes les situations, y compris au sein des hôpitaux, des institutions judiciaires et de l’école publique… 

Eric Sadin nous propose de remettre en cause ces discours ainsi que la superexpertisation de la société.

Aujourd’hui il y a des experts pour tout mais ceux-ci ont des connaissances très abstraites des situations et pourtant ce sont eux qui disent aux personnes concernées (par exemple au personnel hospitalier, ndlr) comment se conduire. Tout cela au nom d’une doxa de l’hyperoptimisation de tous les secteurs de la société ! Nous n’avons pas assez fait valoir des expériences, des contre-discours permettant d'entendre la réalité du terrain.

Eric Sadin propose dès lors de faire valoir "une politique du témoignage" que Jacques Derrida appelait déjà de ses vœux.

Retrouvez l’intégralité de l’entretien mené par Simon Brunfaut, à écouter ci-dessous ce samedi 4 décembre dès 11h

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