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Réduire la consommation de gaz de 15%: tous les pays n'approuvent pas le plan européen

Le terminal gazier de Nordstream à Lubmin au nord-est de l’Allemagne.
21 juil. 2022 à 14:14 - mise à jour 22 juil. 2022 à 07:15Temps de lecture3 min
Par Pascal Bustamante

La Commission européenne vient de proposer un plan de réduction de la consommation de gaz dans toute l’Union européenne. L’objectif, se rendre moins dépendants du gaz russe d’ici l’hiver. Chaque pays devra "faire tout son possible" pour réduire, entre août 2022 et mars 2023, sa consommation de gaz d’au moins 15% par rapport à la moyenne des cinq dernières années sur la même période. La mesure doit encore être adoptée par les États membres mais les premières réactions sont mitigées.

Les bons élèves

Certains pays ont d’ores et déjà atteint la barre des 15% de réduction de la consommation de gaz. Les Pays-Bas et la Finlande en font partie. En toute logique, ils appuieront le plan européen de réduction de la consommation. Mais ils sont en minorité.

Les récalcitrants

La ministre l’énergie et de la transition écologique espagnole Teresa Ribera lors d’une conférence de presse le 21 juillet 2022.
La ministre l’énergie et de la transition écologique espagnole Teresa Ribera lors d’une conférence de presse le 21 juillet 2022. TVE

La Pologne, très dépendante de la Russie pour son gaz mais aussi le Portugal et l’Espagne ont fait savoir leur opposition à l’initiative de Bruxelles. La ministre espagnole de la transition écologique, Teresa Ribera, en charge du dossier gazier, l’a indiqué : "Nous nous opposerons à l’imposition d’obligations, en termes d’efforts, au-dessus de ce qui nous correspond". Elle a qualifié la mesure de ni "juste" ni "efficace".

Le Portugal, par la voix de son secrétaire d’État à l’Énergie, Joao Galamba, a, quant à lui dit son opposition complète à la proposition européenne. Cela entraverait la production d’électricité par des centrales au gaz alors que le pays est confronté à une sécheresse extrême. Le Portugal, comme l’Espagne produit une grande partie de son électricité au moyen de barrages hydroélectriques. Elles compensent par le gaz en cas de sécheresse

Hongrie

Nageant à contre-courant, la Hongrie a décidé d’acheter 700 millions de mètres cubes supplémentaires à la Russie. Si elle avait appuyé les sanctions européennes contre Moscou, elle a bloqué pendant des semaines le projet européen d’embargo sur le pétrole russe. Viktor Orban a condamné l’agression russe sur l’Ukraine mais reste ambigu quand on parle de sanctions. A présent, il envoie son ministre des affaires étrangères à Moscou pour négocier cet achat avec le gouvernement russe.

Les plus dépendants

La raffinerie de Taranto dans le sud de l’Italie
La raffinerie de Taranto dans le sud de l’Italie Filippo Monterforte – AFP

L’Allemagne et l’Italie, avec la Bulgarie sont de loin les pays européens les plus dépendants du gaz russe. L’Allemagne se procure 66% de son gaz en Russie avec 50 milliards de mètres cubes en 2020. C’est la première importatrice de l’Union européenne. La Bulgarie, 75%. L’Italie, pour sa part cumule de gros besoins en gaz (40% de son mix énergétique et une importation de gaz russe à la hauteur de près de 50% de ses importations).

La France

Interview télévisée du président Emmanuel Macron le 14 juillet 2022 au Palais de l’Elysée
Interview télévisée du président Emmanuel Macron le 14 juillet 2022 au Palais de l’Elysée Ludovic Marin – AFP

La France est moins dépendante du gaz russe mais elle a d’ores et déjà annoncé son intention d’être plus sobre et solidaire avec les voisins européens dont la difficulté sera plus grande en cas de rationnement ou de coupure de la fourniture du gaz russe. Le président français a prédit un conflit de longue durée avec la Russie et des difficultés d’approvisionnement pour la France et pour l’Europe. Il a aussi souligné qu’il apportera son aide à l’Allemagne, plus dépendante que la France par rapport au gaz russe. Devant les caméras de télévision, lors de son interview du 14 juillet, il a esquissé un plan de sobriété national, toujours pour s’affranchir de l’emprise russe sur le marché énergétique.

La Belgique

Le plan de la Commission européenne doit être débattu le 26 juillet prochain, lors du Conseil européen. Après une décision des pays membres, les objectifs de réduction pourraient même avoir un caractère contraignant. La Commission propose des pistes pour réduire la consommation. Limiter le chauffage à 19° dans les bâtiments publics, l’air conditionné à 25° et inciter les particuliers à en faire autant (sans les y obliger), retarder encore la fermeture programmée de centrales nucléaires. La Belgique dévoilera sa position au conseil. Les modalités pratiques suivront.

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