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Réforme des pensions : Karine Lalieux s’explique

Réforme des pensions : Karine Lalieux, ministre des Pensions, s’explique.
03 févr. 2022 à 01:20Temps de lecture3 min
Par Maud Wilquin

Ce mercredi 2 février, la ministre des Pensions, Karine Lalieux (PS) était l’invitée de "QR le débat". Au cours de cette émission entièrement consacrée aux pensions des Belges, la ministre a expliqué en quoi consistait son projet de réforme en commençant tout d’abord par le point majeur : accorder la pension anticipée à n’importe quel travailleur âgé de 60 ans capable de prouver 42 ans de carrière. "C’est une révolution par rapport à la précédente législature puisqu’on ne parle plus d’âge de la pension mais d’années de carrière puisque c’est de la justice sociale", affirme sur le plateau la ministre. "Il est aussi important de rappeler que dans ces années de carrière il y a aussi des périodes assimilées. Cela signifie que si vous êtes malades, invalides, en congé de maternité/paternité, ça compte pour vos années de carrière ! Ce qui est fondamental, c’est de dire que les travailleurs sont certains de pouvoir partir après 42 ans." La réforme prévoit également des incitants positifs pour les travailleurs qui souhaiteraient travailler davantage et ainsi obtenir, après 45 ans de labeur, une année complète. Il s’agirait d’octroyer un bonus de 2 € brut par jour presté.

 

Il s’agit pour Pierre Devolder, professeur de finances à l’UCLouvain, d’un bon projet de réforme dans la globalité : "Le présupposé de la mesure des 42 ans est un présupposé tout à fait logique scientifiquement", soutient-il. "Toutes les études, que ce soit en Belgique ou dans les autres pays, montrent que l’espérance de vie est un facteur de grande différence et de grande injustice en fonction des degrés de salaire. Il faut donc plutôt considérer que le contrat citoyen des gens est de travailler un nombre d’années plutôt que d’atteindre un âge et je pense cette idée commence à émerger. Je me félicite de voir que cette idée apparaît dans le projet de réforme. Peut-être qu’on aurait pu aller plus loin car malheureusement, gouvernement après gouvernement, on se contente d’ajouter des mesures comme on ajouterait des wagons à un vieux train. Je dis donc bravo au principe, mais la mise en forme aurait mérité un plan plus global."

Nabil Boukili, député PTB, en revanche, ne semble pas convaincu par le projet tel que présenté. Et pour cause, la réforme ne profiterait selon lui qu’à un nombre très limité de personnes. "La pension complète reste fixée à 45 ans en Belgique", dit-il. "L’an dernier, 190.000 personnes ont pris leur pension. Seules 6.000 ont eu 42 ans de carrière à 60 ans. Moins de 3%. La mesure ne révolutionne donc rien du tout."

Pierre Marage, représentant du collectif "Gang des vieux en colère", estime lui aussi que de nombreux travailleurs seront amenés à travailler jusqu’à 67 ans : "Les carrières sont très souvent hachées, beaucoup de personnes ont eu des accidents de carrière", observe-t-il. "L’idée des 42 ans est très sympathique sur papier, mais quand on montre un chiffre moyen de 33 ans de carrière, cela prouve bien que la grande majorité de gens devra en réalité aller jusqu’à l’âge légal de 67 ans, et ça nous y sommes tout à fait opposés", assure-t-il sur le plateau de "QR le débat". "Il faut garder un chiffre en tête : à 67 ans, un tiers des personnes les plus pauvres sont mortes. Elles n’arrivent pas jusqu’à la pension. Il y a une différence de dix ans dans l’espérance entre les personnes les plus pauvres et les personnes les plus aisées. Nous exigeons donc une pension décente pour tous à partir de 65 ans parce que le but de la pension est de pouvoir avoir une fin de vie digne et heureuse. Que ceux qui veulent travailler plus longtemps puissent le faire."

Le temps partiel revalorisé

La question de la femme, souvent amenée à exercer en temps partiel, a également été soulevée. "Le temps partiel n’est pas toujours un choix", concède Karine Lalieux. "Des employeurs ne veulent pas faire travailler des femmes à temps plein, comme c’est le cas dans le secteur du nettoyage par exemple. Ces femmes subissent donc par la suite, dans leur pension, leur barrière à temps partiel. Dans le cadre de la réforme de la pension, je veux donc revaloriser le temps partiel." Mais il arrive également que des femmes fassent consciemment le choix de ne pas travailler à temps plein pour des raisons familiales. "Nous devons donc faire en sorte que le temps partiel soit revalorisé et que ces femmes aient accès à la pension minimum qui sera de 1500 euros nets par mois. Et par ailleurs, il faut que lorsqu’un choix a été fait en couple et que le couple divorce, qu’il y ait une répartition juste par la suite. C’est-à-dire que Monsieur peut avoir une grosse pension parce qu’il a travaillé mais que Madame en ait une petite (choix de vie du couple, ndlr). Eh bien une partie de la pension de Monsieur ira vers Madame. C’est ça aussi l’égalité entre les hommes et les femmes."

Enfin, la liste des pénibilités devrait être prise en mains des partenaires sociaux avec les mesures du gouvernement selon Karine Lalieux : "Des critères objectifs tels que l’espérance de vie, les aménagements de fin de carrière, la réduction collective du temps de travail sont des pistes." La précédente liste établie sur quatre catégories (la pénibilité selon le genre, le travail interrompu, de nuit, les charges lourdes…) n’ayant finalement pas pu aboutir.

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