Belgique

Réforme des pensions : qui sont ces travailleurs qui auront 42 ans de carrière à 60 ans ?

Qui sont ces travailleurs qui pourraient prétendre une retraite anticipée ?

© Laurent Henrard

C'est l'un des points importants de la réforme des pensions. Pouvoir partir à la retraite de manière anticipée à condition d'avoir 60 ans et 42 ans de carrière. Autrement dit, toutes celles et tous ceux qui ont commencé à travailler à 18 ans ou avant. Cela concerne des milliers de travailleurs, notamment dans le secteur de la grande distribution, des métiers liés à la formation en alternance, ou encore des professions indépendantes. Qui sont ces travailleurs ? Quel est leur profil ? Et surtout, comment voient-ils la possibilité qui leur sera donnée de partir à la retraite un peu plus tôt ? 

Avoir commencé jeune, voir très jeune

Notre première rencontre nous emmène dans un supermarché à Marcinelle, près de Charleroi. Le volet du magasin est à peine levé que les clients affluent déjà. Alors que les caissières prennent place, les autres membres du personnel sont occupés à remplir les différents rayons. "C'est pour toi ça", lâche un employé à son collègue, en lui montrant des cartons de lait. A côté d'eux, sur une palette, se trouve des dizaines de produits laitiers. Tous doivent être rangés dans le rayon. L'ambiance est détendue malgré le rythme soutenu. "Il ne faut pas chômer parce que d'autres palettes m'attendent dans la réserve". 

Alain M., 56 ans, manutentionnaire dans un supermarché à Marcinelle.
Alain M., 56 ans, manutentionnaire dans un supermarché à Marcinelle. © Laurent Henrard

Nous l'accompagnons vers la réserve et prenons le temps de discuter. "Je m'appelle Alain, j'ai 56 ans et je travaille comme manutentionnaire. Je suis polyvalent. Je vais un peu dans tous les rayons, d'abord les produits frais et puis l'alimentaire, selon les priorités du moment". Alain connaît bien son métier car il a commencé à travailler à 17 ans. L'école, ce n'était pas pour lui. Il a donc cherché à travailler au plus vite. "C'était en 1982. Il y a 40 ans", dit-il dans un sourire, en se remémorant ses débuts.

J'aime toujours ce que je fais. Mais je dois bien reconnaître qu'au bout de 40 ans de carrière, j'ai moins d'énergie et mon corps ne suit plus.

Il en a porté des cartons en 40 ans de carrière. "Je sais vous dire où se rangent tous les produits du magasin", lâche Alain avec une certaine fierté. Mais comment se sent-il après 40 ans de travail ? "J'aime toujours ce que je fais", répond-il d'emblée, avant de reconnaître qu'il n'a plus la même énergie qu'à ses débuts. "Je régresse. Le physique a dur, le moral aussi. Tout ce qui rentre dans les rayons passent par nos mains. Il n'y a pas de grosses charges mais il y en a beaucoup sur la journée." A l'inverse d'autres collègues, Alain ne souffre pas du dos, "malgré que je suis souvent accroupis avec les bas de rayons à nettoyer et à remplir".

Dans quatre ans, Alain en aura 60. L'âge qui lui permettra, selon la réforme des pensions, de prétendre à un départ anticipé à la retraite, car il aura alors bien plus de 40 ans de carrière. Alors, imagine-t-il déjà sa retraite ? "Je compte les années. C'est évident. J'ai fait mon temps, vous savez", répond-t-il avec une voix un peu tremblante. "J'adore les motos et j'aime travailler sur ce genre d'engins. J'ai de quoi m'occuper à la pension", conclut-il dans un sourire. 

La passion avant tout

Dans leur boucherie-charcuterie de Jamioulx, Perrine et son frère Gauthier sont, eux aussi, levés aux aurores. "Bonjour. Que puis-je vous servir ?" entend-t-on à l'autre bout de la pièce, pendant que deux clients observent attentivement le comptoir. 

Perrine et son frère Gauthier sont la troisième génération à la tête de la boucherie familiale Blaimont à Jamioulx.
Perrine et son frère Gauthier sont la troisième génération à la tête de la boucherie familiale Blaimont à Jamioulx. © Laurent Henrard

Perrine et Gauthier sont la troisième génération à gérer ce commerce familial, implanté au coeur du village depuis 1939. "Déjà à 12 ans, je touchais à la boucherie", explique Gauthier, "puis j'ai fait mes études de boucher et j'ai travaillé ici avec mon père". Comme dit sa soeur Perrine, ils sont tombés dedans quand ils étaient petits. D'ailleurs, le père travaille encore avec eux.

Ici, on nous assure qu'il n'y a que de "supers produits". Et c'est visiblement la marque de fabrique de la boucherie, à en croire le nombre de clients satisfaits qui défilent devant nous. Mais derrière les sourires et la fierté du bon produit, il y a aussi l'autre face du métier de boucher. "Ce sont de grosses journées de travail et on est toujours dans le froid", reconnaît Gauthier. Sa soeur Perrine ajoute : "C'est un métier qu'on adore mais c'est fatigant. Il faut toujours être disponible par rapport aux clients, préparer des commandes, gérer les factures. Même quand la boucherie est fermée, il y a toujours des choses à faire". 

Le travail ne manque pas pour l'ensemble de l'équipe.
Le travail ne manque pas pour l'ensemble de l'équipe. © Laurent Henrard

Perrine a 34 ans et Gauthier en a 29. Ils sont évidemment encore tous les deux très loin de la retraite, même s'il leur arrive d'y penser de temps en temps. 

Quand je pense à la retraite, cela me fait un peu peur. Je me demande si j'aurai quelque chose.  

Pour eux deux, la retraite ne fait pas encore partie des priorités. "Nous sommes encore trop jeunes" déclare Gauthier. C'est vrai mais vu qu'ils ont commencé à travailler très tôt à la boucherie, leur grand nombre d'années de carrière pourrait leur être bénéfique plus tard. "60 ans me parait un bel âge pour arrêter de travailler, et pour pouvoir profiter encore de belles années devant moi", nous glisse Perrine. "Moi, je n'y pense pas trop car il y a encore tellement d'années de travail ici et on adore ce métier" lâche Gauthier. Le frère et la soeur échangent alors un sourire, avant d'être de nouveau absorbés par le flux des clients.

Déjà quelques idées en tête    

La passion du travail bien fait, c'est ce qui anime aussi Sébastien, que nous rencontrons dans un garage de voitures à Courcelles. Entre un changement de vitesse un peu récalcitrant, une vitre qui ne s'ouvre plus, ou encore un phare cassé, ce mécanicien enchaîne les réparations sur tout type de véhicule.  

Sébastien M., 37 ans, mécanicien dans un garage de voitures à Courcelles.
Sébastien M., 37 ans, mécanicien dans un garage de voitures à Courcelles. © Laurent Henrard

A 37 ans, Sébastien a déjà plus de 20 ans de métier derrière lui. "Quand j'étais petit, je chipotais déjà beaucoup sur des mobylettes avec mon frère. J'ai toujours dit que je ferais mécanicien. Quand j'ai eu l'âge de faire l'apprentissage, j'ai pleuré près de mon papa pour faire la mécanique. Il m'a inscrit à l'IFAPME à Uccle. J'avais alors 15 ans et 9 mois", explique Sébastien, qui se souvient de ses premiers pas dans l'apprentissage.

La retraite, c'est encore loin pour moi. Mais je sais déjà ce que je ferai.   

Quand il parle de son métier, Sébastien a des étoiles dans les yeux. "Je suis toujours aussi motivé qu'au début. Ce qui est formidable dans ce job, c'est qu'il n'y a jamais deux fois la même chose. Et en plus, je dois vous avouer que j'aime être sale", dit-il en rigolant et en nous montrant l'état de ses mains, sorties tout droit d'un capot de bagnole.

Pour Sébastien, la retraite n'est pas à l'ordre du jour. "C'est encore trop loin", esquive le trentenaire. Mais quand on insiste pour savoir s'il y a déjà pensé, la réponse fuse : "Quand je serai à la pension, j'aurai encore mon petit garage chez moi pour bricoler un peu, réparer des vieux véhicules. J'ai vraiment ça dans la peau".    

Inscrivez-vous aux newsletters de la RTBF

Info, sport, émissions, cinéma...Découvrez l'offre complète des newsletters de nos thématiques et restez informés de nos contenus

Sur le même sujet

Articles recommandés pour vous