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Réfugiés ukrainiens : les familles d'accueil livrées à elles-mêmes?

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Réfugiés ukrainiens : les familles d'accueil livrées à elles-mêmes ?

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11 mai 2022 à 16:11 - mise à jour 12 mai 2022 à 07:22Temps de lecture3 min
Par Arnaud Ruyssen

Cela fait plus de deux mois maintenant que des réfugiés ukrainiens arrivent chez nous et qu'une partie d'entre eux sont logés dans des familles d'accueil. Dans beaucoup de cas, la cohabitation se passe bien mais quand ce n'est pas le cas, les familles accueillantes se sentent souvent bien démunies pour réagir. Pourquoi? L'Etat se défausse-t-il de ses responsabilité sur ces familles? Déclic a voulu y voir clair. 

Au départ, la grande improvisation

Nous sommes chez Maria et Pierre, à Mazy, petit village de l'entité de Gembloux, en province de Namur.  Cela fait près de 8 semaines qu'ils accueillent chez eux une famille ukrainienne, plus précisément une maman et son enfant de 7 ans ainsi que la grand-mère de celui-ci. 

La famille est arrivée le 15 mars. Pierre et Maria s'étaient déclarés disponibles auprès de la commune de Gembloux mais n'avaient reçu que très peu d'informations en amont sur la façon dont allait s'organiser cet accueil. Ce n'est qu'au tout dernier moment - quelques heures plus tôt - qu'ils ont été mis au courant de l'arrivée de la famille et de la composition de celle-ci. 

L'urgence impose une bonne dose d'improvisation et de débrouille. Au niveau des procédures rien n'a vraiment été prévu, rien n'est défini. La famille ukrainienne a juste quelques roubles en poche, elle ne parle ni français ni anglais… Pierre et Maria utilisent des applications de traduction pour communiquer. Pour les repas, tout le monde mange à la même table. La famille accueillante décide de modifier le menu des repas, pour tenir compte du régime alimentaire particulier de la famille accueillie.

Qui plus est, Mazy est un petit village sans beaucoup de transports en commun. Souvent Maria ou Pierre, prennent donc leur voiture pour accompagner leurs hôtes à la commune, au CPAS, pour effectuer avec eux les différentes démarches. Ils déboursent l'argent nécessaire pour certaines formalités, pour des soins, pour quelques achats de première nécessité.

Pas de compensation financière directe

Il y a d'autres surcoûts liés à l'accueil. Forcément accueillir 3 personnes en plus dans la maison a des conséquences sur les charges (eau, électricité, chauffage…). Pourtant aucune aide directe n'est prévue par les pouvoirs publics. "Non. Il n'y a aucun dédommagement organisé, explique Pierre Werbrouck, aucun transfert d'argent, que ce soit de la région ou du fédéral. A part l'aide du CPAS vers les réfugiés en direct, rien n'est prévu".

Dans le cas de la famille ici accueillie, les premiers montants du revenu d'intégration sociale n'arriveront qu'un mois plus tard. Mais rien ne prévoit officiellement qu'une part de ce montant doit servir à dédommager la famille d'accueil. "Quelques semaines après l'arrivée des réfugiés, la Région wallonne a mis à disposition une proposition de convention à signer entre l'hébergeur et la famille hébergée. Mais elle est très sommaire et ce n'est pas forcément évident de devoir négocier une telle convention avec nos hôtes, une fois qu'ils sont déjà installés et domiciliés chez nous" explique encore Pierre. 

 

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Pas simple en effet. Il s'agit de négocier ce "contrat" sans langue commune. Les Ukrainiens qui arrivent chez nous n'ont pas forcément une idée précise de coût de la vie en Belgique ce qui rend la discussion sur le dédommagement délicate. Une situation n'est pas l'autre. Certaines familles ne demandent aucun dédommagement, d'autres en ont impérativement besoin surtout en pleine crise énergétique. 

Sans compter qu'au bout de 8 semaines, même indépendamment des questions d'argent, la cohabitation devient, dans certains cas, très difficile. Les lieux ne sont pas toujours adaptés, les habitudes et rythmes de vies sont différents, certaines familles d'accueil aspirent à retrouver un peu plus d'intimité ou ne sont pas prêtes à laisser leur maison à disposition durant les vacances… 

Les questions d'argent compliquent la donne

Le Bourgmestre de Gembloux, Benoît Dispa (CDH) confirme les difficultés. "Sur notre commune nous avons une centaine de réfugiés accueillis dans 40 familles. Dans beaucoup de cas, ça se passe très bien mais ces dernières semaines, nous commençons à avoir pas mal de problèmes de cohabitation à gérer. De personnes qui veulent mettre un terme à l'accueil". Et l'absence de convention claire et prédéfinie complique souvent la donne "C’est depuis que les questions d’argent surgissent que les situations se dégradent".

Le souci c'est que les communes manquent d'alternatives à proposer quand il faut reloger certaines familles. "Certains hébergeurs qui avaient proposé des lieux d'accueil se sont rétracté entretemps", explique Benoît Dispa qui s'inquiète de voir la Région wallonne et le fédéral se décharger sur les communes: "la Région nous a promis une aide d'1€ par an et par habitant. Pour une commune comme Gembloux ça fait 26.000€, ça ne va pas suffire si on doit nous même trouver des solutions d'hébergement". D'autres communes font part de tels problèmes qui risquent de se multiplier dans les semaines et mois qui viennent. 

Plus de détails dans la chronique vidéo ci-dessus, extrait de Déclic, votre talk info quotidien à 17H sur La Première et à 19H sur La Trois.

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