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Reine Elisabeth, musique et théâtre, Andrey Baranov vainqueur.

Andrey Baronov, Russie, 1er
01 juin 2012 à 12:59Temps de lecture3 min
Par Christian Jade

théâtralité et talents.

Andrey Baranov, Russie, 1er lauréat

Nous n’insisterons pas sur le côté scénique, théâtral et même ciné et télévisuel de ce concours mais cela fait quand même partie du jeu. Le jury juge évidemment d’abord la musique. Mais même en nous limitant à ce secteur, selon que vous occupez la place du jury, aux corbeilles, ou les cinq premiers rangs ou une oreillette de scène, votre oreille ne capte pas  le même son et vos yeux ne voient pas le même spectacle. Si vous écoutez en radio ou en TV, le son est corrigé et permet d’entendre un concurrent noyé par l’orchestre en salle. Quant à la tenue vestimentaire ou physique des candidats, difficile de juger la part subliminale de la beauté et de l’élégance qui interviennent dans les choix, même à performance musicale égale. Un violoniste est aussi un acteur dont le rapport avec son instrument et son public est inconsciemment perçu comme "juste" (ou pas). Le visage poupin de Baronov et son assurance tranquille ne passaient pas de le même façon en grande salle et en TV. Le visage relativement impassible ou la beauté physique de certain(e)s concurrent(e)s asiatiques, la prestance des uns, la nervosité des autres sont une épreuve propre à tout acteur et font  partie de leur vraisemblance globale. Si le Reine Elisabeth était, de bout en bout, une "blind audition", sans visage et sans nationalité ni sexe, on serait peut-être bien surpris des résultats!!!

Cela dit, le talent de Baranov est incontestable tout comme son calme olympien et le choix intelligent d’un répertoire russe qu’il affectionne. Depuis les demi-finales il n’a pratiquement joué que des œuvres russes superbes, de Tchaïkovski à Prokofiev et Chostakovitch. En finale il joue les douceurs et les contrastes de la deuxième sonate de Prokofiev et les aspérités dramatiques et sarcastiques du concerto de Chostakovitch avec une maîtrise et un panache digne de son maître bien aimé David Oïstrakh, premier vainqueur du concours Reine Elisabeth, alors appelé Concours Eugène Ysaye.

En ce 75è anniversaire du concours, le choix de ce Russe puissant et intelligent s’imposait d’autant plus qu’il avait joué en demi finales une des interprétations les plus raffinées d’un concerto de Mozart et qu’en finale il avait donné l’interprétation la plus convaincante, d’un concerto imposé difficile, imposant, avec fermeté, sa personnalité à l’ orchestre Ce brillant soliste est aussi un chambriste, membre d’un quatuor, et rêve d’enregistrer tous les quatuors de Chostakovitch.

Fraîcheurs asiatiques

Tatsuki Narita, Japon, 2è lauréat.

Le deuxième événement de ce concours c’est l’émergence d’une impressionnante phalange de jeunes artistes d’origine asiatique qui nous ont éblouis non seulement par leur technique, réputée  incassable, par le nombre d’heures impressionnant qu’ils  consacrent à la musique, mais par leur capacité de donner leurs propres couleurs et leur propre personnalité à la musique classique. Ils trustent le palmarès de la 2è à la 5 è place avec toutes les couleurs de l’arc en ciel asiatique, jugez plutôt : Narita, 2è (Japon, 20 ans), Hyun Su Shin, 3è(Corée, 24 ans), Esther Yoo, 4è (17 ans, origine coréenne, nationalité américaine, vivant en Belgique depuis l’âge de 6 ans, élève de Zachar Bron et Augustin Dumay) et l’étonnant Yu-Chien Tseng, 5è (17 ans, Taiwan). Soit trois enfants prodige d’origine asiatique, de 17 à 20 ans, avec une grosse incompréhension du public et d’une partie de la presse (dont je suis) pour la 5è place de Tseng, incroyablement mûr avec en finale une fluide sonate de Ravel et un concerto de Brahms déjà très intériorisé. Il était dans le " trio des favoris" (avec Narita et Baranov) du public…qui lui a d’ailleurs  accordé son prix RTBF, tout comme le public flamand de la VRT. Passons sur ce classement qui ne préjuge jamais de l’avenir des candidats.

Un concours n’est jamais qu’un point de départ éventuel à une brillante carrière et beaucoup de tous grands, comme Gidon Kremer (classé 3è au Reine Elisabeth) ou Athur Grumiaux (même pas sélectionné !) ont fait des carrières glorieuses

Avenir?

Yu Chien Tseng,Taiwan, 5è lauréat, prix du public.

La morale de l’histoire c’est que la passion des Asiatiques pour la musique classique européenne est un fait incontournable: jeunes, ils bossent 5 à 10 h par jour, sans broncher, ce qui leur construit une technique en acier, assouplie par des professeurs, souvent européens et américains mais plus nécessairement. En Corée, les politiques estiment que la culture (notamment musicale) au XXIè sera la première richesse du pays et construisent des écoles et universités en conséquence. Ils ont d’excellents professeurs coréens ou japonais et bientôt européens…en Corée. Ils ne devront même plus se déplacer, c’est l’Europe qui ira chez eux !

Info pratiques.

Coffret R.E 2012, 3 diques +1 bonus, en vente dès le 2 juin.

-Pour les concerts de lauréats consulter le site www.cmireb.be

 

- Dès le samedi 2 juin, vos "bons" disquaires mettront en vente 3 CD des lauréats 2012 et un bonus pour les plus rapides.

- L’achat du livre de Nicolas Blanmont "Concours Reine Elisabeth, Scènes et coulisses " (éd ; Versant sud) est toujours d’actualité, et par son texte informatif, dosé d’humour, et par ses annexes qui permettent au fan du Reine Elisa de vérifier ses souvenirs (lauréats, concertos joués, nationalité, lauréats belges, concertos de premiers lauréats et nombre d’autres statistiques éclairantes).

Christian Jade (rtbf.be)

 

 

 

 

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