Relancer l'économie grâce à davantage d'investissements publics : est-ce réaliste ?

09 oct. 2020 à 07:45Temps de lecture2 min
Par RTBF La Première

Comment relancer l’économie après la crise que nous traversons ? La question est au cœur du programme du nouveau gouvernement De Croo. Et la réponse ce sont de gros investissements publics. Aujourd’hui la Belgique consacre 2,6% de son produit intérieur brut (PIB) à de l’investissement public. Cela représente à la grosse louche 11,5 milliards d’euros chaque année : de l’argent qui est investi dans les routes, les tunnels, dans le RER autour de Bruxelles, dans des bâtiments publics, administratifs, de la police, dans les prisons, dans des achats de nouveaux avions pour l’armée, etc. Ces 11,5 milliards par an c’est plutôt peu par rapport au reste de l’Union européenne, où la moyenne est à 3,7%. Et c’est très peu par rapport à ce que la Belgique elle-même investissait dans ses infrastructures publiques il y a 50 ans. On voit bien que les gouvernements successifs au fil des années et des décennies ont rogné sur ce poste de l’investissement public. Aujourd’hui, est-il réaliste de remonter à 4% dans les dix prochaines années ? En soi ça l’est, mais il faudra décider d’y consacrer six gros milliards de plus par an que ce qui est fait aujourd’hui.

Et ce sera vraiment un choix politique. À quoi décidera-t-on de consacrer son argent ? Vu la crise, on peut aujourd’hui creuser notre dette. Toutes les contraintes budgétaires pour limiter le déficit ont complètement volé en éclats, et les règles européennes notamment. De plus, les taux d’intérêt sont très bas, et ils sont même négatifs pour la Belgique, cela ne coûte rien d’emprunter. Il faut évidemment voir combien de temps cela durera et s’il ne faudra pas un jour payer ces intérêts. Et surtout, pour Giuseppe Pagano, professeur de finances publiques à l’Université de Mons, vu la crise, c’est précisément le moment d’investir : "La situation conjoncturelle est tellement mauvaise qu’à peu près tout le monde réclame des plans de relance. Et une façon traditionnelle de créer ces plans de relance est de le faire via des investissements publics. C’est donc à la fois le moment de le faire pour des raisons conjoncturelles, c’est le moment de le faire pour des raisons structurelles de qualité du patrimoine et des infrastructures, mais aussi pour des raisons financières. Si on veut le faire, autant le faire aujourd’hui puisque ça ne coûte à peu près rien".

Sous-financement chronique

Selon lui, c’est le moment plus que jamais de réinvestir dans les infrastructures publiques, de mettre fin à ces années de sous-financement chronique qu’on a connues en Belgique. Ce sont des euros dépensés, investis aujourd’hui, qui en rapporteront ou en tout cas qui éviteront de plus grosses dépenses plus tard.

Faut-il se limiter à un objectif de 4% ? Il faut trouver un juste chiffre. D’abord parce qu’il ne s’agit quand même pas de faire exploser la dette publique non plus Et, pour faire tous ces travaux, il faut qu’il y ait des entreprises, des hommes et des femmes, et des matières premières disponibles, poursuit Giuseppe Pagano : "C’est très bien de lancer des travaux d’aménagement des infrastructures par exemple, encore faut-il pouvoir le faire sans provoquer une hausse excessive des prix dans les secteurs concernés. Ça peut donc être un peu plus que 4%, personnellement je n’y vois pas d’inconvénients, mais on ne peut pas imaginer que ça soit 15%. On ne pourrait pas le réaliser".

Est-ce judicieux de se fixer des objectifs chiffrés ? Parce qu’au-delà du chiffre, il faut voir dans quoi on investit. Dans les routes ? Dans la recherche scientifique ? Dans les énergies vertes ? Dans la digitalisation ? Ce sont là aussi des choix politiques à poser et ils auront probablement bien plus d’impact que le montant investi en tant que tel.

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