Cinéma

Remake de "La petite sirène" : "C’est décevant, mais pas surprenant que ce film suscite de la controverse"

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Par Sonia Dridi, Pauline Simonet, édité par Miguel Allo via

Après Aladin et Le Roi Lion, le dernier "remake" du géant américain de "La petite sirène" dépoussière le conte danois, l’adapte au XXIe siècle et le rend plus inclusif. Trente-quatre ans après la sortie du film d’animation de Disney "La Petite Sirène" revient donc sur grand écran ce mercredi dans une adaptation en prise de vues réelles, mêlant écologie et diversité.

La nouvelle Ariel ne ressemble pas tout à fait à l’héroïne du dessin animé de 1989. L’actrice principale dans le rôle d’Ariel s’appelle Halle Bailey, elle est métisse. Une polémique a éclaté aux États-Unis depuis l’annonce de la couleur de peau de l’héroïne.

Le fait qu’Ariel ne soit pas jouée par une actrice aux grands yeux bleus et à la peau blanche fait polémique aux États-Unis. On peut même parler d’un déchaînement de violence envers l’actrice et chanteuse Halle Bailey, au talent pourtant reconnu et respecté. Cette dernière a fait l’objet d’insultes racistes et virulentes. La haine en ligne est aussi importante, avec un hashtag sur Twitter très populaire (pas mon Ariel). Sur Youtube, la colère de certains fans du classique de Disney était telle que la plateforme de vidéo en ligne a désactivé les commentaires sur la première bande-annonce du film diffusé en septembre dernier.

Je pense que c’est décevant, mais pas surprenant

Pour de nombreux jeunes noirs aux États-Unis, qu’importe la controverse, c’est une fierté pour la communauté. Notre correspondante aux États-Unis, Sonia Dridi s’est rendu sur le campus de l’université historiquement noire de Washington, Howard University. Sur place un groupe de jeunes comptait justement aller voir le film. "On était justement en train de se dire qu’on allait aller voir 'La petite sirène' ce week-end toutes ensemble."

Ces étudiantes ne se laissent pas abattre par les critiques. "Je pense que c’est décevant, mais pas surprenant qu’il suscite de la controverse car il y a tellement de racisme aux États-Unis et ailleurs. Mais je suis super enthousiaste de ce film. Je suis si heureuse que les jeunes noires vont se sentir représentées sur grand écran et surtout pour un classique. Quel est le message quand vous ne vous reconnaissez pas dans ces jeunes filles magnifiques qui tombent amoureuses ?"

De nombreux jeunes afro-américains ne comprennent pas l’ampleur de la controverse pour un personnage de fiction. C’est le cas de Sidney, étudiante en affaires internationales. "Je ne veux pas qu’un Afro-Américain joue un personnage blanc historique, par exemple. Mais ce n’est pas le cas, c’est un personnage de fiction, c’est une sirène, ce n’est même pas réel."

Une société polarisée

Dans cette société extrêmement polarisée où les conservateurs jouent sur la stratégie de la guerre culturelle, même le choix d’un personnage de fiction devient politique. "On ne peut même plus critiquer le choix de la race par Disney ou même le projet en entier car attention, cela ferait de vous un raciste. Mais, je peux vous dire que la petite sirène va être un désastre total. Et on est là pour suivre cela. On est là pour détruire la destruction de toutes les choses Woke." Ce sont là les propos de Benny Johnson, un commentateur américain conservateur, suivi par plus de 900.000 personnes sur Youtube.

Le débat est loin d’être terminé. La question de la représentativité est de plus en plus centrale aux États-Unis et fait face à une résistance solide de la part d’un public réactionnaire, mais aussi par ceux qui n’aiment pas que l’on touche à un certain imaginaire. D’autres pointent aussi l’opportunisme des studios qui sont assez cyniques sur ces questions et surf sur la vague.

La suite de cette séquence avec l'intervention de Pauline Simonet, journaliste spécialiste des États-Unis, est à retrouver dans la séquence audio en tête d'article.

Sur le même sujet : Extrait JT (24/05/2023)

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